‹ Poésies religieusesChapitre 17 sur 38 · A ERNEST RAYNAUD · texte numérisé non relu

A ERNEST RAYNAUD

Couché dans Flierbe pâle et froide de l'exil, Sous les iîs et les pins qu'argenté le grésil, Ou bien errant, semblable aux formes que suscite Le rêve, par l'horreur du paysage scythe, Tandis qu'autour, pasteurs de troupeaux fabuleux, S'effarouchent les blancs Barbares aux yeux bleus. Le poète de l'art d'Aimer, le tendre Ovide Embrasse l'horizon d'un long regard avide Et contemple la mer immense tristement.

Le cheveu poussé rare et gris que le tourment Des bises va mêlant sur le front qui se phsse, L'habit troué livrant la chair au froid, complice, Sous l'aigreur du sourcil tordu, l'œil terne et las, La barbe épaisse, inculte et presque blanche, hélas ! Tous ces témoins qu'il faut d'un deuil expiatoire Disent une sinistre et lamentable histoire

AMOUR liy

J)'amour excessif, d'ùprc envie et de fureur Et quelque responsabilité d'Empereur.

Ovide morne pense à Home et puis encore A Homo que sa^^loire illusoire décore.

Or, Jésus ! vous m'avez justement obscurci : Mais n'étant pas Ovide, au moins je suis ceci.

BONIIKUR

L'inri'oyal)lo, l'unique horreur de pardonner, Quand l'offense et le tort ont eu cette envergure, Esl un royal effort qui peut faire figure Pour le souci de plaire et le soin d'étonner;

L orgueil, (piil faut, se doit prévaloir sans scrupule El s'endormir pur, fort des jM'chés expiés. Doux, le front dans les cieux reconquis, et les pieds î^nr cette humanité toute honte et crapule.

Où, plut(M et surtout, gloire h Dieu qui voulut

Au vivuT qu'un rien émeut, tel sous des doigts un luth,

Faire un peu de repos dans l'entier sacrifice.

,Paix il co cœur enfin de honnc volonté Qui no veut batirc plus que vers la Charité, Et que votre plaisir, o Jésus, s'assouvisse.

La vie est bien sévère A cet homme trop gai :

Plus le vin dans le verre Pour le sang fatigué,

Plus l'huile dans lampe Pour les yeux et la main, Plus l'envieux qui rampe Pour l'orgueil surhumain.

Plus l'épouse choisie Pour vivre et pour mourir.

En qui l'on s'extasie Pour s'aider à souffrir,

Hélas î et plus les femmes Pour le cœur et la chair, Plus la Foi, sel des âmes, Pour la peur de l'Enfer,

V.i ni plus r Espéra iico Pour le ciel iritTité Pur combien de souffrance !

Uirn. Si. La Charité,

Le pardon îles offenses Comme un dcchi renient.

L'abandon des vengeances Comme un délaissement.

Changer au mieux le pire, A la méchanceté Déployant son empire.

Opposer la bonté.

Peser, se rendre comi)le.

Faire la part de tous, Boire la bonne lionle, Ktre toujours pUis doux...

Quelque chaleur va luire Pour le cœur fatigué, La vie enfin sourire A cet homme trop gai.

Et puis<iue j«' pardonne.

Mon Dieu, pardonnez-moi, Ornant l'àme enfin bonne D'espérance et de foi.

Après la chose faite, après le coup porté,

Après le joug très dur librement accepté,

Et le fardeau, plus lourd que le ciel et la terre,

Levé d'un dos vraiment et gaîment volontaire,

Après la bonne haine et la chère rancoeur.

Le rêve de tenir, implacable vainqueur.

Les ennemis du cœur et de Fâme et les autres ;

De voir couler des pleurs plus affreux que les nôtres

De leurs yeux dont on est le Moïse au rocher.

Tout ce train mis en fuite, et courez le chercher !

Alors on est content comme au sortir d'un rêve,

On se retrouve net, clair, simple, on sent que crève

Un abcès de sottise et d'erreur, et voici

Que de l'éternité, symbole en racourci

Toute une plénitude afflue^ aime et s'installe,

L'être palpite entier dans la forme totale,

Et la chair est moins faible et Tesprit est moins prompt;

Désormais, on le sait, on s'y tient, fleuriront

nOMIEUR 12

Le lys du faire pur, celui du chaste dire, Et, si daigne Jésus, la rose du martyre. Alors on trouve, ô Dieu si leut à vous venger, Combien doux est le joup et le fardeau léger !

Charité, la plus forte entre toutes les Forces, Tu veux dire, saint pièges aux célestes amorces, Les mains tendres du fort, de Thoureux et du grand Autour du sort plaintif du faible et du souffrant. Le regard franc du riche au pauvre exempt d'envie Ou jaloux, et tou nom encore signifie Quelle douceur choisie, et quel droit dévouement, Et ce tact virginal, et lange exactement ! Mais lange est innocent, essence bienheureuse. Il n'a point à passer par notre vie affreuse Et toi, Vertu sans pair, presqu Tue, n'es-tu pas Humaine en même Icjups que divine, ici-bas ? Aussi la conscience a ilù, \umr des fins sûres. Surtout sentir en toi le pardon des injures.

Par toi nous devenons semblables i\ Jésus Portant sa croix infâme et qui, cloué dessus. Priait pour ses bourreaux d'Israël et de Ilorae, A Jésus qui, du moins, homme avec tout d'un homme, N'avait, lui, jamais eu de torts de son côté, Et, par Lui, tu nous fais croire en réternité.

De plus, cette ignorance de Vous !

Avoir des yeux et ne pas vous voir, Une âme et ne point vous concevoir.

Un esprit sans nouvelles de Vous !

0 temps, ô mœurs qu'il en soit ainsi.

Et que ce vase de belles fleurs, Qu'un tel vase, précieux d'ailleurs, De la plus belle se passe ainsi !

Religion, unique raison.

Et seule règle et loi, piété, Rien, là, de vous n'a jamais été, Pas un penser juste, une oraison î

Aussi cette ignorance de tout !

Et de soi-même, droits et devoirs Et des autres^ leurs justes pouvoirs, Leur action légitime et tout !

Jusque méconnaître en moi (jin'l nom, Quel titre augurai et de par Dieu I Et six ans passés à [)laire à Dieu, Vertu réelle, effort bel et bon !

Jusqu'à ne pas se douter vraiment Du tour affreux et plus que cruel Qu'un sot ijrief, à peine réel, Inflige à ses revanches vraiment.

Éclairez ces ténèbres do mort. C'est votre créature après tout.

L'ignorance invincible l'absout.

Bah ! claire et bonne lui soit la mort.

