‹ Poésies religieusesChapitre 3 sur 38 · X VIII · texte numérisé non relu

X VIII

L'Ame antique était rude et vainc Et ne voyait dans la douleur Que l'acuité de la peine Ou l'étonncinent du malheur.

I.'arl, sa fi^i^uro la plus claire, Traduit co double sentiment l*ar deux grands types de la Mère En proie au suprême tourment.

C'est la vieille reine de Troie :

Tous ses fils sont morts par le for.

Alors ce deuil brutal aboie Kt glapit au bord de la mer.

Elle court le long du rivage, lîavant vers le flot ccumant, llirsule. criarde, sauvage, La chienne littéralement!...

Et c'est Niobé qui s'effare Et garde fixement des yeux Sur les dalles de pierre rare Ses enfants tués par les dieux.

Le souffle expire sur sa bouche.

Elle meurt dans un geste fou.

Ce n'est plus qu'un marbre farouche Là transporté nul ne sait d'où ! . . .

La douleur chrétienne est immense, Elle, comme le cœur humain.

Elle souffre, puis elle pense.

Et calme poursuit son chemin.

Elle est debout sur le Calvaire Pleine de larmes et sans cris.

C'est également une mère, Mais quelle mère de quel fils !

Elle participe au Supplice Qui sauve toute nation, Attendrissant le sacrifice Par sa vaste compassion.

Et comme tous sont les fils d'elle, Sur le monde et sur sa langueur, Toute la charité ruisselle Des sept blessures de son cœur.

Au jour qu'il faudra, pour la gloire Des cieux eufiu tout grauds ouverts, Ceux qui surent et purent croire, lions et doux, sauf au seul Pervers,

Ceux-là vers la juio infinie Sur la colline de Sion Monteront d'une aile bénie Aux plis de son assoniplion.

0 mon Dieu vous m'avez blessé d'amour

Et la blessure est encore vibrante,

0 mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour.

0 mon Dieu votre crainte m'a frappé Et la brûlure est encor là qui tonne, 0 mon Dieu, votre crainte m'a frappé.

0 mon Dieu, j'ai connu que tout est vil ^ Et votre gloire en moi s'est installée, 0 mon Dieu, j'ai connu que tout est vil.

Noyez mon âme aux flots de votre Vin, Fondez ma vie au Pain de votre table, Noyez mon âme aux flots de votre Vin.

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Voici mon sang que je n'ai pas versé, Voit'i ma chair intlignc de soulfrancc, Voici mon sang que je n'ai pas versé.

Voici mon front qui n'a pu que rougir, Pour l'escabeau do vos pieds adorables, Voici mon front qui n'a pu que rougir.

Voici mes mains qui n'ont pas travaillé, Pour les charbons ardents et l'encens rare, Voici mes mains qui n'ont pas travaillé.

Voici mon cœur qui n'a battu qu'en vain, Pour palpiter aux ronces du Calvaire, Voici mon cœur qui n'a battu qu'en vain.

Voici mes pieds, frivoles voyageurs, Pour accourir au cri do votre grûce, Voici mes pieds, frivoles voyageurs.

Voici ma voix, bruit maussade et menteur, Pour les reproches de la Pénitence, Voici ma voix, bruit maussade et menteur.

Voici mes yeux, luminaires d'erreur.

Pour être éteints aux pleurs de la prière. Voici mes yeux, luminaires d'erreur.

II61as, Vous, Dieu d'offrande et de pardon, Quel est le puits de mon ingratitude, Hélas, Vous, Dieu d'offrande et de pardon,

Dieu de terreur et Dieu de sainteté, Hélas ! ce noir abîme de mon crime, Dieu de terreur et Dieu de sainteté,

Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur, Tous mes peurs, toutes mes ignorances, Vous^ Dieu de paix, de joie et de bonheur,

Vous connaissez tout cela, tout cela,

Et que je suis plus pauvre que personne,

Vous connaissez tout cela, tout cela.

Mais ce que j'ai, mon Dieu, je vous le donne.

Je lie veux plus aimer ([uo iiid mère Marie. Tous les autres amours sont do conimandement. Ni?ccssaires qu'ils sont, ma mère seulement l'ourra les iillumcraux cœurs qui l'ont chérie.

C'est pour Elle qu'il faut chérir mes ennemis, C'est par Elle que j'ai voué ce sacrifice, Et la douceur de cœur et le zèle au service. Connue je la priais. Elle les a permis.

El connue j'étais faible et bien méchant encore, Aux mains h\ches, les yeux éblouis des chemins, Elle baissa mes yeux et me joignit les mains, Et m'enseigna les mots par lesquels on adore.

