‹ PoésiesChapitre 48 sur 64 · TRADUIT DE W. COWPER · texte numérisé non relu

TRADUIT DE W. COWPER

L'orage, ce matin, avait tout noyé d'eau La rose dont Anna fit présent à Marie, Et la fleur, succombant sous l'humide fardeau, Penchait sa belle tête inondée et meurtrie.

Voyant son urne pleine et ses feuilles en pleurs, Je songeais, moi rêveur, qu'elle pleurait peut-être Les boutons qu'elle avait laissés, non sans douleurs. Sur le buisson joyeux où le ciel la fit naître.

Alors je la saisis ; car elle n'offrait pas Un gracieux aspect, ainsi morne et tachée; L'agitant rudement, trop rudement, hélas! Je l'effeuille, et soudain la terre en est jonchée.

Tel est pourtant le rôle insensible et moqueur Que souvent nous jouons près d'une âme souffrante, Sans crainte de heurter et de briser un cœur Que domine déjà la douleur dévorante.

Cette élégante rose, agitée un peu moins, Sous les yeux de Marie aurait encor pu luire; Et les pleurs, essuyés avec de tendres soins, Peuvent être suivis quelquefois d'un sourire.

Page 1