‹ Poésies (volume 3)Chapitre 57 sur 78 · A MADAME GAVEAUX-SABATIER · texte numérisé non relu

A MADAME GAVEAUX-SABATIER

Hier, j'étais aux champs; sous la verte ramure Le zéphyr printanier n'avait pas un murmure ; Sous les cieux étoiles on n'entendait nul bruit, Que la voix de l'oiseau qui soupire la nuit. Au milieu de ces bois à la verdure tendre, Bien longtemps j'écoutai, sans me lasser d'entendre. Du rossignol caché l'hymne mélodieux, Triste comme la terre et pur comme les cieux. Soudain il s'envola; je vis, à travers l'ombre, Passer l'oiseau chétif à l'aile grise et sombre : « Pourquoi, dis-je, le ciel n'a-t-il pas d'un beau corps Vêtu cette voix sainte aux limpides accords.-' »

Ce soir, la même voix a séduit mon oreille Et, doublement charmé, ce soir je m'émerveille Que le ciel ait pu joindre à d'aussi purs accents Ce radieux visage et ces yeux ravissants.

Chantez, chantez encore, âme suave et pure; A défaut du ciel bleu, de la verte nature,

Pour écouter vos chants vous trouvez réunis L'art, l'esprit, la beauté, que le ciel a bénis. Cela vaut, certes, bien un bosquet solitaire; Vous n'avez pas besoin de l'ombre et du mystère : Laissez au rossignol l'obscurité du soir; On aime à vous entendre, et l'on aime à vous voir.

cra CÏ3 fffr

sjs <=3s> «ïs> els> eS e3

LE MEDAILLON

Page 1