J. K. HUYS-MANS
I POÉSIES RELTGIKUSES
Bon chevalier masqué qui chcvauclie en silence, Le Malheur a percé mon vieux cœur de sa lance.
ï.e sang (le mon vieux cœur n'a fait qu'un jet vermeil, Puis s'est évaporé sur les fleurs, au soleil.
L'omhrc éteignit mes yeux, un cri vint i!i ma bouche VA mon vieux cœur est mort dans un frisson farouche.
Alors le chevalier Malheur s'est rapproché, 11 a mis pied à terre et sa main m'a touché.
Son doigt ganté de fer entra dans ma blessure Tandis qu'il attestait sa loi d'une voix dure.
4 SAGESSK
Et voici qu'au contact glacé du doigt de fer
Un cœur me renaissait, tout un cœur pur et fier.
Et voici que, fervent d'une candeur divine,
Tout un cœur jeune et bon battit dans ma poitrine !
Or, je restais tremblant, ivre, incrédule un peu, Comme un homme qui voit des visions de Dieu.
Mais le bon clievalier, remonté sur sa bête, En s'éloignant me fit un signe de la tète
Et me cria (j'entends cncor cette voix) :
« Au moins, prudence ! Car c'est bon pour une fois. »
J'avais peine comme Sisyphe Et comme Hercule travaillé Contre hi chair qui se rebiffe.
J'avais lutté,] avais bâillé
Des coups à trancher des montagnes,
Et comme Achille ferraillé.
Farouche ami (iiii m'accompagnes, Tu le sais, courage païen, ♦Si nous en fîmes des campagnes.
Si nous n'avons négligé rien Dans cette guerre exténuante, Si nous avons travaillé bien !
Le tout en vain : l'àpre géante A mon effort de tout cùté Opposait sa ruse ambiante,
Et toujours un lâche abrité Dans mes conseils qu'il environne Livrait les clefs de la cité.
Que ma chance fût maie ou bonne, Toujours un parti de mon cœur Ouvrait sa porte à la Gorgone.
Toujours r ennemi suborneur Savait envelopper d'un piège Même la victoire et l'honneur !
J'étais le vaincu qu'on assiège, Prêt à vendre son sang bien cher, Quand, blanche en vêtement de neige,
Toute belle au front humble et fier.
Une Dame vint sur la nue, Qui d'un signe fit fuir la Chair.
Dans une tempête inconnue De rage et de cris inhumains, Et déchirant sa gorge nue,
Le Monstre reprit ses chemins
Par les bois plein d'amours affreuses,
Et la Dame, joignant les mains :
6AGESSK
a Mon pauvre combattant qui creuses, Dit-elle, ce dilemme en vain, Trôve aux victoires malheureuses !
€ Il t'arrive un secours divin Dont je suis sûre mossapère Pour ton salut, possible enfin ! »
— a 0 ma Dame dont la voix chère Encourage un blessé jaloux
De voir finir Talroce guerre,
« Vous qui parlez d'un ton si doux En m'annonçant de bonnes choses, Ma Dame, qui dune ùtes-vous? »
— « Jétiiis née avant toutes causes Et je verrai la fin de tous Leréffets, étoiles et roses.
c( En même temps, bonne, sur vous, Hommes faibles et pauvres femmes, Je pleure, et je vous trouve fous !
« Je pleure sur vos tristes ûmes.
J'ai l'amour d'elles, j'ai la peur D'elles, et de leurs vœux infâmes !
c 0 ceci n'est pas le bonheur, Veillez, Quelqu'un l'a dit que j'aime, Veillez, crainte du Suborneur,
« Veillez, crainte du Jour suprême !
Qui je suis? me demandais -tu.
Mon nom courbe les anges même,
« Je suis le cœur de la vertu, Je suis l'âme de la sagesse, Mon nom brûle l'Enfer têtu,
i( Je suis la douceur qui redresse.
J'aime tous et n'accuse aucun,
Mon nom, seul, se nomme promesse,
« Je suis l'unique hôte opportun, Je parle au Roi le vrai langage Du matin rose et du soir brun,
« Je suis la Prière, et mon gage C'est ton vice en déroute au loin.
Ma condition : « Toi, sois sage. »
— « Oui, ma Dame, et soyez témoin !
Qu'on dis-tu, voyageur, des pays et des gares ^ Du moins as-tu cueilli l'ennui, puis(|u'il est mûr, Toi que voilci fumant de maussades cigares, Noir, projetant une ombre absurde sur le mur?