C'est i)ar Elle que j'ai voulu de ces chagrins. C'est pour Elle que j'ai mon cœur dans les Cinq Plaie: Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies, Comme je l'invociuais, Elle en ceignit mes reins.

Je neveux plus penser qu'à ma mère Marie, Siège de la sagesse et source des pardons, Mère de France aussi, de qui nous attendons Inébranlablement l'honneur de la patrie.

Marie Immaculée, amour essentiel.

Logique de la foi cordiale et vivace.

En A'Ous aimant qu'est -il de bon que je ne fasse,

En vous aimant du seul amour, Porte du ciel ?

Nous èlcs calme, vous voulez un vœu discret, Des secrets h ini-volx dans l'ombre et le silence, Lceceur qui se répand plukM qu'il ne s'élance, Et ces timides, moins transis qu'il ne paraît,

Vous accueillez d'un |j;este exquis telles pensées Qui ne marchent qu'en ordre et font le moindre bruit. Votre main, toujours prête à la chute du fruit, Patiente avec l'arbre et s'abstient de poussées.

Et si l'immense amour de vos commandements Embrasse et presse tous en sa sollicitude, Vos conseils vont dicter aux meilleurs et l'étude Et le travail des plus humbles recueillements.

Le pécheur, s'il i^rétend vous connaître cl vous plaire, 0 vous qui nous aimant si fort parliez si peu. Doit et peut, h tout temps du jour comme en tout lieu, Bien faire obscurément son devoir et se taire,

Se taire pour le monde, un pur sénat de fous, Se taire sur autrui, des ûmcs précieuses. Car nous taire vous plaît, môinc aux heures pieuses, Même à la mort, sinon devant le prêtre et vous.

Donnez-leur le silence et l'amour du mystère. 0 Dieu glorifieur du bien fait en secret, A ces timides moins transis qu'il ne paraît, Et l'horreur, et le pli des choses de la terre.

Donnez-leur, ô mon Dieu, la résignation, Toute force, douceur, l'ordre et l'intelligence, Afin qu'au jour suprême ils gagnent l'indulgence De l'Agneau formidable en la neuve Sion,

Afin qu'ils puissent dire : « Au moins nous sûmes cr( Et que l'Agneau terrible ayant tout supputé, Leur réponde : « Venez, vous avez mérité, Pacifiques, ma paix et douloureux, ma gloire. »

Mon Dieu m'a dit : « Mon fils, il faut m'aimer, tu vois Mon flanc percé, mon i(rur(|ui rayonne et qui saigne, N l'!l mes pieds offensés que Madeleine bai'i^ne

De larmes, et mes bras douloureux sous le poids

De les péchés, et mes mains ! Kl tu vois la croix, Tu vois les clous, le fiel, l'éponf^e et tout t'enseigne A n'aimer, en ce monde amer où la chair règne. Quema Chair et mon Sang, ma imrolo et ma voix.

Ne l'ai-je pas aimé jusqu'à la mort moi-même, 0 mon frère en mon Père, ô mon fils en l'Esprit, Et n'ai-je pas souffert, comme c'était écrit ?

N'ai-jc pas sanglote ton angoisse suprême Et n'ai-je pas sué la sueur de tes nuits, Lamentaljle ami qui me clierches où je suis » ?

J'ai répondu : « Seigneur, vous avez dit mon âme. C'est vrai que je vous cherche et ne vous trouve pas. Mais vous aimer ! Voyez comme je suis en bas, Vous dont l'amour toujours monte comme la flamme

Vous, la source de paix que toute soif réclame, Hélas ! Voyez un peu tous mes tristes combats ! Oserai-je adorer la trace de vos pas, Sur ces genoux saignants d'un rampement infâme 1

Et pourtant je vous cherche en longs tâtonnements, Je voudrais que votre ombre au moins vêtît ma honte, Mais vous n'avez pas d'ombre, ô vous dont l'amour mon

0 vous, fontaine calme, amère aux seuls amants

De leur damnation, ô vous toute lunùère

Sauf aux yeux dont un lourd baiser tient la paupière ! )>

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— 11 faut in'aimer ! Je suis l'universel Baiser, Je suis cette paupière et je suis cette lèvre Dont lu parles, ô cher malade, et cette fièvre Qui t'agite, c'est moi toujours! 11 faut oser

M'aimer ! Oui, mon amour monte sans biaiser .lusqu'où ne grimpe pas ton pauvre amour do chèvre, Et t'emportera, comme un aigle vole un lièvre, Vers des serpolets qu'un ciel cher vient arroser !

