LES RELIQUES DE SAINT AUGUSTIN
Mais qui tranche l'ulcère au fond du cœur humain; Le rayon pénétrant de la clarté divine N'était plus un poignard plongé dans sa poitrine, C'était un glaive dans sa main.
Qu'il est fort! qu'il est grand, l'orateur de Tagaste! Il remplit de sa voix le monde, horizon vaste
Dont il occupe le milieu.
Platon s'est fait chrétien; l'Évangile est son arme; Sectaires et païens! il parle, il dompte, il charme...
Entrez dans la cité de Dieu!
Mais ceux qu'il a vaincus triomphent de lui-même; En vain se dérobant à ce peuple qu'il aime, Il veut rester du Christ le dernier serviteur; La foule le découvre agenouillé dans l'ombre , L'emporte vers l'autel entre ses bras sans nombre. Hippone le veut pour pasteur.
Va, grand Augustin! marche, appuyé sur la crosse; Fais descendre du ciel la sainte vérité,
Soutiens l'honneur du sacerdoce ,
A l'heure où l'effrayant colosse, Rome, succombe au poids de son immensité!
Les Dieux s'en vont! la terre a perdu l'équilibre;
Tout craque et se dissout; les barbares sont là. Un cri d'effroi résonne et vibre , Et, dans les eaux jaunes du Tibre,
Vont se désaltérer les coursiers d'Attila.
l8 FLEURS DE FRANCE
Mais la croix du salut, à travers les ténèbres, Etincelle en ta main comme un phare qui luit.
Déchirant ces voiles funèbres,
Déjà tu prévois, tu célèbres L'aurore qui vaincra cette hideuse nuit.
Le Seigneur tout-puissant est béni par ta bouche; Il n'est pas de païen , de barbare outragé
Que ta sainte douceur ne touche;
Genseric, le tyran farouche, Respecte le troupeau par tes vœux protégé.
Hippone, ainsi que l'arche, au milieu du déluge, Dans l'Afrique envahie, invincible témoin,
Offre seule un dernier refuge,
Où la main du Souverain Juge Semble dire aux vainqueurs:« Vous n'irez pr.s plus loin.»
Tu la gardais, fidèle à ton saint ministère, Lorsque l'ange funèbre apparut à tes yeux.
Ton âme, lampe salutaire,
Devait s'éteindre sur la terre, Pour s'allumer, plus pure et plus brillante, aux cieux.
Ce fut la fin d'Hippone, et quand tu devins cendre, Ta cité disparut dans un affreux chaos.
Toi vivant, on ne put la prendre;
Toi mort, ses fils, sans la défendre, Comme un trésor suprême, emportèrent tes os.
LES RELIQUES DE SAINT AUGUSTIN ig
De là-haut si tu peux encore
Revoir, apôtre protecteur,
Ton Afrique où la France arbore
Son drapeau civilisateur,
Ton âme est enfin consolée
En parcourant cette vallée ,
Ces monts altiers, ces bois épais;
Car aujourd'hui la voix d'un prêtre
S'élève aux lieux même où dut être
La Basilique de la Paix.
Tu reviens! le canon qui gronde
Retentit du navire au port;
La ville entière au bord de l'onde
Vient t'accueillir, illustre mort!
Sur l'arrière de la nacelle
Ta châsse d'argent étincelle;
Tous les cœurs chrétiens sont émus.
Un chant aux sonores syllabes
Monte, et l'écho des monts arabes
Redit : — Te Deum laudamus !
Ainsi l'hymne qu'à ton baptême Autrefois Ambroise a chanté , Résonne encore, honneur suprême, A ton retour dans ta cité.
Des flots d'encens et de prières, Unis aux fanfares guerrières,
Volent jusqu'au trône éternel; Le saint cortège se déploie, Et Dieu sourit à notre joie, Dans la sérénité du ciel.
Repose maintenant sur la terre Africaine, Comme un fils endormi sur le sein maternel; C'est en vain que la guerre et l'implacable haine Tenteraient de troubler ton sommeil immortel.
La France t'a rendu pour toujours ces contrées Fertiles en martyrs, fécondes en élus; Les anges, qui veillaient sur leurs tombes sacrées, De retour avec toi, ne les quitteront plus.
Saint Évêque! bénis cette nouvelle Hippone Qui t'accueille , en pleurant d'espérance et de foi ; C'est un peuple naissant qui t'offre la couronne; Il ne t'a pas connu; mais il veut être à toi.
Saint Evêque! bénis les soldats! c'est leur gloire Qui prépara ce jour à nos yeux éblouis; Ils sont tes fils en Dieu , tes fils par la victoire : Bénis les descendants des preux de saint Louis!
Bénis aussi, bénis ces Arabes, nos frères: Séduits par ton amour, vaincus par nos exploits, Qu'ils viennent abjurer leurs fureurs téméraires, Au pied de nos drapeaux, à l'ombre de ta croix!