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A L'ACADÉMIE DES JEUX FLORAUX DE TOULOUSE

Dedans un pré, je vis une îsaïade Qui, comme fleur, marchoit dessus les fleurs, Et mignotoit un bouquet de couleurs...

Pierre de Ronsard.

E" tait-ce un rêve, était-ce une réalité? J'étais assis au bord d'un vallon enchanté, Et j'allais me baignant, pensif et solitaire , A la brise éthérée , aux parfums de la terre. Le ciel semblait creusé dans un vaste saphir, Et les fleurs ondulaient au souffle du zéphyr. O Mai! doux enchanteur, mois où tout se réveille. Que ta riche parure était vive et vermeille!

Jamais la grande main qui peint l'émail des fleurs

Ne t'avait embelli de plus fraîches couleurs ;

Jamais les papillons, les mouches, les abeilles

N'avaient goûté de miel si doux dans tes corbeilles;

Jamais de tes parfums les effluves naissants

N'avaient plus enchanté, plus enivré mes sens.

Tout vivait. Chaque fleur, frémissante, embaumée,

Aux baisers du soleil semblait s'être animée;

Chacune, dans les champs, dans les prés, dans les bois,

Pour peindre sa pensée avait pris une voix.

L'Églantine disait : — « C'est moi que l'on admire,

Moi la fleur du savoir, moi, la fleur du bien-dire;

C'est moi qui persuade et qui retiens captifs,

Aux pieds de l'orateur, les hommes attentifs.

Celui qui me reçoit, mystérieux symbole,

Voit la foule soumise écouter sa parole.

On dirait que sa langue , en un puissant essor,

Attache l'auditoire avec des chaînes d'or. »

— a Je suis une humble fleur, disait la Violette;

J'aime à m'épanouir sous une ombre discrète;

Mon parfum délicat, dans les bois égaré,

S'exhale bien souvent sans être respiré.

Mais, en ses jeux sacrés, si Clémence me cueille,

Un prestige secret vient enrichir ma feuille.

Reines du gai savoir, les Muses souriront

Au poète inspiré dont j'ornerai le front.

Sur les pas de Milton, de Virgile et d'Homère,

Il dira les héros; et leur gloire éphémère,

Leurs conquêtes, leurs noms, immortels désormais,

Revivront dans ses vers pour ne mourir jamais. »

— « Oses-tu bien sortir de l'herbe , Plante agreste, aux sombres couleurs?

Depuis quand deviens-tu superbe, Toi, la plus modeste des fleurs!

Rentre dans tes forêts obscures;

Sois l'emblème des sépultures Et des malheureuses amours; L'ombre sied mieux à tes fleurs pâles.

Crains, pour tes fragiles pétales, La trop grande splendeur des jours.

» C'est moi, l'Amarante hautaine, Qui ne fleuris qu'au grand soleil , Moi qui, vers la céleste plaine, Elève un panache vermeil ; C'est moi qui couronne la lyre Du poète , dont le délire Chante les rois et les guerriers.

La fleur de Pindare et d'Horace , L'amarante ne s'entrelace Qu'avec les rameaux des lauriers ! »

— « Mes sœurs, dit une Primevère; L'une et l'autre vous savez plaire.

Votre destin est beau; pourquoi le gâtez-vous Par des transports envieux et jaloux ;

Vous avez la splendeur, glorieuse Amarante, Vous, Violette, le parfum.

Ma fortune est bien différente;

Vous avez des trésors; je n'en possède aucun.

Je suis sans odeur et rampante; Et cependant je me contente De l'humble lot qui m'est donné; Car les destins m'ont ordonné De présager le printemps à la terre.

Soumise à Téternel mystère.

J'abandonne aux humains la rancune et le fiel. Imitez-moi; sans orgueil, sans envie, Gardez le rang où vous plaça le ciel, C'est l'art d'être heureux dans la vie. »

Plus d'une fleur encore, aux champs, dans la forêt,

Sous la brise de mai doucement murmurait.

L'Œillet , pour composer son ardente ambroisie,

Semblait prendre un parfum de chaque poésie;

A l'écart, un Souci répandait dans les airs,

Soupirs d'un cœur blessé, de suaves concerts.

Il disait une amour ineffable et discrète,

Née, aux jours du printemps, aux chansons d'un poète.

A ces chants tout remplis d'une douce langueur,

La bien-aimée enfin laissait fléchir son cœur;

Puis c'étaient les échos de tendres rêveries,

Ces mots entrecoupés qu'au soir, dans les prairies ,

Sous l'yeuse et le saule avec de longs serments ,

En se donnant des fleurs, échangent les amants.

Soudain tout se taisait-... la harpe était brisée,

Un frisson douloureux courait dans la pensée...

Qu'était-il devenu, le jeune ménestrel:

Pourquoi ces chants suivis de ce deuil éternel ?

Et pourquoi l'Élégie, en sa triste cadence,

Soupirait-elle encor le doux nom de Clémence? Mais le Souci penchait son front silencieux, Quand une odeur suave, un chant délicieux Sur l'aile du Zéphir coururent par la plaine : Le Lys à son parfum mêlait sa cantilène :

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