0 ma nuit claire ! ù tes yeux dans mou clair de lune ! Oco lit de lumière et d'eau parmi la brune ! Toute cette innocence et tout ce reposoir !

Aime-moi ! Ces deux mots sont mes verbes suprêmes, Ciir étant ton Dieu tout-puissant, je pQU\ vouloir, Mais je ne veux d'abord que pouvoir que tu m'aimes !

— Seigneur, r'est trop ! Vraiment, jo n'ose. Aimer qui / V Oli ! non ! Je tremble et n'ose. Oh ! vous aimer je n'ose, Je ne veux pas ! Je suis indigne. Vous, la Rose Immense des purs vents de TAmour, ù Vous, tous

?j2 SAGESSE

Les cœurs des saints, ô Vous qui fûtes le Jaloux D'Israël, Vous, la chaste abeille qui se pose Sur la seule fleur d'une innocence mi-close Quoi, moi, wzo?, pouvoir Foi^^aimer Etes-vousfous ',

Père, Fils, Esprit ? Moi, ce pécheur-ci, ce lâche, Ce superbe, qui fait le mal comme sa tâche Et n'a dans tous ses sens, odorat, toucher, goût,

Vue, ouïe, et dans tout son être — hélas ! dans tout Son espoir et dans tout son remords que l'extase D'une caresse où le seul vieil Adam s'embrase 'l

— Il faut m'aimer. Je suis ces Fous que tu nommais, Je suis l'Adam nouveau qui mange le vieil homme. Ta Rome, ton Paris, ta Sparte et ta Sodome, Comme un pauvre rué parmi d'horribles mets.

Mon amour est le feu qui dévore à jamais Toute chair insensée, et l'évaporé comme Un parfum, — et c'est le déluge qui consomme En son flot tout mauvais germe que je semais.

Afin qu'un jour la Croix oii je meurs fût dressée 1 Saint Augustin.

Et que par un miracle effrayant de bonté

Jo t'eusse un jour à moi, frémissant et dompté.

Aimo. Sors do tanuil. Aime. C'est ma pensée

De toute éternité, pauvre ûmc délaissée,

Que tu dusses, m'aimer, moi seul qui suis resté !

— Seigneur, j'alpcur. Mon Amccn moi tressaille toute. Je vois, jo sens qu'il faut vous aimer. Mais comment Moi, ceci, mo ferais-je, n mon Dieu, votre amant, 0 Justice ([ue la vertu des bons redoute '^

Oui, comment ? Car voici que s'ébranle la voûte

Où mon cœur creusait son ensevelissement

Et ([ue je sens fluor à moi le firmament.

Et jo vous dis : de vous à moi quelle est la route ?

Tendez-moi votre main, que je puisse lever Celte chair accroupie et cet esprit malade. Mais recevoir jamais la céleste accolade,

Est-ce possible? Un jour, pouvoir la rclrouvcr Dans votre sein, sur votre cieur qui fut le nùtre, La i)lacc où reposa la tête de Tapotre 1

— Certes, si tu le veux mériter, mon fils, oui, Et voici. Laisse aller l'ignorance indécise De ton cœur vers les bras ouverts de mon Eglise Comme la guêpe vole au lis épanoui.

Approche-toi de mon oreille. Epanclies-y L'humiliation d'une brave franchise.

Dis-moi tout sans un mot d'orgueil ou de reprise Et m'offre le bouquet d'un repentir choisi.

Puis franchement et simplement viens à ma table. Et je t'y bénirai d'un repas délectable Auquel l'ange n'aura lui-même qu'assisté,

Et tu boiras le Vin de la vigne immuable Dont la force, dont la douceur, dont la bonté Feront germer ton sang à l'immortalité.

Puis, va ! Garde une foi modeste en ce mystère D'amour par quoi je suis ta chair et ta raison, Et surtout reviens très souvent dans ma maison. Pour y participer au Vin qui désaltère,

Au Pain sans qui la vie est une trahison, Pour y prier mon Père et supplier ma Mère Qu'il te soit accordé, dans l'exil de la terre, D'ôtro l'agneau sans cris qui donne sa toison,

D'ôtre l'enfant vtHu de lin et d'innocence, D'oublier ton pauvre amour-propre et ton essence, Enfin, de devenir un peu semblable à moi

Qui fus, durant les jours d'IIérodeet de Pilate

Et de Judas et de Pierre, pareil à toi

Pour souffrir et mourir d'une mort scélérate !

Kl pour récompenser ton zèle en ces devoirs

Si doux qu'ils sont encore d'ineffables délices.