Tes yeux sont aussi morts depuis les aventures, Ta grimace est la môme et ton deuil est pareil : Pello la lune vue ù travers dos mâtures, Toile la vieille mer sous le jeune soloil,
Tel l'ancien cimetière aux tombes toujours neuves ! Mais voyons, et dis-nous les récils devinés, Ces désillusions pleurant le long des fleuves, Ces dégoûts comme autant de fades nouveau-nés,
Os femmes î Dis les gaz, et l'horreur identique Du mal toujours, du laid partout sur tes chemins. Et dis l'Amour et dis encor la Politique Avec du sang déshonoré d'encre à leurs mains.
Et puis surtout ne va pas l'oublier toi- môme Traînassant ta faiblesse et ta simplicité Partout où l'on bataille et partout où l'on aime, D'une façon si triste et folle, en vérité !
A-t-on assez puni cette lourde innocence ! Qu'en (lis-tu? L'homme est dur, mais la femme? Et tes plcD Qui les a bus ? Et quelle ame qui les recense Console ce qu'on peut appeler tes malheurs ?
Ah les autres, ah toi ! Crédule à qui te flatte,
Toi qui revais (c'était trop excessif, aussi)
Je ne sais quelle mort légère et délicate ? |
Ah toi, l'espèce d'ange avec ce vœu transi !
Mais maintenant les plans, les buts ? Es-tu de force, Ou si d'avoir pleuré t'a détrempé le cœur ? L'arbre est tendre s'il faut juger d'après l'écorce, Et tes aspects ne sont pas ceux d'un grand vainqueur.
Si gauche encore ! avec l'aggravation d'être Une sorte à présent d'idylUque engourdi Qui surveille le ciel bête par la fenêtre Ouverte aux yeux matois du démon de midi.
Si le même dans cette extrême décadence ! Enfin ! — Mais à ta place un être avec du sens. Payant les violons voudrait mener la danse, Au risque d'alarmer quelque peu les passants.
SAGKSSE il
N as tu pas, en fouillant les recoins de ton àino, Un beau vice ù tirer comme un sabre au soleil, Quelque vice joyeux, effronlc, qui s'enflamme VA vibre, et darde roup;»' au front du ciel vermeil 1
Un ou plusieurs 1 Si oui, tant mieux ! Et pars bien vite Kn guerre, et bats d'estoc et de taille, sans cboix Surtout, et mets co casque indolent où s'abrito La liaine inassouvie et repue à la fois...
11 faut n'être pas dupe en ce farceur de monde Où le bonheur n'a rien d'exquis et d'alléchant S'il n'y frétille un peu do pervers et d'immonde, El i)uur n'être pas ilupi^ il faut éhv méchant.
— Sagesse humaine, ah, j'ai les yeux sur d'au très choses. Et parmi ce passé dont ta voix décrivait L'ennui, pour des conseils encore plus moroses, Je no me souviens plus que du mal que j'ai fait.
Dans tous les mouvements bizarres de ma vie, De mes « malheurs », selon le moment et le lieu. Des autres et de moi, de la route suivie, .le n'ai rien retenu que la grâce de Dieu.
Si je me sons puni, c'est (jue je le dois élro. Ni l'homme ni la femme ici no sont pour rien. Mais j'ai le ferme espoir d'un jour pouvoir connaître Le pardon et la paix promis à tout Chrétien.
Bien de n'olrc pas dupe en ce monde d'une heure, Mais pour ne Têtre pas durant l'éternité, Ce qu'il faut à tout prix qui rogne et qui demeure, Ce n'est pas la méchanceté, c'est la honte.
Mallioiirciix ! Tous les dons, la j^loire du haptenie, Pon onfanco clirélionno, une more ({xn t'aime, La force et la santv comme le pain et l'eau, Cet avenir enfin, décrit dans le tableau De ce passé plus clair que le jeu des marées, Pu i)illes litui, lu perds en viles simagrées .Ins(iu'aux derniers pouvoirs de ton esprit, hélas ! La malédidion de n'être jamais las Suit tes pas sur le monde où l'horizon t'attire, L'en faut prodigue avec des gestes de satyre ! Xul avertissement, douloureux ou moqueur, Xe prévaut sur l'élan funeste de ton cceur. Tu flânes à travers péril et ridicule, Avec l'irresponsable audace d'un Hercule Dont les travaux seraient fous, nécessairement. L'amitié — dame ! — as-tu son reproche clément.
