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LE DONJON DE ROMEFORT

A M. LE COMTE ET Mme LA COMTESSE DE BONDY

Vieux donjons, vieux manoirs, féodales demeures, De quoi parlez-vous donc au voyageur lassé ï Pourquoi sur vos créneaux, pendant de longues heures, Va-t-il rêvant au temps passé ?

Des géants d'autrefois , gigantesques repaires , Vous n'avez rien gardé, pas même leurs tombeaux; Vous n'êtes qu'un débris où sifflent les vipères, Où croassent les noirs corbeaux.

Vos orgueilleux barons ne sont plus que des ombres; La race a disparu, le nom s'est aboli; Les siècles ont jeté sur vos mornes décombres Deux manteaux : le lierre et l'oubli !

On vous aime pourtant, ruines centenaires, Et quand l'ombre des nuits s'étend sur le coteau , On repeuple un instant d'êtres imaginaires Le fantôme du vieux château.

Qu'il est superbe, dans mon rêve, Le grand donjon de Romefort!

Un soleil de printemps se lève Sur les toits bleus du château fort;

Un beau page sur la tourelle Fait retentir le son du cor; Le veneur matinal appelle Les varlets endormis encor.

Piqueurs et fauconniers, en place!

Monseigneur descend de la tour.

Madame aussi veut à la chasse Lancer son tiercelet d'autour.

Voici le palefroi qu'on mène, Couvert d'un harnais blasonné, Et sur son gant la châtelaine Porte l'oiseau chaperonné.

Les limiers jappent sous l'arcade.

En selle, heureux chasseurs, allons!

Partez, volez, en cavalcade, Par les coteaux, par les vallons!

Courez ! le thym et la lavande Parfument l'air pur du pays, Et les bœufs jaunes dans la brande Vous regardent tout ébahis.

A l'ombre du manoir, une ferme est assise, Formant un carré vaste, enclos de toutes parts,

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