LE SOIR APRES L'ORAGE
Jusqu'au soleil couchant le jour fut orageux; Dans les airs, tantôt purs et tantôt nuageux, Le vent se déchaînait; l'eau tombait par rafales; Puis l'éclat du soleil, dans de bleus intervalles, Soudain glissait brûlant et réchauffait les cieux; Puis revenaient l'orage et les vents pluvieux.
Voici le soir. Le ciel, lassé de la tempête, S'éclaircit; un rayon dore là-bas le faîte, Des bois, des toits de chaume, et leurs vitraux étroits Se parent tout à coup de la splendeur des rois. Une goutte de pluie, au bout de chaque branche, Scintille et tombe au vent quand le rameau se penche. On dirait que l'été, comme un ami qui part. Après les pleurs versés, se compose, avec art, Pour l'instant des adieux , un sourire suprême, Ce sourire menteur qu'on jette à ceux qu'on aime. En feignant de partir avec moins de douleurs, Ce sourire contraint, plus amer que les pleurs.
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BIBLIiilHCA )
Non! dans tes changements, ô nature sereine, Tu ne t'attristes pas! Quand d'un manteau de reine L'Éternel t'a vêtue, il ta dit son secret; Et si je crois te voir répondre à mon regret, C'est que je te contemple à travers l'âme humaine, L'homme, hélas! soucieux du but où Dieu le mène, L'homme incertain du jour n'ose dire : « A demain ! i> Toi, dans ta majesté, tu poursuis ton chemin.
Le vallon vert encor joyeusement végète;
L'écho s'égaie et rit au son de la clochette
Du troupeau qui revient ; la chanson du berger
S'élève des vallons, jouet du vent léger;
Puis le rire éclatant de quelque villageoise,
Puis l'Angelus qui tinte au vieux cloche: d'ardoise.
Un mélange lointain de bêlements, d'abois,
De ruisseaux murmurants, de brises dans les bois,
Tous ces bruits confondus forment des harmonies,
Qui vont affaiblissant leurs gammes infinies,
Pour assortir les tons de l'hymne universel
Aux vapeurs dont le soir enveloppe le ciel.
Au jour éteint la nuit succède monotone;
Dans l'air, pour un instant, la phalène bourdonne.
J'entends le cri plaintif de l'orfraie, un oiseau,
Qui s'éveille et qui tremble au fond d'un arbrisseau,
Les aboiements d'un chien qui montent dans l'espace,
Enfin le pas tardif d'un laboureur qui passe...
Et la dernière brise emporte un dernier bruit.