SOUS UN TOIT DE CHAUME
Capricieusement montrait son cou de cygne Et souriait de loin.
Mais quand le mendiant, chancelant et sans guide, Passait vers le midi sur le chemin aride «
Sous le soleil en feu , Elle accueillait du coeur sa plainte abandonnée , Et rompait avec lui ce pain de la journée
Que Ton demande à Dieu.
Le pauvre s'arrêtait avec un long sourire ; Délassant ses pieds nus que la ronce déchire
Et ses membres perclus ; Puis, lorsqu'il reprenait sa pesante besace, Longtemps encor des yeux elle suivait sa trace ,
Triste et ne chantant plus !
Juillet finit à peine : eh bien! devant sa porte, Voyez la jeune fille assise, demi -morte,
Au soleil sur le seuil , Laissant errer ses yeux qu'ici-bas rien n'arrête, Faible , pâle , immobile , et déjà comme prête A descendre au cercueil.
Son teint ne rougit plus que des feux de la fièvre , La brûlante insomnie a séché sur sa lèvre
Le rire et la chanson ; Elle meurt, pauvre épi rongé dans sa racine , Qui jaunit sans mûrir, se dessèche et s'incline
Bien avant la moisson !
Le pauvre et le passant sur le chemin écoutent, Cherchent des yeux l'enfant belle et rieuse, et doutent ,
Et retardent leurs pas.
Elle est là devant eux l'enfant belle et rieuse , Et l'indigence même , à son tour oublieuse ,
Ne la reconnaît pas.
Voilà donc ce que sont la jeunesse et la joie ! Qui pourrait aujourd'hui passer par cette voie
Sans fléchir les genoux ?
La mort reprend si tôt ce que la vie accorde !
Seigneur, Dieu de clémence et de miséricorde,
Ayez pitié de nous !