L'homme pauvre de cœur est-il si rare, en somme 1 Non. Et je suis cet homme et vous êtes cet homme. Et tous les hommes sont cet homme ou furent lui, Ou le seront quand l'heure opportune aura lui. Conçus dans lagonie épuisée et plaintive De deux désirs que, seul, un feu brutal avive. Sans vestige autre nôtre, à travers cet émoi, Qu'une larme de quoi ! que pleure quoi ! dans quoi ! Nés parmi la douleur^ le sang et la sanie, Nus, de corps sans instinct et d'âme sans génie Pour grandir et souffrir par Tàme et par le corps, Vivant au jour le jour, bernes de vœux discorg, Pour mourir dans l'horreur fatale et la détresse, Quoi de nous, dès qu'en nous la question se dresse*^ Quoi? qu'un être capable au plus de moins que peu En dehors du besoin d'aimer et de voir Dieu, Et quelque chose, au front, du fond du cœur te monte Qui ressemble à la crainte et qui tient de la honte,

BONHEUR i'M

Quelque chose, on tliniit. d'encore incuinplétt''.

Mais dont la Charilr ferait riluuiilité.

Lors, à quelqu'un vraiment de nature ingénue

Sa conscience n'a qu'à dire : continue.

Si la chair n'arrivait à son tour, on disant :

ArrcHe, et c'est la guerre en ce juste ù prés«uit.

Mais tout n'est pîis perdu malgré le coup si rude :

Car la chair avant tout est chose d'hahilude,

Elle peut se [)lier et doit s'acclimater.

C'est son droit, son devoir, la loi de la mater

Selon les strictes lois de la bonne natun».

Or la nature est simple, elle admet la culture.

Elle procède avec douceur, calme et lenteur.

Ton corps est un lutteur, fais-lo vivre en lutteur.

Sobre et chaste abhorrant, l'excès de toute sorte,

Femme qui le détourne et vin qui le transporte

Et la paresse pire encore que l'excès.

Enfin pacifié, puis apaisé, — tu sais

Quels sacrements il faut pour cette tikhe intense.

Et c'est l'Eucharistie après la Pénitence. —

Ce corps allégé, libre et presque glorieux,

Dûment redevenu, dûment laborieux.

Va se rompre au i)lulôt, s'assoujjlir au service

De ton esprit d'amour, d'offre et de sacrifice,

Subira les saisons et les privations,

Enfin sera le temple embaumé d'actions

De grâce, d'encens pur et de vertus chrétiennes,

Et tout retentissant de psaumes et d'antiennes

Qu'habite l'Esprit Saint et que daigne Jésus

132 lîONIIfcUR

Visiter comparable aux Jions rois bien reçus.

De ce moment, l(ji, pauvre avec pleine assurance,

Après avoir prié pour la persévérance,

Car, docte charité tout d'abord pense à soi,

Puise au gouffre infini de la Foi — plus de foi —

Que jamais et présente à Dieu ton vœu bien tendre,

Bien ardent, bien formel et de voir et d'entendre

Les hommes t'imiter, môme te dépasser

Dans la course au salut, et pour mieux les pousser

A ces fins que le ciel en extase contemple,

Bien humble, (souviens-toi !) prêcheur, prêche dexcmpl

Bon pauvre, Ion vrteiiicnt est léger

Comme une bruine, Dui, mais aussi ton cœur, il est léyer

Comme une plume, Ton libre ni'ur qui n'a qu'à plaire à Dieu.

Ton creurbien (juitte De toute (lotte bumaine, (în(|ucl(iue lieu

Que riiomine babite, Ta part do plaisir cl d'aise paraît

Peu suffisante.

Ta conscience, en revancbe apparaît

Satisfaisante, Ta conscience que, précist^ment,

Tes malbeurs m<''me8 Ont dégagée, en ce juste moment,

Des soins suprùmes.

Ton boire et ton manger sont, je le crains,

Tristes et mornes ;

nONUEUIl

Seulement, ton corps faible a, dans ses reins,

Sans fin ni bornes, Des forces d'abstinence et de refus

Très glorieuses, Et des ailes vers les cieux entrevus

Impérieuses.

Ta tête^ franche de mets et de vin,

Toute pensée, Tout intellect, conforme au plan divin,

Haut redressée, Ta tcte est prête à tout enseignement

De la parole Et^ de l'exemple de Jésus clément

Et bénévole, Et de Jésus terrible, prêt au pleur

Qu'il faut qu'on verse, A l'affront vil qui poigne, à la douleur

Lente qui perce.

Le monde pour toi seul, le monde affreux

Devient possible, T'environnant, toi qu'il croit malheureux,

D'oubli paisible.

Même t'ayant d'étonnantes douceurs

Et ces caresses !

Les femmes qui sont parfois d'âpres sœurs,

D'aigres maîtresses, Et de douloureux compagnons toujours

Ou toujours presque,

nONHElIK 135

Te jangeantmalfringnnt, aux gestes lourds.

Un peu grotes(ine.

Tout à fait incapable de n'aimer

Qu'à les voir belles.

Qu'à les trouver bonnes et do a'atMBf

Qu'elles en elles.

Et le pesant si léger qoc ce o'ert

Rien de le dire, Te dispenseront, tous comptes an net.

De leur sourire.

Et te voilà libre, à diner, en roi.

Seul à ta table, Sans nul flatteur, quel fléau pour un roi

Plus déteslable ?

L'assassin, l'escroc et l'hunible voleur

Qui n'y voient guère De nuance, t'épargnent comme leur

Plus jeune frère.

Des vertus surérogatoires, la

Prudence humaine, (L'autre, la cardinale, ah, celle-U

Que Dieu t'y mène !) L'amabilité, l'affabilité

Quasi célestes.

Sans rien d'affecté, sans rien d'apprêté.

Franches, modestes.

Nimbent le destin, que Dieu te voulut

Tendre et sévère.

Dans rintorôt surtout de ton salut,

A bien parfaire Et pour ange contre le lourd méchant

Toujours stupide La clairvoyance te guide en marchant,

Fine et rapide, La clairvoyance, qui n'est pas du tout

La Méfiance Et qui plutôt serait pour sommer tout,

La Prévoyance, Élicitant les gens de prime-saut

Sous les grimaces Faisant sortir la sottise du sot,

Trouvant des traces, Et médusant la curiosité

De l'hypocrite Par un regard entre les yeux planté

Qui brûle vite...

Et s'il ose rester des ennemis

A ta misère, Pardonne-leur, ainsi que l'a promis

Ton Notre-Père...

Afin que Dieu te pardonne aussi, Lui,

Prends cette avance.

Car, dans le mal fait au prochain, c'est Lui Seul qu'on offense.

Écrit en 18.SS.

Lv « sorl » fan(asquo qui ino gâte à sa manière

M'a logé colle fois, pcut-ùlre la dernière

Va la dernière c'est la bonne — à riiôpilal !

