MYSTERIEUSE
Le rossignol enfui; Sous l'ombre qui vous cèle, Vous fleurissez comme elle, Vous chantez comme lui.
Dans votre solitude, Vous n'aimez de letude Que ce bonheur si doux De voir, formes chéries, Vos vagues rêveries Voltiger devant vous;
Ou, quand le deuil vous ronge, D'azurer, dans un songe, Le ciel de l'avenir; D'évoquer, pour une heure, Soit qu'il rie ou qu'il pleure, Le pâle souvenir,
Ce fantôme incolore Pareil au météore, Qui, sous les nuits d'été, De son léger phosphore, En voltigeant, redore Le marais attristé.
Timide et retirée, De vous-même ignorée, En secret vous chantez, Sans chercher à connaître Si vos vers doivent être Seulement écoutés.
Pourtant votre voix tendre Au cœur sait faire entendre L'écho de vos douleurs , Et la flamme qui crée Brille en vous , épurée Au baptême des pleurs.
Chantez! chantez, poète,
Tant qu'une voix secrète,
Dans votre âme de feu,
Tout bas vous dira : « Chante!
Car cette voix touchante,
Qui parle en vous , c'est Dieu !
LA ROSE MOUILLEE