SAGIïSSE
Et chaste, et sans aucun espoir que le suprême,
Vient prier, coinineaulitd'un mourant quiblasphèmc,
La patrie oubliée est dure au fils affreux,
Et le monde alentour dresse ses buissons creux
Où ton désir mauvais s'épuise en flèches mortes.
Maintenant il te faut passer devant les portes
Hâtant le pas de peur qu'on ne lâche le chien,
Et si tu n'entends pas rire, c'est encor bien.
Malheureux, toi Français, toi Chrétien, quel dommage ! !
Mais tu vas, la pensée obscure de l'image
D'un bonheur qu'il te faut immédiat, étant
Athée (avec la foule !) et jaloux de l'instant,
Tout appétit parmi ces appétits féroces, 1
Épris de la fadaise actuelle, mots, noces j
Et festins, la a Science », et « l'esprit de Paris », '
Tu vas magnifiant ce par quoi tu péris,
Imbécile ! et niant le soleil qui t'aveugle !
Tout ce que les temps ont de bête paît et beugle
Dans ta cervelle ainsi qu'un troupeau dans un pré,
Et les vices de tout le monde ont émigré
Pour ton sang dont le fer lâchement s'étiole. à
Tu n'es plus bon à rien de propre, ta parole
Est morte de l'argot et du ricanement,
Et d'avoir rabâché les bourdes du moment.
Ta mémoire, de tant d'obscénités bondée,
Ne saurait accueillir la plus petite idée,
Et patauge parmi l'égoïsme ambiant.
En quête d'on ne peut dire quel vil néant !
Seul, entre les débris honnis de ton désastre,
SAGESSK I ")
L'Orgueil, qui met la flamme au front du ixjélaslro Et fait au criminel un prestige odieux, Seul, rOrgueil est vivant, il danse dans tes yeux, Il regarde la Faute et rit de s'y coniplairo.
— Dieu des humbles, sauvez cet enfant de col(!îrc !
0 vous, commeunqui boite au loin. Chagrins et Joies, Toi, cœur saignant d'hier qui flambes aujourd'hui, C'est vrai pourtant que c'est fini, que tout a fui De nos sens, aussi bien les ombres que les proies.
Vieux bonheur s, vieux malheurs, comme une file d'oies Sur la route en poussière où tous les pieds ont lui, Bon voyage ! Et le Rire, et, plus vieille que lui, Toi, Tristesse noyée au vieux noir que lu broies !
Et le reste ! — Un doux vide, un grand renoncement, Quelqu'un en nous qui sent la paix immensément, Une candeur d'âme d'une fraîcheur délicieuse...
Et voyez ! notre cœur qui saignait sous l'orgueil, Il flambe dans l'amour, et s'en va faire accueil A la vie, en faveur d'une mort précieuse !
Les faux beaux joursonllui loutlcjour, ma pauvre A ino Et les voiri vibrer aux cuivres du coucbant. Ferme les yeux, pauvre Ame, et rentre sur-le-cliainp : Une tentation des pires. Fuis l'infAmc.
Ils ont lui tout le jour en lon^zs gnMonsdc flamme, Battant toute vendange aux collines, coucbant Toute moisson de la vallée, et ravageant Le ciel tout bleu, le ciel cbanteur qui te réclame.
0 pùlis, et va- t'en, lente et joignant les mains. Si ces biers allaient manger nos beaux demains î? Si la vieille folie était encore en route ?
Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer ^ Un assaut furieux, le suprême, sans doute ! 0, va prier contre l'orage, va prier.
La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles Est une œuvre de choix qui veut beaucoup d'amour : Rester gai quand le jour, triste, succède au jour, Etre fort, et s'user en circonstances viles,
N'entendre, n'écouter au bruit des grandes villes Que l'appel, ô mon Dieu, des cloches dans la tour, Et faire un de ces bruits soi-même, cela pour L'accomplissement vil de tâches puériles,
Dormir chez les pécheurs étant un pénitent, N'aimer que le silence et conserver pourtant, Le temps si grand dans la patience si grande,
Le scrupule naïf aux repentirs têtus,
Et tous ces soins autour de ces pauvres vertus !
— Fi, dit l'Ange Gardien, de l'orgueil qui marchande !