De mon rôve à ceci le réveil est brutal

Mais explicable par le fait d'une voleuse,

(Dont riiistoire postbume est, dit on, graveleuse)

Du fait d'un rbumalisme aussi, moindre détail ;

Puis d'un gile où l'on est qn'importe le portail ?

J'y suis, j'y vis. « Non, j'y végète », on rectifie ;

On se l rompe. J'y vis dans le strict de la vie,

fiO pain qu'il faut, pas troi) de vin, et mieux courbé !

Évidemment j'expie un très ancien péebé

(Très ancien V) dont mon san^ a des fois la secousse,

Kt la pénitence est relativement douce

Dans le martyrologe et sur l'armoriai

Des poètes, peut-être un peu proverbial.

C'est un lieu comme un autre, on en prend l'babitudo :

A prison bonne enfant longanime Lalude.

Sans compter qu'au riraeur, pour en parler, alors !

Pauvre et fier, il ne reste qu'à mourir dehors

Ou tout comme, en ces temps vraiment trop peu propices

Et mourir pour mourir, Muse qui me respices,

Autant le faire ici qu'ailleurs, et même mieux,

Sinon qu'ici l'on est tout « laïque », les vieux

Abus sont réformés et le « citoyen », libre !

Et fort I doit, où l'État perdrait son équilibre,

Avec çà qu'il n'est pas à cheval sur un pal ! —

Mourir dans les bras du Conseil Municipal,

Mal rassurante et pas assez édifiante

Conclusion pour tel, qu'un vœu mystique hante,

Moi par exemple, j'en forme l'aveu sans fard,

Me dût- on traiter d'âne ou d'impudent cafard.

La conversation, dans ce modeste asile,

Ne m'est pas autrement pénible et difficile !

Ces braves gens, que le Journal rend un peu sots,

Du moins ont conservé, malgré tous les assauts

Que « l'Instruction » livre à leur tête obsédée,

Quelque saveur encor de parole et d'idée ;

La Révolution, qu'il faut toujours citer

Et condamner, n'a pu complètement gâter

Leur trivialité non sans grâce et sincère.

Même je les préfère aux mufles de ma sphère

Certes ! et je subis leur choc sans trop d'émoi.

Leur vice et leur vertu sont juste à point pour moi

Les goûter et me plaire en ces lieux salutaires

A (comme moi) des espèces de solitaires,

Espèce de couvent moins cet espoir chrétien !

noNiiEi'R 139

Le moiulo est tel qu'ici je n'ai besoin de rien

Et que j'y resterais, ma foi, toute ma vie.

Sans grands jaloux, j'espère, et pour sur, sans envie !

Si, dès guéri, si je guéris, car tout se peut,

Je n'avais quelque chose à faire, que Dieu veut.

vni

Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous garde.

Ah, soyez ce que pense une foule bavarde Ou ce que le penseur lui-même dit de vous. Bassement orgueilleux, haineusement jaloux, Avares, impurs, durs, la vérité vous garde. Et, de fait, nul de vous ne risque, ne hasarde Un seul pan du prestige, un seul pli du drapeau, Tant la doctrine exacte et du Bien et du Beau Est là, qui vous maintient entre ses hauts dilemmes. Plats comme les bourgeois, vautrés dans des Thélèmes Ou guindés vers l'horreur pharisaïque alors, Qu'importe, si Jésus, plus fort que des cœurs morts, Règne par vos dehors du reste incontestables ? Cultes respectueux, formules respectables. Un emploi libéral et franc des Sacrements (Car les temps ont du moins, dans leurs relâchements. Parmi plus d'une bonne et délicate chose. Laissé tomber l'affreux jansénisme morose)

BONHEUR m

Et ce seul mot sur votre enseigne : Charité !

Mal gracieux, sans goût aucun, môme affecté,

Pour si peu que ce soit d'art et de poésie.

Incai)al)les d'un bont de lecture choisie.

D'un regaril attentif, d'une oreille en arrêt

Pis qu'inconsciemment hostiles, on dirait,

A tout C(î (|ui, dans l'homme et fleurit et s'allume,

Plus lourds ( pie les marti'aux et plus sourds (ju'uno enclume.

Sans même l'étincelle et le bruit triomphant.

Que faitt si Jésus a, pour séduire l'enfant

Et le sage (pi'est l'homme en sa double énergie,

Votre théologie et votre liturgie ?

D'ailleurs maints d'entre vous, troupeau trié déj.-i,

Valent mieux que le monde autour (jui vous jug»vi,

Lisentclair, visent droit, entendent net en somme.

Vivent et pensent, plus (|uc non pas un autre homrao,

Que tels, m<*8 chers lecteurs, que moi cet écrivain,

Tant leur science est courte et tant mon art est vain '

C'est vrai (|u'il sort de vous, comme de votre Maître,

Quand même une vertu qui vous fait re<'onnaître.

Klle offusque les sots, ameute les méchants,

Ueiiq)lis les bons d'émois révérents et^touchanls,

Forccî indéfinissable ayant de tout en elle,

Comme .surnaturelle et comme naturelle,

Mystérieuse et dont vous allez investis,

(îrands par comparaison chez les peuples petits.

Vous avez tous les airs de toutes, sinon toutes

Les choses (ju'il faut être eu l'affre de vos routes.

Si NOUS ne l'êtes pas. du moins vous paraissez

Tels qu'il faut et semhlcz dans ce zèle empressés, Poussant votre industrie et votre économie, Depuis la sainteté jusqu'à la bonhomie.

Hypocrisie, émet un tiers, ou nullité î Bonhomie, on doit dire en chœur, et sainteté ! Puisque, ô croyons toujours le bien de préférence, Mais c'est surtout ce siècle et surtout cette France, Que charme et que bénit, à quelles fins de Dieu ? Votre ombre lumineuse et réchauffante un peu. Seul bienfait apparent de la grâce invisible Sur la France insensée et le siècle insensible, Siècle de fer et France, hélas ! toute de nerfs, France d'où détalant partout comme des cerfs. Les principes, respect, l'honneur de sa parole. Famille, probité, filent en bande folle. Siècle d'âpreté juive et d'ennuis protestants. Noyant tout, le superbe et l'exquis des instants, Au remous gris de mers de chiffres et de phrases. Vous, phares doux parmi ces brumes et ces gazes. Ah, luisez-nous encore et toujours jusqu'au jour, Jusqu'à l'heure du cœur expirant vers l'amour Divin, pour refleurir éternel dans la même Charité, loin de cette épreuve froide et blême. Et puis, en la minute obscure des adieux, Flambez, torches d'encens, et rallumez nos yeux A l'unique Beauté, toute bonne et puissante, Brûlez ce qui n'est plus la prière innocente, L'aspiration sainte et le repentir vrai !

