‹ Poésies (volume 2)Chapitre 38 sur 208 · LA MAISON PATERNELLE · texte numérisé non relu

LA MAISON PATERNELLE

Tu fus de mon bonheur le témoin et l'asile ; Pourrai -je maintenant être joyeux ailleurs?

Tes gais festins, pour moi , n'abrégeront plus l'heure ;

Tu vas être désert, tu vas être vendu ;

DUin hôte indifférent devenu la demeure ,

Tu n'auras plus d'écho pour mon cœur éperdu.

Si je reviens un jour dans la rue isolée , Près du portail connu si je m'arrête un jour, Si je sens de mes pleurs ma paupière voilée ,

Si j'attends par instinct le baiser du retour,

Rien ne s'éveillera dans la maison muette ; Du colombier désert les pigeons auront fui ; Le possesseur nouveau de ma douce retraite N'aura pas respecté ce qui n'est rien pour lui.

Tout sera différent ; car tout change sur terre. Le vieux chien qui gardait le logis autrefois , Lui-même ayant quitté le toit héréditaire , Ne me recevra plus avec de gais abois.

Et, si je veux franchir encor la porte antique, Sous le toit paternel étranger désormais , Je ne m'asseoirai pas au foyer domestique Maintenant délaissé de tous ceux que j'aimais.

Adieu donc pour toujours, demeure bien-aiméel Adieu ! que l'Éternel protège tes lambris 1

Pour répondre à ma voix tu parais animée, Et ton écho plaintif semble m'avoir compris.

Adieu î sous tes pavés Que je foule en silence, Mon cœur ensevelit plus d'un cher souvenir; Là gisent confondus tous mes beaux jours d'enfance , Fleurs mortes au printemps , fruits tombés sans mûrir.

Et quand mon dernier pas aura pressé tes dalles , Quand je m'éloignerai plein de trouble et d'émoi , Je ne secoûrai point mes poudreuses sandales ; Ta mémoire à jamais sera sainte pour moi ;

Car sous ton humble toit, qu'oubliait la tempête , Enfant insoucieux , j'ai joui d'un passé Que je revois de loin et sur la route faite , Gomme un vallon en fleurs par le ciel caressé.

Rouen, août 4839.

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