Sagesse d'un Louis Uaciuc, je t'envie î 0 n'avoir pas suivi les leçons de Rollin, N'ùlre pas né dans le grand siècle à son déclin, Quand le soleil couchant, si beau, dorait la vie,
Quand Maintenon jetait sur la France ravie, L'ombre douce et la paix de ces coiffes de lin, Et royale abritait la veuve et Torphelin, Quand l'élude de la prière était suivie,
Quand poète et docteur, simplement, bonnement, Communiaient avec des ferveurs de novices, Humbles servaient la Messe et chantaient aux offices,
Kt, le printemps venu, prenaient un soin charmant D'aller dans les Auteuils cueillir lilas et roses Vax louant Dieu, comme (laro, de toutes choses !
Non. Il fut gallican, ce siècle, et janséniste ! C'est vers le Moyen Age énorme et délicat Qu'il faudrait que mon cœur en panne naviguât, Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste.
Roi, politicien, moine, artisan, chimiste, Architecte, soldat, médecin, avocat, Quel temps ! Oui, que mon cœur naufragé rembarquât Pour toute cette force ardente, souple, artiste !
Et là que j'eusse part — quelconque, chez les rois Ou bien ailleurs, n'importe, — à la chose vitale, Et que je fusse un saint, actes bons, pensers droits.
Haute théologie et solide morale, Guidé par la folie unique de la Croix Sur tes ailes de pierre, ô folle Cathédrale !
Petits amis qui sûtes nous piouvor
Par A plus B que deux et deux fout quatre,
Mais qui depuis voulez parachever
Une vietuireoù l'on se laissiiit battre.
Et couronner vos conquêtes d'un cou^)
Par ce soufflet i\ la mémoire humaine ;
« Dieu ne vous a révélé rien du tout,
Car nous disons fni'il n'est que l'onilire vaine.
Que le profil et ({uv rallongement Sur tous les murs que la peur édifie.
De votre pur et simple mouvement, Et nous dictons cette philosophie. »>
— Frères trop chers, laissez-nous rire un peu, Nous les fervents d'une logifpie rance.
Qui justement n'avons de foi qu'en Dieu Et mettons notre esjioir dans l'Espérance.
Laissez-nous rire un peu, pleurer aussi, Pleurer sur vous, rire du vieux blasphème, Rire du vieux Satan stupide ainsi, Pleurer sur cet Adam dupe quand même !
Frères de nous qui payons vos orgueils. Tous fils du même Amour, ah ! la science, Allons donc, allez donc, c'est nos cercueils Naïfs ou non, c'est notre méfiance
Ou notre confiance aux seuls Récits, C'est notre oreille ouverte toute grande Ou tristement fermée au Mot précis !
Frères, lâchez la science gourmande
Qui veut voler sur les ceps défendus Le fruit sanglant qu'il ne faut pas connaître. Lâchez son bras qui vous tient attendus Pour des enfers que Dieu n'a pas fait naître,
Mais qui sont l'œuvre affreuse du péché, Car nous, les fils attentifs de l'Histoire, Nous tenons pour l'honneur jamais taché De la Tradition, supplice et gloire !
Nous sommes sûrs des Aïeux nous disant Qu'ils ont vu Dieu sous telle ou telle forme, Et prédisant aux crimes d'à présent La peine immense ou le pardon énorme.
Puisqu'ils avaient vu Dieu présent toujours, Puiscfu'ils ne mentaient pas, puisque nos crimes Vont effrayants, puis([ue vos yeux sont courts, Et puisqu'il est des repenlirs sublimes,
Ils ont dit tout. Savoir le reste rst bien : Que deux et deux fassent quatre, à merveille 1 Riens innocents, mais des riens moins que rien, La dorniôre heure étant \h qui surveille
Tout autre soin dans l'homme en vérité 1 Gardez que trop chercher ne vous séduise Loin d'une sage et forte humilité...
Le seul savant, c'est encore Moïse.
Or, vous voici promus, petits amis, Depuis les temps de ma lettre première, Promus, *(iisais-je, aux fiers emplois promis A votre thè?e, en ces jours de lumière.
Vous voici rois de France ! A votre tour ! (Rois à plusieurs d'une France postiche, Mais rois de fait et non sans quelque amour D'un trône lourd avec un budget riche.)
A l'œuvre, petits amis 1 Nous avons droit De vous y voir, payant de notre poche, Et d'être un peu réjouis à l'endroit De votre état sans peur et sans reproche.
Sans peur? Du maître. 0 le maître, mais c'est L'ignorant-chiffre et le Suffrage-nombre, Total, le peuple, « un âne » fort « qui s'est Cabré », pour vous espoir clair, puis fait sombre.
Cabré comme une chùvrc, c'est le mot.
