‹ PoésiesChapitre 56 sur 64 · A UNE REINE MARTYRE · texte numérisé non relu

A UNE REINE MARTYRE

Puisqu'aujourd'hui ton front n'a plus d'autre cou- Que la couronne des vertus, [ronne

D'autre éclat que celui dont le ciel environne Les saints par le martyre élus;

Puisque cet océan où s'engloutit la France

T'a tiallottée à tous ses flots; Puisqu'il couvre aujourd'hui de son indifférence

Le murmure de tes sanglots;

Courtisan du malheur, je m'unis à ta plainte;

Reine, avec toi je veux pleurer !

Adorateur pieux, j'élève pour la sainte

L'autel où je viens fhonorer.

A tous les désespoirs tu fus prédestinée;

Tu n'existas que pour souffrir, Que pour voir chaque jour, ô noble infortunée,

La tombe autour de toi s'ouvrir!

Des Français trop aimés l'inconstance et l'envie

Ont accumulé tes malheurs.

Par eux , tous les revers ont éprouvé ta vie ;

Par eux, tu connais tous les pleurs.

Dans ton exil encore, ô Marie- Amélie!

De leurs fureurs tu te vengeais, En priant Dieu qu'il prît en pitié la folie

De ceux qui furent tes sujets.

Triste mais résignée, au Seigneur en offrande

Tu donnais ton cœur abattu; Et l'univers doutait laquelle était plus grande,

Ton infortune ou ta vertu.

Tu semblais n'avoir plus à souffrir d'autre épreuve;

Après ton bonheur écroulé, ,

Il n'en restait plus qu'une... ô pleure, auguste veuve,

Sur le tombeau de l'exilé !

Pleure, ô toi qui jamais avec indifférence N'as vu couler les pleurs d'autrui !

Souffre, ô toi qui jamais n'as laissé la souffrance Implorer en vain ton appui !

Seule, te voilà seule après ce grand orage, Debout encor près d*un cercueil;

Comme si tu n'étais échappée au naufrage Que pour pleurer ce dernier deuil.

Page 1