‹ Poésies religieusesChapitre 29 sur 38 · VÊPRES RUSTIQUES · texte numérisé non relu

VÊPRES RUSTIQUES

Le dernier coup de vêpres a sonné : l'on tinte. Entrons donc dans l'Église et couvrons-nous d'eau sain

Il y a peu de monde encore. Qu'il fait frais !

C'est bon par ces temps lourds, ça semble fait exprès.

On allume les six grands cierges, l'on apporte Le ciboire pour le Salut. Voici la porte

De la sacristie entr'ouverte et l'on voit bien S'habiller les enfants de chœur et le doyen.

Voici venir le court cortège et les deux chantres Tiennent de gros antiphonaires sur leurs ventres.

Une clochette retentit et le clergé S'agenouille devant l'autel, dûment rangé.

LlTUUaiLS INTIMES 227

Uni' prière est murmurée ii voix si basse

Ou'on entend comme un vol de bons anges qui i)a88e.

Le i)rôtre, se signant, adjure le Seigneur

Et les clercs, so signant, appellent le Seigneur.

Et chacun exaltant la Trinité, commence, Propliète-roi, David, ta psalmodie immense:

« Le Seigneur dit... » < Je vous louerai... » « Qu'licureuxlessair - Fils, louez le Seigneur... et, vibrant par essaims,

Les versets de ce chant militaire et mystique : Quand Israr-l sortit d'Kgypte... » Et la musi((ue

Du grêle liarmuniuni «.'l ilu vaste plaiii-chant ! L'Eglise s'est remplie. Il fait tirde. L'argent

Pour le culte et celui du denier de Saint-Pierre

Et des pauvres tombe à bruit doux dans Paumônière.

L'hymne propre et Magnificat aux flots d'encens! Tue langueur céleste envahit tous les sens.

Au court sermon qui suit sur un thcmc un i)curauce, On sonmole sans trop pourtant dirrévérencc.

Le soleil luit faisant un nimbe mordoré, Le vieux saint du village est tout transfiguré.

Çà sent bon. On dirait des fleurs très anciennes S'exhalant, lentes, dans le latin des antiennes.

Et le Salut ayant béni riiumblc troupeau Des fidèles, on rejoint meilleurs le bameau.

Le soir on soupe mieux et quand la nuit invite Au sommeil, on s'endort bien à Taise et plus vite.

Page 1