Kt votre brus, saignant jusciu'à l'aisselle, S'effurce en vain : fort comme Béiiémot, Le monstre tire... et votre peur est telle
Quand l'une brait, que le voilà parti Qui par les dents vous boute cent ruades Eu forme de rei)roclie bien senti...
Courez après, frottant vos reins malades !
0 Peuple, nous t'aimons immensément :
N'es tu donc pas la pauvre àme ignorante En proie à tout ce qui sait v[ (pii ment? N'es- tu donc pas l'immensité souffrante 1
La charité nous fait clierclier tes maux,
La foi nous guide à travers tes ténèbres.
On t'a rendu semblable au.x animaux
Moins leur candeur, et plein d'instincts funèbres.
L'orgueil t'a pris en ce quatre-vingt-neuf, Nabutlioilonosor, et te fait i);iitre.
Ane obstiné, mouton buté, dur bœuf, Broutant pouvoir, famille, soldat, prêtre I
0 [)aysan cassé sur tes sillons, IWle ouvrier qu'esquinte la machine, Membres sacrés de Jésus-Christ, allons, Uelevcz-vous, honorez votre échine,
Porloz l'amour qu'il faut à vos bras forts, Vos pieds vaillants sont les plus beaux du monde Respectez-les, fuyez ces chemins tors, Fermez l'oreille à ce conseil immonde,
Redevenez les Français d'autrefois, Fils de l'Église, et dignes de vos pères! 0 s'ils savaient ceux-ci sur vos pavois, Leurs os sueraient de honte aux cimetières.
— Vous, nos tyrans minuscules d'un jour, L'énormité des actes rend les princes Surtout de souche impure, et malgré cour Et splendeur et le faste, encor plus minces, —
Laissez le règne et rentrez dans le rang. Aussi bien l'heure est proche où la tourmente Vous va donner des loisirs, et tout blanc L'avenir flotte avec sa fleur charmante
Sur la Bastille absurde où vous teniez La France aux fers d'un blasphème et d'unsch' Et la chronique en de cléments Téniers Déjà vous peint allant au catéchisme.
/'ous reviendrez bitiii". les bras pleins de pardons
Selon Vu re coutume, ) Pères excellents qn\uijourd'hui nous perdons
Pour comble d'amertume.
Vous reviendrez, vieillards exquis, avec l'honneur
Kt sa rè^le chérie.
Et que de pleurs joyeux, et quels cris de bonheur
Dans toute la [)atrie I
Vous reviendrez, après ces glorieux exils, Après des moissons dûmes,
Après avoir prié pour ceux-ci, fussent- ils Encore plus infâmes,
Après avoir couvert les îles et la mer
De votre ombre si douce Et réjoui le ciel et consterné l'enfer,
Béni (jui vous repousse,
Variante au 6° vers : Avec sa fleur chérie,
Béni qui vous dépouille au cri de liberté,
Béni l'impie en armes, Et l'enfant qu'il vous prend des bras, — et racheté
Nos crimes par vos larmes !
Proscrits des jours, vainqueurs des temps, non point
Vous êtes l'espérance.
A tantôt, Pères saints, qui nous vaudrez de Dieu
Le salut pour la France !
)n ii'oiienso que Dieu qui ?oul itardonnc
Mais )n conlrisle son firre, on l'affligo, on le blesse. )n fait gronder sa haine ou pleurer sa faiblesse, li c'est un crime affreux (jui va troubler la paix )cs simples, et donner au monde sa pAlure, scandale, cœurs perdus, f,Tots mots et rire épais.
jQ plus souvent par un effet do la nature )cs choses, ce pécht» trouve son chAliment sUmc ici-bas, féroce et lon^^ communément. »Iais VAtnnw tout-puissant donne à la créature ^c sens de son malheur qui mène au repentir ^ar une route lente et haute, mais très siire.
\lors un grand désir, un seul, vient investir Le pénitent, après les premières alarmes,
Et c'est (l'humilier son front devant les larmes De naguère, sans rien qui pourrait amortir Le coup droit pour l'orgueil, et de rendre les armes Gomme un soldat vaincu, triste, de bonne foi.
0 ma sœur, qui m'avez puni, pardonnez -moi I
Voix de l'Orteil : un cii puissant connue d'un cor. Des étoiles de sanj^ sur des cuirasses d'or. On trébuche h travers des chaleurs d'incendie... Mais en somme la voi.x s'en va, comme d'un cor,
Voix do lu Haine : cloche en mer, fausse, assourdie De neige lente. Il fait si froid î Lourde, affadie, La vie a peur et court follement sur le quai Loin de la cloche qui devient plus assourdie.
