‹ Poésies (volume 2)Chapitre 62 sur 208 · A MADAME STÉPHANIE G. S' H · texte numérisé non relu

A MADAME STÉPHANIE G. S' H

Laissez venir à moi les petits enfants.

Saint Marc, cbap. x, y. 14.

Dans ce livre éternel , ce divin Évangile, Aussi grand de pensers qu'il est humble de style , Livre que Dieu dicta , que les saints ont écrit , Un passage entre tous m'enchante et m'attendrit. C'est quand Jésus remarque, à travers cette foule, Empressée à le suivre , ainsi qu'un flot qui roule , Des enfants apportés pour qu'il pût les toucher, Qu'un trop zélé disciple empêchait d'approcher. Il s'écrie; il s'indigne autant que d'une offense :

— « Laissez, dit-il, laissez venir -à moi l'enfance; Faites place aux petits ; le royaume des cieux Appartient aux humains qui ressemblent le mieux A ces faibles enfants qu'on repousse et que j'aime. »

Sur leurs fronts, Jésus-Christ pose sa main suprême, Cette main qui rendait aux lépreux la santé , Aux aveugles, aux sourds, l'ouïe et la clarté, Cette main qui brisant même la tombe avare , Du linceul déchiré faisait sortir Lazare.

Quel spectacle sublime en sa naïveté, De voir ce Dieu sauveur, voilant sa majesté , Imprimer sur le front de l'enfance innocente L'ineffaçable sceau de sa main bénissante , Sourire à ces regards, se complaire à ces voix , Qui bégayaient son nom pour la première fois. Ces enfants dont Jésus touchait les têtes blondes , A qui , dans sa bonté, le Rédempteur des mondes Prodiguait son amour et promettait le ciel , Ce n'étaient pas les fils des riches d'Israël, Bercés par la mollesse et la sollicitude ; Mais ceux que l'esclavage ou la pauvreté rude Élevait pour la peine et pour le dur travail , Agneaux derniers venus, le rebut du bercail : — « A ceux-là, disait-il, tâchez d'être semblables j Aimez-les d'autant plus Qu'ils sont plus misérables; C'est moi qui vous le dis; leurs àngès radieux Sont éternellement devant mon père aux cieux ; Dans sa majesté sainte ils le voient face à face. Or quiconque ici-bas s'humilie et s'efface Au royaume d'en-haut prendra le premier1 rang ; Le plus petit de tous deviendra le plus grand. »

C'est toi , Maître divin , dont la voix , les préceptes

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