LE CHATEAU DES TEMPLIERS
Au murmure de la cascade, Montons à travers les halliers, Parmi les rocs, à l'escalade, Jusqu'au château des Templiers.
Déjà là-haut, sur la montagne, j'aperçois le donjon bruni; Sa croix domine la campagne Et s'élance vers l'infini.
Marchons encor, parmi les seigles;
Marchons sous le ciel gris ou bleu.
Il était là, le nid des Aigles
Qui gardaient le tombeau de Dieu.
Je veux toucher du pied leur aire;
Je veux m'incliner à l'autel,
Où priaient ces hommes de guerre,
Que brûla Philippe-le-Bel.
Salut à vous, sombres ruines, Murs croulants, terribles prisons !
Vos blocs commandent les collines,
Jusqu'aux bleuâtres horizons.
Jadis, quand ils portaient les armes, Les fiers vainqueurs des mécréants, On ne passait pas sans alarmes, Au pied de ces créneaux géants.
Aujourd'hui, terribles victimes, Dans le trépas vous dormez tous, Et les grands aigles, sur vos cimes, Sont remplacés par les hiboux. Votre glaive et votre cuirasse Ne défendront plus le saint lieu; C'est un manant qui vous remplace Et dîne auprès de votre feu.
Dans la hautaine citadelle, Où veillaient des hommes de fer, Le bœuf mugit, le mouton bêle, L'odeur du foin parfume l'air, Et la compagne vigoureuse Du laboureur au cou hâlé Suspend à sa mamelle heureuse Un enfant rose et potelé.
L'Ardoisière, près Vichy, août 1871.