L'AMÉRIQUE
Malheur à ce Génois rebelle , Qui , de Palos un jour parti , Poussant vers moi sa caravelle , Imprima sa trace nouvelle Sur le rivage d'Haïti !
Cachée à tes regards profanes , Je me berçais, naïve encor, Dans les hamacs de mes lianes , < Au vent parfumé des savanes, Sur mes fleuves aux sables d'or.
Cet or chez mes peuples antiques Ne soulevait pas de fureurs.
Des mêmes filons métalliques Sortaient le bandeau des caciques, Et l'instrument des laboureurs.
Mais ce métal fut une amorce •
Pour tes fils au meurtre acharnés ; Tu vins sous mes huttes d'écorce Et tu me ravis , par la force , Mes biens que je t'aurais donnés.
Pour toi je n'étais point avare ; Car je t'aimais d'amour alors!
Et qu'as-tu fait de moi , barbare , Lorsque pour dot à ton Pizarre Du Pérou j'offrais les trésors ?
N'accuse que Pizarre et ses guerriers sinistres, Eux seuls ont sur leur trône, égorgé les lncas ; J'ai maudit les fureurs de ces sanglants ministres , A tes fils opprimés j'ai donné Las Casas.
Las Casas, renversant tes sanglantes idoles , Te fit connaître un Dieu d'amour et de bonté ; Sur ta plaie il versa , l'homme aux saintes paroles , Le baume de la grâce et de la charité.
Si d'autres dans tes champs ont porté la faucille , S'ils ont brûlé le chaume en récoltant le grain , Leurs enfants ont semé; le temps fuit, l'été brille, De plus riches moissons jaunissent le terrain.
L'Industrie à son tour traversant l'Atlantique , Vient peupler tes déserts de vivantes cités ; Chaque jour fait jaillir de la forêt antique Des guérets florissants et des toits habités.