Je te ferai goûter sur terre mes prémices,

La paix du cœur, l'amour d'être pauvre, et mes soirs

Mysti(pies, quand l'esprit s'ouvre aux calmes espoirs El croit boire, suivant ma promesse, au Calice Éternel, et qu'au ciel pieux la lune glisse. Et (juc sonnent les angélus roses et noirs,

En attendant l'assomption dans ma lumière. L'éveil sans lin dans ma charité coutumière.

La musique de mes louanges à jamais,

Et l'extase perpétuelle et la science,

Et d'être en moi parmi l'aimable irradiancc

De tes souffrances, enfin miennes, que j'aimais !

— Ah ! Seigneur, qu'ai-je? Hélas ! me voici tout en larn D'une joie extraordinaire : votre voix Me fait comme du bien et du mal à la fois, Et le mal et le bien, tout a les mêmes charmes.

Je ris, je pleure, et c'est comme un appel aux armes D'un clairon pour des champs de bataille où, je vois Des anges bleus et blancs portés sur des pavois, Et ce clairon m'enlève en de fières alarmes.

J'ai l'extase et j'ai la terreur d'être choisi. Je suis indigne, mais je sais votre clémence, Ah ! quel effort, mais quelle ardeur ! Et me voici

Plein d'une humble prière, encor qu'un trouble imm en Brouille l'espoir que votre voix me révéla,

Et j'aspire en tremblant.

Pauvre ùme, c'est cela !

Désormais le Sage, puni

Pour avoir trop aimé les choses,

Rendu prudent à l'infini,

Mais franc de scrupules moroses,

Et d'ailleurs retournant au Dieu Qui fit les yeux et la lumière, L'honneur, la gloire, et tout le peu Qu'a son âme de candeur fière.

Le Sage peut dorénavant, Assister aux scènes du monde, Et suivre la chanson du vent, Et contempler la mer profonde.

Il ira, calme, et passera Dans la férocité des villes, Comme un mondain à T Opéra Qui sort blasé des danses viles.

Môino, — et pour tenir abaissé L orgueil, qui fit son ùme veuve, Il remontera le passé, Ce passé, comme un mauvais fleuve !

Il reverra l'herbe des bonis, Il entendra le flot qui pleure Sur le boidieur mort et les torts De cette date et de cette Injure !...

Il aimera les cicux, les champs, La bouté, l'ordre et riiarmouie, El sera doux, même aux méchants Afin que leur mort soit bénie.

Délicat et non exclusif, 11 sera du jour où nous sommes:

Son cœur, plutôt contemplatif.

Pourtant saura l'ccuvre des hommes.

Mais revenu des passions.

Un peu méfiant des c usages », A vos civilisations Préférera les paysages.

Du fond du grabat As-tu vu l'étoile Que l'hiver dévoile ?

Comme ton cœur bat, Comme cette idée, Regret ou désir, Ravage à plaisir Ta tête obsédée, Pauvre tête en feu, Pauvre cœur sans dieu, L'ortie et l'herbette Au bas du rempart D'où l'appel frais part D'une aigre trompette, Le vent du coteau, La Meuse, la goutte Qu'on boit sur la route A chaque écriteau,

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Les sèves (ju'on Iiuiiio, Les pipes (ju'on fume !

Un rôve de froid :

« Que c'est beau la neige

Et tout son eortt'»ge

Dans leur cadre étroit !

Oh ! tes blanis arcanes,

Nouvelle Archangcl,

Mirage éternel

De mes caravanes !

Oh ! ton chaste ciel

Nouvelle Archangel ! »

Cette ville sombre !

Tout est crainte ici

Le ciel est transi D'éclairer tant d'ombre. Les pas que tu fais Parnù ces bruyères Lèvent des poussières Au souffle mauvais...

Voyageur si triste, Tu suis quelle piste ?

C'est l'ivresse à mort, C'est la noire orgie, C'est l'amer effort De ton énergie

Vers l'oubli dolent De la voix intime, C'est le seuil du crime, C'est l'essor sanglant.

— Oh ! fuis la chimère :

Ta mère, ta mère I Quelle est cette voix , Qui ment et qui flatte !

« Ah ! la tôte plate, Vipère des bois ! »

Pardon et mystère.

Laisse ça dormir.

Qui peut, sans frémir.

Juger sur la terre ?

« Ah ! pourtant, pourtant, Ce monstre impudent ! »

La mer ! Puisse- t-elle Laver ta rancœur, La mer au grand cœur.

Ton aïeule, celle Qui chante en berçant Ton angoisse atroce, La mer, doux colosse Au sein innocent, Grondeuse infinie De ton ironie !

Tu vis sans savoir !

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