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L'ASILE

A MADAME STEPHANIE GEOFFROY-St-HILAIRE

Dans ce livre éternel, ce divin Evangile, Aussi grand de pensers qu'il est humble de style. Livre que Dieu dicta, que les saints ont écrit, Un passage entre tous m'enchante et m'attendrit. C'est quand Jésus remarque, à travers cette foule, Empressée à le suivre, ainsi qu'un flot qui roule, Des enfants apportés pour qu'il pût les toucher, Qu'un trop zélé disciple empêchait d'approcher. Il s'écrie; il s'indigne autant que d'une offense :

— « Laissez, dit-il, laissez venir à moi l'enfance; Faites place aux petits; le royaume des cieux Appartient aux humains qui ressemblent le mieux A ces faibles enfants qu'on repousse et que j'aime. » Sur leurs fronts, Jésus-Christ pose sa main suprême, Cette main qui rendait aux lépreux la santé,

Aux aveugles, aux sourds, l'ouïe et la clarté, Cette main qui, brisant même la tombe avare, Du linceul déchiré faisait sortir Lazare.

Quel spectacle sublime en sa naïveté, De voir ce Dieu sauveur, voilant sa majesté, Imprimer sur le front de l'enfance innocente L'ineffaçable sceau de sa main bénissante, Sourire à ces regards, se complaire à ces voix, Qui bégayaient son nom pour la première fois. Ces enfants dont Jésus baisait les têtes blondes, A qui, dans sa bonté, le Rédempteur des mondes Prodiguait son amour et promettait le ciel, Ce n'étaient pas les rlls des riches d'Israël, Bercés par la mollesse et la sollicitude; Mais ceux que l'esclavage ou la pauvreté rude Élevait pour la peine et pour le dur travail, Agneaux derniers venus, le rebut du bercail : — « A ceux-là, disait-il, tâchez d'être semblables; Aimez-les d'autant plus qu'ils sont plus misérables; C'est moi qui vous le dis; leurs anges radieux Sont éternellement devant mon père aux deux; Dans sa majesté sainte ils le voient face à face. Or quiconque ici-bas s'humilie et s'efface Au royaume d'en-haut prendra le premier rang; Le plus petit de tous deviendra le plus grand. »

C'est toi, Maître divin, dont la voix, les préceptes Ont inspiré les cœurs de ces humbles adeptes,

Qui recueillent l'enfant du pauvre demi-nu,

En disant à chacun : — « Entre ! et sois bienvenu.

Cet asile est le tien. D'abord, d'une voix haute,

Commence par prier le Seigneur Dieu ton hôte.

C'est lui qui t'a créé; l'aimer est ton devoir;

Bénis-le, pour qu'un jour il t'admette à le voir.

Aime aussi tes parents; pour devenir bon père.

Il faut être bon fils; tu le seras, j'espère.

Puis nous travaillerons. Le travail, c'est la loi!

Sois donc sage, apprends bien. Quelle gloire pour toi,

Quand, plus fort et plus grand, travailleur économe,

Tu gagneras ton pain toi-même et seras homme!

Ton père qui, pour toi, se fatigue aujourd'hui ,

Sera vieux; deviens apte à travailler pour lui. »

Ainsi dans leur bonté, pour se faire comprendre,

Au niveau de l'enfant ils aiment à descendre,

Puis, d'un pas insensible avec lui s'élevant,

A la hauteur de Dieu font remonter l'enfant,

Et l'enfant comprend Dieu !... C'est que l'âme enfantine

Depuis si peu de temps sort de la main divine,

Que, dans son enveloppe, elle doit retenir

Du ciel qui la créa le vague souvenir.

Sa vie est sans péché, son visage sans ride.

L'ange qui, de là-haut, la surveille et la guide,

D'aucun crime commis ne ressentant l'affront,

Jamais avec douleur ne s'est voilé le front.

Enfants, conservez bien le dogme salutaire, Ainsi qu'un grain semé dans une bonne terre!

l'asile io:

Soyez heureux longtemps; riez, jouez, chantez!

Le destin nous a pris tant de prospérités,

Il a sur notre tête amassé tant d'orage,

Que nous paîrions bien cher le calme de votre âge.

Mais par malheur l'asile, indigent, trop étroit, Doit refuser bien plus d'enfants qu'il n'en reçoit. La Charité divine, aux mamelles taries, En vain gémit, en vain nous tend ses mains flétries, Et, si nous n'adoptons tous ces abandonnés. Ils sont dès leur naissance à souffrir condamnés. Ne les délaissons pas, ceux que notre œil rencontre Pareils au voyageur que Jésus-Christ nous montre Egorgé par le fer de larrons inhumains, Dépouillé, demi-mort, gisant sur les chemins.

Vous vous en souvenez : Un rabbin sur la place Arrive, entend gémir le malheureux, et passe. Un lévite à son tour, descendant du Thabor, Entend le malheureux gémir, et passe encor. Par le même sentier, venant de Samarie, Un homme à cet aspect se sent l'âme attendrie; Il court et, déchirant sa tunique de lin, Bande la plaie, y verse et de l'huile et du vin, Puis, non content d'avoir refermé la blessure, Il met l'infortuné sur sa propre monture, Le conduit à son hôte, en disant : — « Veille bien Sur mon frère blessé. Qu'il ne manque de rien ! Ces trois deniers d'argent te suffiront, je pense; S'il faut plus, au retour je paîrai la dépense. »

Cet hôte qui reçoit le voyageur blessé, C'est l'asile! l'asile où l'enfant délaissé, Assailli par les maux qu'entraîne la paresse, Par le vice fatal à sa frêle jeunesse, Trouvera le savoir, le soin consolateur, Les jeux et la prière aux pieds du Créateur, Le précepte et l'exemple enfin, ces deux dictâmes Destinés à guérir les blessures des âmes.

Pour que dans sa candeur il ne soit pas détruit, Cet enfant, chaste fleur, qui doit produire un fruit, Venons à son secours! — Dans Paris, au passage, Souvent nous rencontrons l'enfant au doux visage, Hélas ! déjà flétri , pâle et baigné de pleurs. Soyons compatissants pour ses jeunes douleurs. Ne nous détournons point... Osons d'une main sûre Relever le malade et panser la blessure;

Car Jésus dit encor : — « Toi qui m'as demandé Ce qu'il faut faire, afin qu'il te soit accordé, En aimant Dieu, d'atteindre à la vie éternelle, Médite le récit que je t'offre en modèle. Va! si tu l'as compris, tu n'es plus incertain : Agis ainsi qu'a fait le bon Samaritain. »

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