Puisse un prêtre être là, Jésus, quand je mourrai !

Guerrière. iniliLiire et virile en tout point, La sainte Gluisteté que Dieu voit la première, De toutes les vertus mart!hant dans sa lumière Après la Charité distante presque point,

Va d'un pas assuré mieux qu'aucune amazone

A travers l'aventure et rerreur du Dovoir,

Ses yeux grands ouverts pleins du dessein de bien voir,

Son corps robuste et beau, digne d'emplir un trône,

Son corps robuste et nu balancé noblement, Entre une tèle haute et des jambes sereines, Du port majestueux qui sied aux seules reines, Et sa candeur la vél du plus beau vêtement.

Elle sait ce qu'il faut qu'elle sache des choses, Entre autres que Jésus a fait l'homme de chair Et mis dans notre sang un charme doux-amer D'où doivent découler nos naissances moroses,

El que l'amour charnel est bénit en des cas. Elle préside alors et sourit à ces fôtcs, Dévêt la jeune épouse avec ses mains lionnêtcs Et la mène à Tépoux par des tours délicats.

Elle entre dans leur lit, lève le linge ultime, Guide pour le baiser et l'acte et le repos Leurs corps voluptueux aux fins de bons propos Et désormais va vivre entre eux, leur ange intime.

Puis, au-dessus du couple ou plutôt à côté, — Bien agir fait s'unir les vœux et les nivelle — Vers le Vierge et la Vierge isolés dans leur belle Thébaïde à chacun la sainte Chasteté.

Sans quitter les Amants, par un charmant mirach Vole et vient rafraîchir l'Intacte et Tlmpollu De gais parfums de fleurs comme s'il avait plu D'un bon orage sur l'un et sur l'autre habitacle,

Et vêt de chaleur douce au point et de jour clair La cellule du Moine et celle de la Nonne, Car s'il nous faut souffrir pour que Dieu nous pardonn Du moins Dieu veut punir, non torturer la chair.

Elle dit à ces chers enfants de l'Innocence ; Dormez, veillez, priez. Priez surtout, afin Que vous n'ayez pas fait tous ces travaux en vain, HumiUté, douceur et céleste ignorance !

BONHEUR i4j

Enfin clic va chez la Veuve et chez le Veuf, (^icz le vieux Déhauché, chez l'Anioureuse vieille, Et leur tient des discours qui sont une merveille El leur refait, à force d'jirl, un corps tout neuf.

Et quand alors elle a fini son tour du monde, Tour du monde ubiquiste, invisible et présent, Elle court à son point de départ en faisant Tel ^rand détour, espoir d'espérance profonde ;

Et ce point de départ est un lieu bien connu, Edcn même : là sous le chêne et vers la rose, Puisqu'il parait ((u'il n'a p«is à faire autre chose, Uit et gazouille un beau petit enfant tout nu.

Un projet de mon âge mûr Me tint six ans Tâme ravie :

C'était, d'après un plan bien sûr, De réédifier ma vie.

Vie encor vivante après tout, Insuffisamment ruinée, Avec ses murs toujours debout Que respecte la graminée,

Murs fie vraie et franche vertu, Fondations intactes certes, Fronton battu, non abattu, Sans noirs lichens ni mousses vertes.

L'orgueil qu'il faut et qu'il fallait, Le repentir quand c'était brave, Douceur parfois comme le lait, Fierté souvent comme la lave.

BONHEUR 1 iT

Or, limant ces deux fois trois ans, L'essai fut bon, grand le courage.

L'<puvrc en aspects forts et plaisants Moulait, tenant t(Mc à l'orage.

Un air de gn\ce et de respect

Magnifiait les calmes lignes

De r»Mlifice (juc drai)ait

L'é<"lat de la neige et des cygnes...

Furieux mais in^^idieux, Voici l'essaim des manvai^; anges Rayant le pur, le radieux Paysage de vols étranges,

Salissant d'outrages sans nom, Obscénités basses et fades, De mon renaissant Parthénon Les portiiiues et les fa(;ades,

Tandis que quelques-uns d'entre eux^ Minant le sol, sapant la base, S'ai>prétent par un art affreux, A faire de tout table rase.

Ce sont, véniels et mortels.

Tous les péchés des catéchismes

Et bien d'autres encore, tels

Qu'ils font les sophismes des schismes.

La Luxure aux tours sans merci, L'affreuse Avarice morale, La Paresse morale aussi, L'Envie à la dent sépulcrale,

La Colère hors des combats, La Gourmandise, rage, ivresse, L'Orgueil, alors, qu'il ne faut pas, Sans compter la sourde détresse

Des vices à peine entrevus, Dans la conscience scrutée, ïlideur brouillée et tas confus.

Tourbe grouillante et ballottée.

Mais quoi ! n'est-ce pas toujours vous, Démon femelle, triple peste, Pire flot de tout ce remous, Pire ordure que tout le reste,

Vous toujours, vil cri de haro, Qui me proclame et me diffame, Gueuse inepte, lâche bourreau, Horrible, horrible, horrible femme ?

Vous, l'insultant mensonge noir, La haine longue, l'affront rance, Vous qui seriez le désespoir, Si la Foi n'était l'Espérance

IlONIIEUR

Et rKspérance le ininlon, Et ce pardon une vengeance.

Mais quoi voluptueux pardon.

Quelle savoureuse vengeance !

Et tous trois, espérance et foi Et pardon, chassant la sé(iuelle Infernale de devant nu>i, Protégeront do leur tutelle

Les nobles travaux qu'a repris Ma bonne volonté calmée, Pour gn\ce à des grâces sans prix, Achever l'œuvre bicn-aimée

Toute de marbres précieux En ordonnance solennelle Bien par delà les derniers deux Jusque dans la vie éternelle.

Sois de bronze et de marbre et surtout sois de chair : Certes, prise l'orgueil nécessaire plus cher, Pour ton combat avec les contingences vaines ; Que les poils de ta barbe ou le sang de tes veines ; Mais Yis, vis pour souffrir, souffre pour expier, Expie et va-t-en vivre et puis reviens prier, Prier pour le courage et la persévérance De vivre dans ce siècle hélas ! et cette France, Siècle et France ignorants et tristement railleurs. (Mais le règne est plus haut et la patrie ailleurs Et la solution est autre du problème.) Sois de chair et même aime cette chair, la même Que celle de Jésus sur terre et dans les cieux, Et dans le Très Saint- Sacrement si précieux Qu'il n'est de comparable à sa valeur que celle De ta chair A'énérable en sa moindre parcelle Et dans le moindre grain de l'Hostie à l'autel ; Car ce mystère, l'Incarnation, est tel,

nONHELR l')l

Par rexc'gèso autour comme par sa nature; Qu'il fait égale au Créateur la nvature, Opendaut (pie, par un miracle eueor plus grand, L'Eucharistie, elle, les confond et les rend Identiques. Or, cette chair expiatoire.

