LE NOUVEAU-NÉ
Pleurez, cher nouveau-né , pleurez toutes vos larmes , Quand vos douleurs ne sont que des chagrins légers ; Et qu'aux jours où la vie a de dures alarmes, Le ciel calmé vous soit avare de dangers.
Que le temps soit pour vous la coupe aux doux breuvages ; Que ce flot orageux , qu'on appelle les jours , Coule pour vous limpide entre deux beaux rivages ; Que nul souffle du nord n'en ternisse le cours.
Si pour vous je pouvais tracer la destinée , !
J'ouvrirais devant vous de paisibles chemins ; De bonheur en bonheur doucement promenée , Chaque heure de ses dons surchargerait vos mains.
Mais pourquoi? l'avenir vous berce et vous caresse,
Des sourires amis vous font un doux accueil,
Et le cœur maternel , ce foyer de tendresse ,
Sous vos pas incertains éclairera recueil. |
Et moi, que puis-jë enfin, cher ange que j'adore? Si ce n'est de sourire à votre front vermeil , Et de prier pour vous et de redire encore Ces chants qui berceront votre léger sommeil ;
Ces chants pour qui déjà le long oubli commence ; Chants plus vite effacés qu'une ride sur l'eau , Que le premier rayon qui , .lors de la naissance , D'un reflet fugitif dora votre berceau.