LA MAISON PATERNELLE
Tu fus de mon bonheur le témoin et l'asile ; Pourrai -je maintenant être joyeux ailleurs?
Tes gais festins, pour moi , n'abrégeront plus l'heure ;
Tu vas être désert, tu vas être vendu ;
DUin hôte indifférent devenu la demeure ,
Tu n'auras plus d'écho pour mon cœur éperdu.
Si je reviens un jour dans la rue isolée , Près du portail connu si je m'arrête un jour, Si je sens de mes pleurs ma paupière voilée ,
Si j'attends par instinct le baiser du retour,
Rien ne s'éveillera dans la maison muette ; Du colombier désert les pigeons auront fui ; Le possesseur nouveau de ma douce retraite N'aura pas respecté ce qui n'est rien pour lui.
Tout sera différent ; car tout change sur terre. Le vieux chien qui gardait le logis autrefois , Lui-même ayant quitté le toit héréditaire , Ne me recevra plus avec de gais abois.
Et, si je veux franchir encor la porte antique, Sous le toit paternel étranger désormais , Je ne m'asseoirai pas au foyer domestique Maintenant délaissé de tous ceux que j'aimais.
Adieu donc pour toujours, demeure bien-aiméel Adieu ! que l'Éternel protège tes lambris 1
Pour répondre à ma voix tu parais animée, Et ton écho plaintif semble m'avoir compris.
Adieu î sous tes pavés Que je foule en silence, Mon cœur ensevelit plus d'un cher souvenir; Là gisent confondus tous mes beaux jours d'enfance , Fleurs mortes au printemps , fruits tombés sans mûrir.
Et quand mon dernier pas aura pressé tes dalles , Quand je m'éloignerai plein de trouble et d'émoi , Je ne secoûrai point mes poudreuses sandales ; Ta mémoire à jamais sera sainte pour moi ;
Car sous ton humble toit, qu'oubliait la tempête , Enfant insoucieux , j'ai joui d'un passé Que je revois de loin et sur la route faite , Gomme un vallon en fleurs par le ciel caressé.
Rouen, août 4839.