Fais- 1- en une arme douloureuse de victoire Sur l'orgueil que Satan i»eut d'elle t'inspirer Pour Porgueil qu'à jjunais tu peux considérer Tomme le prix sui)r('ine elle but enviable. Tout le reste n'est rien (jue malice du diable ! Alors, oui, sois de bnaize impassible, revêts L'armure inaccessible à braver le Mauvais, Pudeur, Calme, Uespect, Silence et Vigilance. Puis sois do marbre, et, pur, sous le heaume (pii lance l*ar ses trous le regard de tes yeux assurés, Marche à pas révérents vers les parvis sacrés.

Seigneur, vous m'avez laissé vivre Pour m'éprouver jusqu'à la fin.

Vous châtiez cette chair ivre, Par la douleur et par la laim !

Et Vous permîtes que le diable Tentât mon âme misérable Comme l'âme forte de Job, Puis Vous m'avez envoyé l'ange Qui gagna le combat étrange Avec le grand aïeul Jacob.

Mon enfance, elle fut joyeuse :

Or, je naquis choyé, béni, Et je crûs, chair insoucieuse, Jusqu'au temps du trouble infini Qui nous prend comme une tempête, Nous poussant comme par la tète

Vers rabîino et prMs à tomber ; Quant à moi, puisqu'il faut le dire, Mes sens affreux et leur délire Allaient nie faire succ(Hnl)i'r,

Quand Vuus parûtes, Dieu de grûee Qui savez tout bien arran^'er, Qui Vous mettez bien i\ la place, I/auteur et Tuteur du dan^^er.

Vous me punîtes par moi-môme D'un supplice crû le suprt>mo (Oui, ma pauvre âme le croyait) Mais (jui n'était au fond rien qu'une Perche tendue, ô qu'opportune !

A mon salut «pii se noyait.

Comprises les dures délices, J'ai nmrehé dans le droit sentier, V cueillant sous des cieux propices Pleine paix et bonheur entier, Paix de remplir enfin ma tAche, IJnnheur de n'ètro plus un lûchc Épris des seules voluptés De l'orgueil et de la luxure, Et cette fleur, l'extase pure Des bous projets exécutés.

C'est alors que la mort commence Son ouivre inexpiable 1 Xon,

Mais qui me saisit de démence Bien qu'cncor criant Votre nom.

L'Ami me meurt, aussi la Mère, Une rancune plus qu'amère Me piétine en ce dur moment Et me cantonne en la misère, Dans la littérale misère, Du froid et du délaissement !

Toiit s'en môle : la maladie Vient en aide à l'autre fléau.

Le guignon, comme un incendie Dans un pays où manque l'eau, Ravage et dévaste ma vie, Traînant à sa suite l'envie, L'orde, l'obscène trahison, La sale pitié dérisoire, Jusqu'à cette rumeur de gloire Comme une insulte à la raison 1

Ces mystères, je les pénètre, Tous les motifs je les connais.

Oui, certes, Vous êtes le maître Dont les rigueurs sont des bienfaits.

Mais, ô Vous, donnez-moi la force, Donnez, comme à l'arbre l'écorce, Comme l'instinct à l'animal, Donnez à ce cœur votre ouvrage, Seigneur, la force et le courage Pour le bien et contre le mal.

80NH&UR 155

Mais hélas ! je rutiocino

Sur mes fautes et mes douleurs,

Espèce de mauvais llacinti

Analysant jusqu'à mes pleurs.

Dans ma raison mal assagie

Je fais de la i)sycliologio

Au lieu d'ùtro un cœur pénitent

Tout simple et tout aimable eu sninme,

Sans i)lus l'astuce du vieil homme

Et sans plus l'orgueil prolestant...

Je (Toisen l'Eglise romaine,

Catholiriue, ai)ostoli(pio et

La seule humaine qui nous mène

Au but que Jésus indiciuait,

La seule divine qui porte

Notre croix jusques à la porte

Des libres cieux enfin ouverts,

Qui la porte par vos bras même,

0 grand Crucifié suprême

Donnant pour nous vos maux soufferts.

Je crois en la toute-présence, A la messe de Jésus-Christ, Je crois h la toute-puissance Du Sang que pour nous il offrit Et qu'il offre au seul Juge encore Par ce mystère que j'adore

Qui fait qu'un homme vain, menteur, Pourvu qu'il porte le vrai signe Qui le consacre entre tous digne, Puisse créer le Créateur.

Je confesse la Vierge unique, Reine de la neuve Sion, Portant aux plis de sa tunique La grâce et l'intercession.

Elle protège Tinnocence, Accueille la résipiscence Et debout quand tous à genoux, Impètre le pardon du Père Pour le pécheur qui désespère...

Mère du Fils, priez pour nous !

La neige ù travers la brume Tombe et tapisse sans bruit Le chemin creux qui conduit A l'église où l'on allume Pour la messe de minuit .

Londres sombre flambe et fume 0 la chère qui s'y cuit Et la boisson qui s'ensuit !

C'est Christmas et sa coutume De minuit jusqu'à minuit.

Sur la plume et le bitume, Paris bruit et jouit.

Ripaille et Plaisant dt'duit JsJur le bitume et la plume S'exaspèrent dès minuit.

158 WONHEUR

Le malade en ramertume De l'hospice où le poursuit Un espoir toujours détruit S'épouvante et se consume Dans le noir d'un long minuit...

La cloche au son clair d'enclume Dans la tour fine qui luit, Loin du péché qui nous nuit, Nous appelle en grand costume A la messe de minuit.

0 j'ai froid d'un froid de glace, 0 je briile à toute i)lace !

Mt'8 os vont se cariant, Mes blessures vont criant ;

Mes ennemis pleins de joie Ont fait de moi quelle proie !

Mon cœnr, ma tèt«* et mes reins Souffrent de maux souverains.

Tout me fuit, adieu ma gloire !

Est-ce donc le Purgatoire !

Ou si c'est l'enfer, ce lieu Ne me parlant plus de Dieu ?

— L'indignité de ton sort Est le plaisir d'un plus Fort.

iGO BONHEUR

Dieu plus juste et plus Habile Que ce toi-même dobile.

Tu souffres de tel mal profond Que des volontés te font,

Plus bénignes que la tienne Si mal et si peu chrétienne,

Tes humiliations Sont des bénédictions

Et ces mornes sécheresses Oii tu te désintéresses

De purs avertissements Descendus de cieux aimants

Tes ennemis sont les anges Moins cruels et moins étranges

Que bons inconsciemment, D'un Seigneur rude et clément.

