‹ PoésiesChapitre 5 sur 64 · A MON CHER FILS PAUL · texte numérisé non relu

A MON CHER FILS PAUL

Ou vas-tu, rapide navire.'' Tu bondis sur les flots amers On dirait que ton flanc respire.

Où vas-tu, fier coursier des mers; Conduis-tu par les eaux lointaines Ces audacieux capitaines Que nuls dangers n'ont retenus?

Vas-tu vers les pôles du globe Chercher si leur nuit nous dérobe Des mondes encore inconnus?

— Non ! de la Méditerranée Je ne dois point quitter l'azur,

14 FLEURS DE FRANXE

Et ma proue au midi tournée Appelle un abri prompt et sûr.

— Navire, tu cours vers l'Afrique, Vas-tu, messager pacifique, Portant la richesse à ton bord?

Vas-tu, héraut de la bataille, Vomir la flamme et la mitraille?

Es-tu la vie? es-tu la mort?

— Je dirige ma voile errante

Vers des bords qui n'ont plus de noms ;

D'une mitraille dévorante

Je n'ai point chargé mes canons.

Ma carène que le flot berce

N'enferme point pour le commerce

Des biens précieux ou de l'or;

Au rivage où je vais descendre

Je n'emporte qu'un peu de cendre;

Mais cette cendre est un trésor.

Le vaisseau jette l'ancre... Écoutez! l'airain gronde Le rivage Africain a frémi de fierté, Et ce tonnerre humain, dans la rade profonde, Roule de monts en monts, longtemps répercuté.

Une acclamation répond , sur le rivage , Aux éclairs que la nef a vomis de ses flancs, Et la foule descend la colline où s'étage Bône, avec ses toits plats et ses minarets blancs.

LES RELIQUES DE SAINT AUGUSTIN l5

Entre l'onde et les monts , sous ton ciel plein de flamme, Tu me plais, ville arabe à l'aspect gracieux; Mais ton nom que j'évoque est muet pour mon âme; Ta sauvage beauté ne parle qu'à mes yeux.

O cité! dans l'horreur des mêmes funérailles Tout a donc disparu ï C'est ici qu'autrefois Hippone florissait, et ces mêmes murailles, Que le croissant domine, ont arboré la croix.

Hippone, tu n'es plus et ne dois point renaître, Mais un nom glorieux survit à ton destin. Tes échos endormis s'éveilleraient peut-être Si l'on y prononçait le grand nom d'Augustin.

Laissez-moi jusqu'à lui remonter d'âge en âge , Voir Hippone, baiser le sable du rivage Où son pas vénéré s'est autrefois empreint! Sur ces antiques bords que leur passé renomme, Laissez-moi m 'éclairer aux splendeurs du grand homme , M'épurer aux vertus du saint.

Si vous gardez encor le secret de ses rêves , Racontez-moi, beaux cieux qui brillez sur ces grèves,

Comment l'aigle altier prit son vol; Comment il s'éleva, par la philosophie, A la religion du Dieu qu'on crucifie,

Montant de Platon à saint Paul.

l6 FLEURS DE FRANCE

Tel qu'un passant nocturne incertain de sa route, De la crainte à l'espoir et de l'erreur au doute Il allait abusé par de fausses lueurs, Cherchant la vérité qui fuyait son génie, Pâle, et, toutes les nuits, dans sa lente insomnie Arrosant son lit de ses pleurs.

Mais il avait sa mère, une mère admirable, Qui pleurait, qui priait pour son fils misérable,

Avec espoir, avec amour; Certaine qu'elle était, la pieuse colombe, Que ce fils, mort- vivant, prisonnier de la tombe,

Devait ressusciter un jour.

Le mort ressuscita ! quelle heure solennelle ! Quand pâle, secoué par l'étreinte éternelle, Du linceul de l'erreur froissant les derniers plis, Ebloui par l'éclat des divines merveilles, Il entendit vibrer d'en haut à ses oreilles

La voix qui disait : « Prends et lis! »

C'en était fait! la vie envahissait son être, Jésus allait remplir et posséder en maître

Ce cœur avec lui-même en paix.

Comme Jacob sortant du combat avec l'ange, Il revenait vaincu de ce duel étrange,

Mais invincible désormais.

C'est que la vérité du céleste Evangile

Est l'inflexible acier qui frappe, qui mutile,

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