‹ Poésies religieusesChapitre 7 sur 38 · XVI II · texte numérisé non relu

XVI II

C'est la f(^te du blé, c'est ki f»Hc du pain Aux chers lieux d'autrefois revus après ces choses î Tout bruit, la nature et rhomme, dans un bain De lumière si blanc (juc les ombres sont roses.

F/or des pailles s'effondre au vol siflleur des faux Dont l'cclair plonge, et va luire, et se réverbère. La plaine, tout au loin couverte de travaux, Chan^'e de face à chaque instant, giùc et sévère.

Tout halète, tout n'est qu'effort et mouvement Sous le soleil tranquille, auteur des moissons mures, Et qui travaille encore inq)erturbablement A gonfler, à suiror h\-bas les grappes sures.

Travaille, vieux soleil, pour le pain et le vin, Nourris l'homme du lait de la terre, et lui donne L'honnête verre où rit un peu d'oubli divin. Moissonneurs, vendangeurs là-bas ! votre heure est bonne

Car sur la fleur des pains et sur la fleur des vins, Fruit de la force humaine en tous lieux répartie, Dieu moissonne, et vendange, et dispose h ses fins La Chair et le Sang pour le caUce et l'hostie î

I'UIi:UE l)V MATIN

() Seigneur, exaueez et dictez ma prière, V oiis la pleine Sagesse et la toute Bonté, Vous sans cesse anxieux de mon heure dernière, l't qui m'avez aimé de toute éternité.

Tar — ce bonheur terrible est tel, tel ce mystère Miséricordieux, que, cent fois médité, Toujours il confondit ma raison quil atterre, — Oui, vous m'avez aimé de toute éternité,

Oui, votre grand souci, c'est mon heure dernière, Vous la voulez heureuse et pour la faire ainsi, Dès avant l'univers, dès avant la lumière. Vous préparAtes tout, ayant ce grand souci.

Exaucez ma prière après l'avoir formée De j^ralitude immense etMes plus humbles vcrux, domine un poêle scande une ode bien- aimée, Comme une mère baise un fils sur les cheveux.

Donnez-moi de vous plaire, et puisque pour vous plaire Il me faut être heureux, d'abord dans la douleur Parmi les hommes durs sous une loi sévère. Puis dans le ciel tout près de vous sans plus de pleur,

Tout près de vous, le Père éternel, dans la joie Eternelle, ravi dans les splendeurs des saints, 0 donnez-moi la foi très forte, que je croie Devoir souffrir cent morts s'il plaît à vos desseins;

Et donnez- moi la foi très douce que j'estime N'avoir de haine juste et sainte que pour moi. Que jaune le pécheur en détestant son crime, Que surtout j'aime ceux de nous en cor sans foi ;

Et donnez-moi la foi très humble, que je pleure Sur l'impropriété de tant de maux soufferts, Sur l'inutilité des grâces et sur l'heure Lâchement gaspillée aux efforts que je perds ;

Et que votre Esprit Saint qui sait toute nuance Rende prudent mon zèle et sage mon ardeur : Donnez, juste Seigneur, avec la confiance, Donnez la méfiance à votre serviteur :

Que je ne sois jamais un objet de censure Dans l'action pieuse et le juste discours ; Enseignez-moi l'accent, montrez-moi la mesure ; D'un scandale, d'un seul, préservez mes entours ;

Faites que mon exemple amène à vous connuitrc Tous ceux que vous voudrez de tant de pauvres fous, Vos enfants sans leur Père, un étut sans le Maître, Kt que, si je suis bon, toute gloire aille à vous;

Et puis, et puis, quand tout des choses nécessaires, I/liommo, la [)atience et ce devoir dicté, Aura fructifié de mon mieux dans vos serres, Laissc/.-moi vous aimer en toute charité,

Laissez-moi, faites-moi de toutes mes faiblesses Aimer jus(iu'ù la mort votre perfection, Jusqu'à la mort des sens et de leur mille ivresses. Jusqu'à la mort du cœur, orgueil et passion,

Jusqu'à la mort du pauvre esi)rit lâche et rebelle Que votre volonté dès longtemi)S appelait Vers l'humilité sainte éternollement belle, Mais lui f;ardait son rêve iufernalement kiid,

Son gros rêve éveillé de lourdes rhétori(jues, Spéculation creuse et cidculs impuissants, Ronflant et s'étirant en phrases pléthoriques. Ah ! tuez mon esprit, et mon c(eur et mes sens !

Place h l'Ame qui croie, et qui sente et qui voie Que tout est vanité fors elle-même en Dieu ; Place à l'àme, Seigneur, marchant dans votre voie Et ne tendant qu'au ciel, seul espoir et seul lieu !

Et que cette àme soit la servante très douce Avant d'«Hre l'épouse au trône non pareil. Donnez-lui l'Oraison comme le lit de mousse Où ce petit oiseau se baigne de soleil,

La paisible oraison comme la fraîche établo Où cet agneau s'ébatte et broute dans les coins D'ombre et d'or quand sévit le midi redoutable Et que juin fait crier l'insecte dans les foins^

L'oraison bien en vous, fût-ce parmi la foule, Fût ce dans le tumulte et l'erreur des cités. Donnez-lui l'oraison qui sourde et d'où découle Un ruisseau toujours clair d'austères vérités :

La mort, le noir péché, la pénitence blanche, L'occasion à fuir et la grâce à guetter; Donnez-lui Toiaison d'en haut et d'où s'épanche Le fleuve amer et fort quil lui faut remonter :

Mortification spirituelle, épreuve Du feu par le désir et de l'eau par le pleur Sans fin d'être imparfaite et de se sentir veuve D'un amour que doit seule aviver la douleur,

Sécheresses ainsi que des trombes de sable En travers du torrent où luttent ses bras lourds. Un ciel de plomb fondu, la soif inapaisable Au milieu de cette eau qui l'assoiffé toujours,

Mais cclto eau-lii jaillit à la vie éternelle.

Et la vague bientcit porterait doucenient

L'Ame persévérante et son amour fidèle

Aux pieds de votre Amour fidèle, (^ Dieu clément !

La bonne mort i>oui' quoi Vous-Méme vous mourûtes

Me ressusciterait à votre éternité.

Piti<? pour ma faiblesse, assistez à mes luttes

VA bénissez l'effort de ma débilité !

Pitié, I)ieu pitoyable ! et m'aidez ti pjirfairc L'd'uvre de votre cœur adorable, en sauvant L'Ame que racbetaient les affres du Calvaire : Père, considérez le prix de votre enfant.

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