Aime tes croix et tes plaies, Il est saint que tu les aies.

Face aux terribles courroux, Bénis et tombe à genoux.

Fer qui coupe et voix (jui Uuice, C'est lu bonne P«'*nitence.

Sous la glaco et dans le feu Tu retrouveras ton Dieu.

XY

Un scrupule qui m'a l'air sot comme un pcché

Argumente.

Dieu vit au sein d'un cœur caché, Non d'un esprit épars, en milliers de pages, En millions de mots hardis comme des pages, A tous les vents du ciel ou plutôt de l'enfer, Et d'un scandale tel, précisément tout fier. Il faut pour plaire à Dieu, pour apaiser sa droite, Suivre le long sentier, gravir la pente étroite, Sans un soupir de trop, fût-il mélodieux, Sans un geste en surplus, même agréable aux yeux Laisser à d'autres l'art et la littérature Et ne vivre que juste à même la nature. Tu pratiquais jadis et naguère ces us, Content de reposer à l'ombre de Jésus Y pansant de vin, d'huile et de lin tes blessures Et maintenant, ingrat à la Croix, tu t'assures

în la gloire profanneetle renom païen,

domine si tout cela n'ôtiiit pas trois fois rien,

>mmo ei tel beau vers, telle phrase sonore,

Chantait mienx qu'un grillon, l)rillait plustiu'un ful^oro,

Va, ris(iueton salut, ton salut racheté

Un temps, par une vie autre, c'est vérité,

^ue celles de tes ans primes, enfance molle,

\gc pubère fou. jiMinosse molle et folio

[lis(iuc ton Ame, objet de tes soins d'autrefois

l*our quels triomphes vains sur quels banals pavois î

Mallieureux!

Je réi>ouds avec raison, je pense :

Je n'attends, je ne veux pas d'autre rmjuqKînse X ce mien grand effort d'écrire de mon mieux Que l'amitié du jeune et l'estime du vieux I^cttrés qui sont au fond les seules belles âmes, Car où prendre un public en ces foules infâmes D'idiotie en haut et folles par en bis 1 Ou — le trouver ou pas, le mériter ou pas, Le conserver ou pas ! — l'assentiment dun être Simple, naïf et bon, sans même le connaître Que par ce seul lien comme immatériel, C'est tout mon attentat au seul devoir réel, Essentiel : gagner le ciel par les mérites, Et je doute, Jésus pieux, que tu t'irrites Pour quelque doux rimeur chantant ta gloire ou bien Étalant ses péchés au pilori chrétien ; Tu ne suscites pas l'aspic et la couleuvre

IGi BONHEUR

Contre un poème ou contre un poète. Ton œuvre, Consolant les ennuis de ce morne séjour Par un concert de foi, d'espérance et d'amour ; Puis ne me fis-tu pas, avec le don de vivre, Le don aussi, sans quoi je meurs ! de faire un liv Une œuvre où s'attestât toute ma quantité, Toute, bien mal, la force et l'orgueil révolté Des sens et leur colère encore qui sont la même Luxure au fond et bien la faiblesse suprême, Et la mysticité, l'amour d'aller au ciel Par le seul graduel du juste graduel.

Douceur et charité, seule toute-puissance. Tu m'as donné ce don, et par reconnaissance J'en use librement, qu'on me blâme, tant pis. Quant à quêter les voix, quant à téter les pis De dame Renommée, à ses heures marâtre. Fi !

Mais pour en finir, leur foyer ou son âtre Souffrent-ils de mon cas 1 Quelle poutre en mon c Quelle paille en votre œil de ce fait ? De quel de De quel scandale vers ou proses sont-ils cause Dont cela vaille un peu la peine qu'on en cause ?

\Vl

Après le départ des cloches Au milieu du Gloiua,

Dès l'heure ordinaire des vêpres On cousacre les Saintes Huiles Qu'escorte ensuite un long cortège De pontifes et de lévites.

Il pluvine, il neigeotte,

L'hiver vide sa hotte.

Lo lahernacle hùille, vide,

L'autel, tout nu, n'a plus de cierges,

De grands draps noirs i)ondcnt aux grilles,

Los orgues saintes sont muettes.

Du hrouillard danse à même

Le ciel encore hlome.

On dispense à flots d'eau bénite, Toutes cires sont allumées, Et de solennelle musique S'enfle au chœur et monte au jubé,

Un clair soleil qui grise

Réchauffe l'Apre bise.

Gloria ! Voici les cloches Revenir ! Alléluia !

^•cnniii do vivre avec les ^cns et dans les choses ♦"'unt souvent ma parole et mon ref^ard moroses.

^lais d'avoir conscience et souci dans tel cas Sxliausse ma tristesse, ennoblit mon tracas.

Mors mon discours chante et mes yeux de sourire Du la divine certitude vient de luire

Rt la divine patience met son sel

Dans mon lon^bon conseil d'usage universel.

Car non pas tout à fait par un effet de l'âge A mes heures je suis une fa^on de sage,

Presque un sage sans trop d'emphase ou d'embarras, Rr^)andant quehiue bien et faisant des ingrats.

108 lîONHEUR

Or néanmoins la vie et son morne problème fondent parfois ma voix maussade et mon front blême,

De ces tentations je me sauve à nouveau En des moralités juste à mon seul niveau ;

Et c'est d'un examen méthodique et sévère, Dieu qui sondez les reins ! que je me considère,

Scrutant mes moindres torts et jusques aux derniers, Tel un juge interroge à fond des prisonniers.

Je poursuis à ce point l'humeur de mon scrupule Que des gens ont parlé qui m'ont dit ridicule.

N'importe ! en ces moments est-ce d'humilité ? Je me semble béni de quelque charité,

De quelque loyauté, pour parler en pauvre homme. De quelque encore charité. — Foheen somme !

Nous ne sommes rien. Dieu c'est tout. Dieu nous créa, Dieu nous sauve. Voilà I Voici mon aléa :

Prier obstinément. Plonger dans la prière, C'est se tremper aux flots d'une bonne rivière,

C'est faire de son être un parfait instrument Pour combattre lemal et courber l'élément.

BONUBIR 169

Prier intensément. Rester clans la prière, C'est s'armer pour l'élan et s'assurer derrière

C'est de paraître doux et ferme pour autrui Conformément à ce qu'on se rend envers lui.

La prière nous sauve après nous faire vivre, Rlle est le gage sûr et le mot qui délivre.

Klle est l'ange et la dame, elle est la grande sœur Pleine d'amcur sévère et do forte douceur.

La prière a des pieds légers comme des ailes ;

El des ailes pour que ses pieds volent comme elles ;

La prière est sagace, elle pense, elle voit, Scrute, interroge, doute, examine, enfin croit.

