QUI VA MARIER SA FILLE
Abreuve bien ton cœur à cette source amère; ' Bois ce poison délicieux; Savoure du regard ton ardente chimère,
Comme un damné qui voit les cieux!
Contemple cette enfant, ton bonheur et ta joie;
Réjouis-toi bien de la voir; Car c'est pour peu de temps que le ciel te l'envoie.
Aime et souffre, cœur sans espoir!
Doux esprit, frais sourire, aimable causerie, Elle a tout ce qui peut charmer.
Tu la vois, tu l'entends, adorable et chérie : Tu l'aimes; hâte-toi d'aimer!
Tu lui fais en toi-même un divin sanctuaire.
Et sur un trône tu l'assieds; Tu placerais ton front courbé dans la poussière,
Comme un escabeau sous ses pieds.
Il ne te suffifpas de toute ta tendresse,
Tu voudrais prodiguer ton sang, Pour un sourire d'elle, un mot qu'elle t'adresse,
Pour un seul regard caressant ;
Eh! bien; quelque inconnu, bientôt, demain peut-être,
Viendra tout à coup la saisir.
Il lui parlera haut; car il sera son maître,
Et la forcera d'obéir.
Il ne comprendra pas cette frêle nature.
Fier de lui-même et triomphant, D'un souffle il éteindra cette âme ardente et pure.
Pauvre père! hélas! Pauvre enfant!