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AU POETE AGRESTE

ACHILLE M1LLIEN

Vous aimez la verte nature Et le calme animé des bois.

Sous leur ondoyante ramure, Pour vous, la brise qui murmure A de mystérieuses voix.

Quand le premier zéphyr se glisse Sur les fleurs roses des buissons, Vous entendez avec délice Un léger Sylphe, en leur calice, Chanter de suaves chansons.

Au bord de la source argentine Où l'herbe se mire dans l'eau , Vous voyez la bleuâtre Ondine, Qui roule, d'une main lutine, Les cailloux polis du ruisseau.

Vous saisissez jusque sous terre Des chants de nul autre entendus; Soupirs du Gnome solitaire Qui, dans les bois avec mystère, Garde les vieux trésors perdus ,

Partout, aux forêts, sur la grève, Dans l'onde, la terre et les cieux, Evoquant ces enfants du rêve, Troupe aimable qui vous enlève Dans un monde mystérieux.

Pour vous chaque herbe cache un drame;

Tout se transforme à chaque pas ;

A travers un prisme de flamme,

Vous voyez, dans chaque être, une âme

Que le vulgaire n'y voit pas.

Et moi , dans votre poésie,

Dans vos chants toujours purs et frais,

Je respire, à ma fantaisie,

Des fleurs l'odorante ambroisie,

J'écoute le bruit des forêts.

Chaque vers, qui s*enlace et penche Dans cet harmonieux faisceau , Me semble une ondoyante branche Où luit mainte fleur rose et blanche, Où gazouille maint nid d'oiseau.

AU POETE A. MILLIEN IOÇ

Balancé par leur mélodie, Je songe aux riantes couleurs Des pommiers de ma Normandie, Berçant à la brise attiédie Leurs rameaux parfumés de rieurs.

Oh! faites-moi rêver encore!

Faites-moi me ressouvenir, Aux chants de votre voix sonore, Que bientôt les rieurs vont éclore, Que le printemps va revenir.

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