File nep(Mil nier, étant par exrollonrc La crainte salutaire et l'effort en silence,

Elle est universelle et sanglotteou sourit, Vole avec le génie et court avec l'esprit.

Elle est ésotérique ou bégaie, enfantine

Sa langue est indifféremment grecque ou latine,

Ou vulgaire, ou patoise, argotique s'il faut ! Car souvent plus elle est en bas, mieux elle vaut.

Je me dis tout cela, je voudrais bien le faire. 0 Seigneur, donnez-moi de m'élever de terre

Et l'humble vœu que seul peut former un enfant Vers votre volonté d'après comme d'avant.

Telle action quelconque en tel temps de ma vie Et que cette action quelconque soit suivie

D'un abandon complet en vous que formulât Le plus simple et le plus ponctuel postulat.

Juste pour la nécessité quotidienne

En attendant toujours sans fin, ma mort chrétienne.

XVTTT

A MO.NSIEUH UORÉLY.

Vous m'avez (loinandé quehjues vers sur « Amour ». Ce mien livre, d'émoi cruel et de détresse. Déjà loin dans mon Œuvre étrange qui se presse Et dévale flot plus amer de jour en jour.

Qu'en dire, smon : « Poor Yorick ! », ou mieux (f poor Lelian ! » et pauvre Ame à tout faire, faiblesse. Mollesse par des fois et caresse et paresse. Ou tout à coup partie en guerre comme ponr

Tout casser d'un passé si pur, si chaslemont

Ordonné par la In^autédos calmes pensées,

Et pourdannuM' tant d'heures en Dieu dépensées.

Puis il revient, mon (JEuvre, las d'un tel ahan, Pénitent, et tombant à genoux mains dressées... Priez avec et pour le pauvre Lelian !

Or, tu n'es pas vaincu, sinon par le Seigneur,

Oppose au siècle un front de courage et d'honneur Bande ton cœur moins faible au fond que tu ne crois, Ne cherche, en fait d'abri, que l'ombre de la croix. Ceins, sinon l'innocence, hélas ! et la candeur, Du moins la tempérance et du moins la pudeur. Et dans le bon combat contre péchés et maux S'il faut, eh bien, emprunte à certains animaux, Béhémos et Léviathan, prudents qu'ils sont, Les armures pour la défensive qu'ils ont, Puisque ton cas, pour l'offensive, est superflu. Abdique les airs martiaux où tu t'es plu. Laisse l'épée et te confie au boucher. l

Carapace-toi bien, comme d'un bon acier, ^

De discrétion fine et de fort quant-à-moi. <^

Puis, quand tu voudras r'attaquer, reprends la Foi î

Les plus belles voix De la Confrérie Célèbrent le mois Heureux de Marie.

0 les douces voix !

Monsieur le Curé L'a dit à la Messe :

C'est le mois sacré.

Écoutons sans cesse Monsieur le Curé.

Faut nous distinguer.

Faut, mesdemoiselles, Bien dire et fuguer Les liymnes nouvelles.

Faut nous distinguer,

174 nONHEUR

Bien dire et filer Les motets antiques, Bien dire et couler Les anciens cantiques, Filer et couler.

Dieu nous bénira Nous et nos familles.

Marie ouïra Les vœux de ses filles, Dieu nous bénira.

Elle est la bonté,, C'est comme la Mère Dans la Trinité, La Fille et la Mère.

Elle est la bonté,

La compassion.

Sans fin et sans trêve, L'intercession Qu'appuie et soulève La compassion.

Avant le salut.

Chantons ses louanges.

Pendant le salut, Chantons ses louanges.

Après le salut,

Chantons ses louanges.

I/autel bas s'orne de hautes mauves, La chasuble blanche est loule en fleurs, A travers les pùles vitraux jaunes Le soleil se répand comme un fleuve ;

On chante au {graduel : Fi-li-a !

D'une voix si lentement joyeuse Qu'il faudrait croire (|ue c'est l'extase D'à-jamais voir la Heine des cieux ;

Le sermon du tremblotant vicaire Est gentil plus que par un dimanche, Qui dit que pour s'élever dans l'air Faut être humble et de foi cordiale ;

Il ajoute, le cher vieux bonhomme, Que la gloire ultime est réservée,

170 EONHEUR

Sur tous ceux qui vivent dans la pompe, Aux pauvres d'esprit et de monnaie ;

On sort de l'église, après les vêpres, Pour la procession si touchante Qui a nom : du Vœu de Louis Treize : C'est le cas de prier pour la France.

L'amour de la Patrie est le premier amour VA le dernier amour après l'amour de Dieu, C'est un feu qui s'allume alors que luit le jour Où notre regard luit comme un céleste feu,

C'est 1(» jour baptismal aux pauplèros divines De l'enfant, la rumeur de l'aurore aux oreilles Frais-écloses, c'est l'air emplissant les poitrines Kn fleur, l'air printanier rempli d'odeurs vermeilles

I/enfant grandit, il sent la terre sous ses pas Qui le porte, le berce, et, bonne, le nourrit, Et douce, désaltère encore ses repas D'iiiH^ liipiour. délice et gloire de l'esprit.

Puis l'enfant se fait liomme ou devient jeune fille Et ce pendant que croît sa chair pleine de grâce, Sou àmc se répand par delà la famille Et cherche une àme sieur, un<' chair qu'il enlace ;

Et quand il a trouvé cette âme et cette chair, Il Daîl d'autres enfants encore, fleurs de fleurs, Qui germeront aussi le jardin jeune et cher Des générations d'ici, non pas d'ailleurs.

L'homme et la femme ayant l'un et l'autre leur tache, S'en vont chacun un peu de son côté. La femme, Gardienne du foyer tout le jour sans relâche, La nuit garde l'honneur comme une chaste flamme ;

L'homme vaque aux durs soins du dehors : les travaux, La parole à porter, — sûr de ce qu'elle vaut, — Sévère et probe et douce, et rude aux discours faux. Et la nuit le ramène entre les bras qu'il faut.

Tous deux, si pacifique est leur course terrestre. Mourront bénis de fils et vieux dans la patrie ; Mais que le noir démon, la Guerre, essore l'œstre, Que l'air natal s'empourpre aux reflets de tuerie.

Que l'étranger mette son pied sur le vieux sol Nourricier, — imitant les peuples de tous bords, Saragosse, Moscou, le Russe, l'Espagnol, La France de Quatre-vingt-treize, l'homme alors.

Magnifié soudain, à son œuvre se hausse Et tragique et classique et très fort et très calme, Lutte pour sa maison ou combat pour sa fosse, Meurt en pensant aux siens ou leur conquiertla palme.

BONHl.UR 170

S'il survit, il reprend le train de tous les jours Élève ses enfants dans la crainte du dieu Des anc<^tres, et va refleurir ses amours Aux flancs de l'épousée éprise du fier jeu.

