LA DORMEUSE
Mais lorsque ses blanches paupières, Que frangent de longs cils soyeux, Voilent à leur tour les lumières Et l'éclat changeant de ses yeux,
On ose, d'un cœur moins timide, Regarder le front argenté, La joue en fleur, la bouche humide Où sourit un rêve enchanté,
La nuque ondoyante et nacrée Où frisent de légers cheveux , Tout cet ensemble qui récrée, Qui provoque et retient nos vœux ;
On songe à ces jours de la Grèce , Où l'Amour faisait des héros, Où Psyché, blonde enchanteresse, Sommeillait sous les yeux d'Eros...
Mais alors ces aînés des hommes Etaient les fils des immortels, Et, quand ils venaient où nous sommes, L'amour leur dressait des autels.
Libres, ils donnaient à la terre Les lois que nous devons souffrir :
Au rayon qui les désaltère Nous ne boirions pas sans mourir.
Il faut que notre cœur se sevré; Et, par la dormeuse charmés, Nous craignons d'effleurer sa lèvre, En lui disant tout bas : — « Dormez!.