Voix de la Chair : un gros tapage fatigué. Des gens ont bu. L'endroit fait semblant li'èlre gai. Des yeux, des noms, et l'air plein de parfums atroces Où vient mourir le gros tapage fatigué.
Voix d'autrui : des lointains dans les brouillards. Des noces
Vont et viennent. Des tas d'embarras. Des négoces,
Lt tout le cirque des civilisations
Au son trotte-menu du violon des noces.
32 RAGI'SSR
Colères, soupirs noirs, regrets, tentalions Qu'il a fallu pourtant que nous entendissions Pour l'assourdissement des silences honnêtes, Colères, soupirs noirs, regrets, tentations,
Ah, les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes ! Sentences, mots en vain, métaphores mal faites. Toute la rhétorique en fuite des péchés, Ah, les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes !
Nous ne sommes plus ceux que vous auriez cherchés. Mourez à nous, mourez aux humbles vœux cachés Que nourrit la douceur de la Parole forte, Car notre cœur n'est plus de ceux que vous cherchez !
Mourez parmi la voix que la prière emporte Au ciel, dont elle seule ouvre et ferme la porte Et dont elle tiendra les sceaux au dernier jour, Mourez parmi la voix que la prière apporte,
Mourez parmi la voix terrible de l'Amour !
Va ton choiiiiii sans pins t'inqni<^tor ! La ronte est droite et tu n'as qu'ii monter, Portiint (railleurs le seul trésor qui vaille Et rarnie uni(iue au cas d'une bataille, La pauvreté d'esprit et Dieu pour toi.
Surtout il faut garder toute espérance.
Qu'importe un peu de nuit et de souffrance V La route est bonne et la mort est au bout. Oui, garde toute espérance surtout.
La mort là-bas te dresse un lit de joie.
Et fais-toi doux de toute la douceur.
La vie est laide, encore c'est ta sœur. Simple, gravis la cùtc et mémo chante Pour écarter la prudence méchante Dont la voix basse est pour tenter ta foi.
Simple comme un enfant, gravis la côte, Humble comme un pécheur qui hait la faute, Chante, et même soit gai, pour défier L'ennui que l'ennemi peut t'envoyer Afin que tu t'endormes sur la voie.
Ris du vieux piège et du vieux séducteur, Puisque la Faix est là, sur la hauteur, Qui luit parmi les fanfares de gloire.
Monte, ravi, dans la nuit blanche et noire. Déjà l'Ange Gardien étend sur toi
Joyeusement des ailes de \ictoire.
Pourquoi triste, o mon ûme, Triste jusqu'à la mort, Quand l'effort te réclame, Quand le su[)r<^mc effort Est là (jui te réclame V
Ail, tos n»aius que tu tords Au lieu d'être à la tAchc, Tes lèvres que tu mords Et leur silence lâche, Et tes yeux qui sont morts !
N'as-tu pas l'espérance
De la fidéliU»,
Et, ()Our plus d'assurance
Dans la sécurité,
N'as-tu [)as la souffrance ?
Mais chasse le sommeil Et ce rôve qui pleure.
Grand jour et plein soleil !
Vois, il est plus que l'heure Le ciel bruit vermeil,
Et la lumière crue Découpant d'un trait noir Toute chose apparue Te montre le Devoir Et sa forme bourrue.
Marche à lui vivement, Tu verras disparaître Tout aspect inclément De sa manière d'être, Avec l'éloignement.
C'est le dépositaire Qui te garde un trésor D'amour et de mystère, Plus précieux que l'or, Plus sûr que rien sur terre :
Les biens qu'on ne voit pas,
Toute joie inouïe,
Votre paix, saints combats,
L'extase épanouie
Et l'oubli d'ici-bas.
Et l'oubU d'ici-bas !
Né renfant des grandes villes
Et des révoltes serviles
J'ai là, tout cherché, trouvé
De tout api^Hit rêvé.
Mais, puisque rien n'en demeure,
J'ai dit un adieu léger
A tout ce qui peut changer,
Au plaisir, au bonheur raôine.
Et môme à tout ce que j'aime
Hors de vous, mon doux Seigneur !
La Croix m'a pris sur ses ailes
Qui m'emporte aux meilleurs zèles,
Silence, expiation,
Et l'Apre vocation
Pour la vertu qui s'ignore.
Douce, chère Humilité, Arrose ma charité, Trcmpe-la de tes eaux vives.
0 mon cœur, que tu ne vives Qu'aux fins d'une bonne mort !