INVOCATION DANS L'ORAGE
Ils s'avancent, les noirs orages!
Leurs tumultueux tourbillons Courbent, dans leurs puissantes rages.
L'arbre comme un blé des sillons.
Avec les branches fracassées, Avec les feuilles dans les airs, Je fuis, sur l'aile des pensées, Jusqu'aux nuages gros d'éclairs.
Seigneur! quelle terrible guerre A troublé le calme des cieux ?
Pourquoi ce fracas du tonnerre Et ces éclairs silencieux :
Pourquoi, livrés au vent qui gronde, Ces nuages voilés d'horreur, Semblent-ils passer sur le monde , Comme des ançes de fureur :
Quelle est donc la fière victime Que vous châtiez aujourd'hui : Quel est le front assez sublime Pour que vous tonniez contre lui ?
Peut-il être une créature Si grande devant vous, mon Dieu, Que vous creusiez sa sépulture Par ces rouges sillons de feu?
Dieu fort! sans peur je vous admire, Tandis que l'univers entier Subit en tremblant votre empire, Esclave qu'on va châtier!
Tandis que la sombre tempête Gronde et rugit autour de moi, Rempli d'une vigueur secrète Je marche appuyé sur la foi.
Pourquoi, Seigneur, lorsque tout plie De l'herbe au chêne foudroyé, A vos pieds quand tout s'humilie, L'homme seul n'a-t-il pas ployer
Devant ces triangles de flamme
C'est qu'il vous voit, c'est qu'il vous sent.
Il écoute, au fond de son âme,
L'écho du concert tout-puissant;
INVOCATION DANS L'ORAGE 7g
Et quand l'arbre, en sa frêle écorce, S'est courbé sous votre courroux , Si l'homme s'exalte en sa force, C'est que son âme vient de vous.