L'i\ge mûr est celui des sévères pensées, Des espoirs soucieux, des amitiés jalouses, C'est l'heure aussi dos justes haines amassées, Et (piand sur la place pul)li([ue, hahits et blouses,

Les citoyens discords dans (rhoniicles combats (Et conibien douloureux à leur fraternité !) S'arrachent les devoirs et les droits, ô non pas Pour le lucre, mais pour une stricte équité,

11 i)rend parti, pleurant de tuer, mais terrible Et tuant sans merci, comme en d'autres batailles, Le sang autour de lui giclant comme d'un crible, Une atroce fureur, pourlaïit sainte, aux entrailles.

Tué, son nom, célèbre ou non, reste honoré. Proscrit ou non. il meurt heureux, dans tous les cas, D'avoir voué sa vie et tout au Lieu Sacré Qui le fit homme et tout, de joyeux x>etit gas.

Sa veuve et ses i>etits garderont sa mémoire,

La terre sera douce à cet enfant fidèle

Où le vent pur de la Patrie, en plis de gloire.

Frissonnera comme un drapeau tout fleurant d'elle.

Mais quoi donc, le poète, à moins d'ôtre chrétien, (Le chrétien se fait tel que Jésus dit qu'il soit) Comment en ces temps-ci ce très fier peut-il bien Aimer la France ainsi qu'il doit comme il la voit,

Dépravée, insensée, une fille, une folle Déchirant de ses mains la pudeur des aïeules Et l'honneur ataval et, l'antique parole, La parlant en argot pour des sottises seules,

L'amour, l'évaporant en homicides vils D'où quelque pâle enfant, rare fantôme, sort, Son Dieu, le reniant pour quels crimes civils ! Prête à mourir d'ailleurs de quelle lâche mort !

Lui- môme que Dieu voit être un pur patriote L'affamant aujourd'hui, le proscrivant naguère, Pour n'avoir pas voulu boire comme un ilote Le gros vin du scandale au verre du vulgaire,

Le dénonçant aux sots pires que les méchants, Bourreauxmesquins,nonmoins d'ailleurs que tels méc Pire que tous, à cause^ ô honte ! que ses chants Fcdsaient honte à plusieurs à cause de leurs chants

Enfin, méconnaissant et l'heure et le génie Jusqu'à ce péché noir entre tous ceux de l'homme, Jusqu'à ce plongeon dans toute l'ignominie D'insulter l'ange comme en l'unique Sodome 1

DONIIEUR 181

Mais le poète est un chnHien qui dit: « Non pas! •

A ces comme velléités d'être tenté

Vers les déclamations par la Pauvreté,

Et d'elles dans l'iiorrcur du premier mauvais pas.

« Non pas ! » puis s'adressant à la Vierge Marie : « 0 vous, rolno de Franco et do tnnlo lîi terre, Vous qui fidèlement gardez notre patrie DepuivS les premiers temps jusqu'à celle heure austL-re

Où chacun a hesoin du courage de dix

S'il veut garder sa foi par ses pertes do fois,

La [)ratiquer tout simplement, ainsi jadis,

Puis y mourir tout simplement, comme autrefois !

De[)uis les Notre-Dame au-dessus des ancêtres Profilant leur prière immense et solennelle Jusiju'aux mois de Marie, échos des soirs champêtres Sourire de l'Kglise aux cœurs vierges en elle,

IJepuis (jue votre culte intronisait nos rois, Depuis que notre sang teignait votre pennon Jusqu'au jour où quel Dogme à travers tant d'effrois \joulait quel honneur encore à votre nom,

Vous qui, mnlli[)Hant miracles et promesses, i)e la SainleCJiandelle ii la Salette et Lourdes, ^■>i-:nez faire chez nous écloro des prouesses

iieeucestempsd'horreurd'Élat louches etsourdes,

Mère, sauvez la France, intercédez pour nous, Donnez-nous la foi vive et surtout l'humble foi, Que l'àme de tous nos aïeux brûle en nous tous Pour la vie et la mort, au foyer, dans la loi.

Dans le lit conjugal, sur la couche dernière, Simple et forte et sincère et bellement naïve, Pour qu'en les chocs prévus, virils à sa manière, Qui fut la bonne quand elle dut être active,

Si Dieu nous veut vaincus, du moins nous le soyons

En exemple, lavant hier par aujourd'hui

Et faits, après l'horreur, l'honneur des nations,

Et s'il nous veut vainqueurs nous le soyons pour lui. >

Jininédiatemcnt après le salut somptueux,

Le luminaire éteint moins les seuls cierges liturgiques,

Les psaumes pour les morts sont dits sur un mode mineur

Par les clercs et le peuple saisi do mélancolie.

Un glas lent se répand des clochers de la cathédrale, Répandu par tous les campaniles du diocèse, Rt plane et pleure sur les villes et sur la campagne Dans la nuit tôt venue en la saison arriérée.

Chacun s'en fui coucher reconduit parla voix dolente Et douce à l'infini de l'airain conimémoratoirc Qui va bercer le sommeil un peu triste des vivants Du souvenir des décédés de toutes les paroisses.

La cathédrale est majestueuse Que j'imagine en pleine campagne, Sur quelque affluent de quelque Meuse Non loin de l'Océan qu'il regagne,

L'Océan pas vu que je devine Par l'air chargé de sels et d'arômes.

La croix est d'or dans la nuit divine D'entre l'envol des tours et des dômes ;

Des angélus font aux campaniles Une couronne d'argent qui chante ; De blancs hihous, aux longs cris graciles, Tournent sans fin de sorte charmante ;

Des processions jeunes et claires Vont et viennent de porches sans nombre, Soie et perles de vivants rosaires, Rogations pour de chers fruits d'ombre.

liONIIEUR 185

(le n'est pas un rôvc ni la vie, (Test ma belle et ma chaste pensdc.

Si vous voulez, ma philosophie, Ma mort choisie ainsi déguisée.

Voix de Gabriel Chez l'humble Marie, Cloches de Noël, Dans la nuit fleurie, Siècles, célébrez Mes sens délivrés !

Martyrs, troupe blanche.

Et les confesseurs, Fruits d'or de la branche, Vous, frères et sœurs, Vierges dans la gloire, Chantez ma victoire !

Les Saints ignorés, Vertus qu'on méprise, Qui nous sauverez Par votre entremise, Priez que la foi Demeure humble en moi.

Pécheurs, par le monde, Qui vous repoiitoz. Dans Tardcur profonde, DVHre rachetés, Or, je vous contemple, Donnez-moi l'exemple.

Nature, animaux, Eaux, plantes et pierres, Vos simples travaux Sont d'humbles prières, Vous obéissez :

Pour Dieu c'est assez.

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