LA PHOTOGRAPHIE
DE S. A. R. M»c LA DUCHESSE DE CHARTRES
Oui ! c'est elle... et ce n'est pas elle. C'est bien le galbe et le profil; C'est un reflet qui la rappelle; Mais son doux charme, où donc est-il
Sur cette lèvre froide et grave Où donc est-il ce frais souris, Qui s'épanouit plus suave Au nom de ses enfants chéris?
Ce n'est plus l'Artiste dont l'âme Se révèle sous le crayon; Ce n'est plus l'oeil, foyer de flamme, Dont le regard est un rayon.
L'attrait idéal du visage, Chair transparente et sang vermeil, Tout pâlit , comme un paysage Lorsque s'est voilé le soleil;
54 FLEURS DE FRANXE
Tout se fane et se décompose , En s'estompant sur le papier. C'est le fantôme d'une rose; C'est une fleur dans un herbier.
C'est une empreinte terne et pâle, Un poème en prose traduit; Près du diamant, c'est l'opale; Près du jour, c'est la froide nuit.
Pourtant cette ombre grise et noire, Par un mirage singulier, Fait revivre dans la mémoire Celle qu'on ne peut oublier.
Par la pensée on la colore; Dans le prisme du souvenir, Comme à travers un météore, On l'anime, on la voit venir.
Mais il y manque ce prestige Dont Elle seule a le secret.
Pour éterniser le prodige, Pour la faire vivre, il faudrait
Qu'elle osât ce travail suprême, Et que, d'un pinceau caressant, Elle se peignît Elle-même, Pour son Robert, son cher absent.