‹ Poésies (volume 2)Chapitre 68 sur 208 · LA COLOWIE DE METTRAY · texte numérisé non relu

LA COLOWIE DE METTRAY

Leur air gai , franc, ouvert , leur stricte discipline. On croit comprendre alors que Ton a sous les yeux Un charitable asije où , par des soins pieux , Des fils de laboureurs apprennent dès l'enfance Ce qui de leur métier doit faire une science. Il faut le dire, hélas! tous ces infortunés Sortent de quelque geôle, et tous sont profanés. Fils de mauyais parents, ou nourris par l'hospice, Ils ont tous comparu dans (es cours (Je justice. Précoces criminels , leur flge seulement Les a fait exempter d'un ju^te châtjjpent. Or ce lieu si charmant et si frais, dont les hôtes Sont de pauvres enfants déjà souillés de fautes, Que Ton fornie à l'amour du beau, du bien, du vrai, Pour les rendre au pays purs et bons , c'est Mettray.

Un matin , deux passants qu'un même attrait, sans, doute, Conduisait à Mettray, cheminaient sur la routa; L'un d'eux, un étranger, pour la première fois Parcourait ce pays: mais l'autre, un villageois, S'avançait d'un pas vif, joyeux , plein d'assurance, Et saluait des lieux connus de son enfance.

— a Monsieur, dit l'étranger, vous connaissez Mettray? a

— « Oui, Monsieur, je m'y rends et vous y conduirai. Je vais avec plaisir revoir la Colonie.

Par elle délivré de mon ignominie ,

Je puis lever la tète , affronter les défis ,

Et dire avec orgueil : — «Je suis un de ses fils ! »

Après avoir marché quelque temps en silence, Le jeune villageois ajouta : — • « Quand je pense Combien triste et honteux pour moi fut ce passé Que mon bonheur présent n'a qu'à peine effacé , Je me sens parfois pris d'une sourde souffrance. Je n'ai pas de parents, Monsieur! L'indifférence Glaça mon premier rire et rebuta mes pleurs. Dieu seul eût compati peut-être à mes douleurs ; Mais toujours le saint nom de celui qui nous aime Vibrait à mon oreille escorté d'un blasphème. Dès ma première enfonce , aux vices entraîné Par l'exemple fatal, sans guide, abandonné A des gens qui faisaient un trafic méprisable, D'un vol , à quatorze ans, je me rendis coupable. Acquitté pour mon âge et mis à Fontevrault, J'étais fait pour monter peut-être à Pécha faud. De ces enfants souillés j'étais le plus obscène. Un soir à la lueur d'une lampe incertaine, Je chantais dans la geôle une infâme chanson, Lorsqu'un noble inconnu parut dans la prison, Et choisit dix de nous. Cet homme vénérable Me prit, moi le plus vil et le plus misérable, Il me fit, dans son char, asseoir auprès de lui. Et dès le lendemain lorsque le jour a lui , Nous étions à Mettray. L'heureuse Colonie , A nos yeux se montra souriante et bénie. Nous , incertains du sort qui nous était promis, Nous tremblions devant ces visages amis. Nous admirions pourtant les chalets , la chapelle, Et nous disions : « La vie ici doit être belle 1 »

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