‹ Poésies (volume 2)Chapitre 94 sur 208 · CONFIDENCE · texte numérisé non relu

CONFIDENCE

L'un près de l'autre assis , par un beau soir d'été , Au versant d'un coteau de tout bruit écarté, Nous respirions des champs l'haleine parfumée. Moi , déjà tout épris d'une vaine fumée, Je lui contais mes vers et mes rêves du jour ; Plus poète que moi , lui me parlait d'amour. Tantôt m'entretenant tout bas et côte à côte , Tantôt l'œil inspiré, debout, d'une voix haute, Selon qu'il avait peur d'un passant indiscret , Ou qu'avec plus de force en lui l'amour vibrait, Il me disait la fleur ou donnée ou reçue , Le bal où, gracieuse, il l'avait aperçue, Ses craintes , son espoir fondé sur un souris, Et tous ces riens si chers aux cœurs vraiment épris.

— « Oh ! disait-il , combien elle était fraîche et belle 1 Que de fois mes regards se sont tournés vers elle ! J'enivrais à la fois et mon cœur et mes yeux A voir ses mouvements souples et gracieux ,

Son visage adoré qui parfois se colore D'une chaste rougeur qui l'embellit encore , Et ce blanc vêtement , dont la simplicité Donnait un nouveau charme à sa jeune beauté!

« C'était hier , au bal. Les danses enivrantes

L'entraînaient tour à tour dans leurs courbes errantes,

Elle cédait rieuse , et livrait à loisir

Son âme jeune et vierge aux attraits du plaisir ;

Elle était tout entière à la gaîté folâtre.

Sur son front calme et pur , aussi blanc que l'albâtre ,

N'apparaissait aucun de ces plis ombrageux ,

Éclairs venus du cœur lorsqu'il est orageux ;

Ses cheveux bruns étaient son unique couronne.

A la voir , je croyais rêver cette Madone

Que , sur la toile sainte , anima Raphaël

D'un amour de la terre et d'un rêve du ciel.

Ses yeux , double rayon échappé de son éme ,

Autour d'elle versaient une aussi douce flamme

Que deux astres jumeaux dont 4e ciel brillé au soir ;

Auprès d'elle chacun s'empressait pour la Voir ;

Mon cœur était jaloux de qui s'approchait d'elle ,

Et s'en allait disant tout bas : Comme elle est belle !

« Oh 1 si ces yeux divins , qui me font tant d'émoi , Consentant quelque jour à s'abaisser vers moi , Découvraient ce secret qui , de mon âme en peine Déborde -comme l'eau d'une coupe trop pleitte ; Si , devinant des vœux exprimés à moitié, Elle acceptait de moi plus que de l'amitié,

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