‹ PoésiesChapitre 58 sur 64 · A MONSEIGNEUR LE DUC D AUMALE · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR LE DUC D AUMALE

Il avait la fraîcheur de tout ce qui vit peu , Cet éclat transparent de la rose sauvage, De la neige au soleil ou des cierges en feu; Et l'on voyait sur son visage

Je ne sais quoi de tendre et d'immatériel ; Son pays n'était pas dans cette vie amère ; On eût dit qu'il était appelé vers le ciel, Par la voix sainte de sa mère.

Hélas! elle a revu ses enfants tour à tour : Celui qu'elle pleura trois ans sur cette terre, Celui qu'après trois ans, elle ôte à votre amour, O cœur désormais solitaire !

En vous frappant deux fois dans votre cher trésor, La mort vous avait fait large part de souffrance; Mais vous lui pardonniez; car vous gardiez encor Cet enfant, suprême espérance.

Vous-même lui versiez cette amère liqueur, La science, y mêlant le miel qui la tempère. Au fils de votre sang vous donniez votre cœur. Et vous étiez deux fois son père.

Il allait être un homme, un savant, un soldat. Son brillant avenir vous payait votre peine ; Vous réserviez pour lui le sabre de combat. Qui fit votre gloire africaine.

Vous embrassiez, d'un œil ardent et paternel, Ce front pur, votre amour, votre espoir, votre crainte Et vous disiez : — « Non ! Dieu n'est pas assez cruel Pour Farracher à mon étreinte! »

Trois jours après, Forage, avec un seul frisson, A soufflé sur le lys, frêle et brillante proie; 11 a brisé l'épi, dévasté la moisson, Et fait un deuil de votre joie.

Pleurez, Prince! Accusez le ciel de cruauté, En vous-même attisez le feu qui vous consume. Videz, avec une acre et sombre volupté, Le calice de Famertume.

Pleurez, mais élevez vers ce ciel en courroux Vos yeux rougis, vos mains par la fièvre brisées. C'est là-haut qu'elles sont, qu'elles veillent sur vous, Ces trois âmes divinisées.

Dans vos rêves, la nuit, vous les verrez venir; Vous leur demanderez quel chemin il faut suivre, Et les rejoindre un jour sera votre avenir : C'est la mort qui vous fera vivre.

Navré, mais retrempé par ce flot des douleurs, Insensible à la gloire, impassible au martyre, Vous vivrez pour la France et, si Dieu voit vos pleurs, La foule vous verra sourire.

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Vous marcherez stoïque avec ce masque au front, Puissant par la parole et la plume et les armes, Et ceux qui vous verront si grand vous envîront, O vase d'or rempli de larmes !

Juillet 1872.

SUNT LACRYM£

Oh ! que sa lèvre est pâle et sa face glacée ! Sur son cœur arrêté sa main droite placée Semble montrer la place où furent ses douleurs. Il est là, comme hier, étendu sur sa couche, Un sourire d'amour plane encor sur sa bouche, Sur son front baigné de nos pleurs.

Mais ses yeux, ses beaux yeux fermés à la lumière, Ne se mireront plus dans les yeux de sa mère; De sa bouche jamais un seul mot d'amitié! O Dieu ! pourquoi sitôt nous ravir tant de charmes : Des douleurs d'une mère et de nos longues larmes , Seigneur, n'as-tu pas eu pitié:

Pauvre enfant! tendre rieur par le soc moissonnée, Tu penches vers le sol ta corolle fanée, Au lieu même où ton front éclatait radieux; Et, parfum de la fleur morte aussitôt qu'éclose, Ton âme, souriant sur ta bouche de rose, Part et remonte vers les cieux.

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Jeune âme, va puiser dans les sacrés calices, Fais-toi des jours sans fin, d'ineffables délices, Tu seras un bel ange avec des cheveux blonds ; Tu parleras d'amour, de divines merveilles, Et ta céleste voix, pour embellir nos veilles, Fera taire les aquilons.

Mais pardonne du moins si nous pleurons ta vie , Quand le bonheur, qu'en vain ici-bas on envie , T'inonde et que ton front est couronné de fleurs; Pardonne... Tu connais d'éternelles ivresses; Mais Dieu, qui mit la mort dans toutes nos tendresses, Doit nous avoir permis les pleurs.

Car tu nous as quittés, enfant de notre joie! Comme au vent du midi le roseau cède et ploie, Chacun de nous s'incline et succombe à son deuil; Nous cherchons le soleil, nous trouvons la tempête, Et, les rieurs que nos mains préparaient pour ta fête, Nous les semons sur un cercueil.

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