‹ Poésies religieusesChapitre 8 sur 38 · A EDMOND LEPELLETIER · texte numérisé non relu

A EDMOND LEPELLETIER

J'ai naguère habité le meilleur des châteaux

Dans le plus fin pays d'eau vive et de coteaux :

Quatre tours s'élevaient sur le front d'autant d'ailes,

Et j'ai longtemps, longtemps habité l'une d'elles.

Le mur, étant de brique extérieurement,

Luisait rouge au soleil de ce site dormant,

Mais un lait de chaux, clair comme une aube qui pleure.

Tendait légèrement la voûte intérieure.

0 diane des yeux qui vont parler au cœur,

0 réveil pour les sens éperdus de langueur,

Gloire des fronts d'aïeuls, orgueil jeune des branches,

Innocence et fierté des choses, couleurs blanches !

Parmi des escaliers en vrille, tout aciers

Et cuivres, luxes brefs encore émaciés,

Cette blancheur bleuâtre et si douce à m'en croire,

Que relevait un peu la longue plinthe noire,

AMOTTR

S'emplissait tout lo jour de silence et d'air pur

Pour qiio la nuit y vînt rôver de p:\le azur.

Une chambre bien close, une table, unc^chai-e,

Un lit strict où l'on pCil dormir juste à son aiso,

Du jour suffisamment et de l'espace assez,

Tel fut mon lot durant les lon^s mois \h passés,

Et je n'ai jamais plaint ni les mois ni l'csiiacc,

Ni lo reste, et du point de vue où je me place,

Maintenant que voici le monde de retour,

Ah ! vraiment, j'ai regret aux deux ans dans la tour!

Ciir c'était bien la paix réelle et respectable.

Ce lit dur, cette chaise unique et cette table,

La paix où l'on as])ire alors qu'on est bien soi,

Cette chambre aux murs blancs, ce rayon sobre et coi,

Qui glissait lentement en teintes apaisées,

Au lieu de ce grand jour diffus de vos croisées.

Car, i\ quoi bon le vain appareil et l'ennui

Du plaisir, h la fin, quand le malheur a lui,

(Et le nudheur est bien un trésor qu'on déterre)

Et pourquoi cet effroi de rester solitaire

Qui pique le troupeau des hommes d'à présent.

Comme si leur commerce était bien suffisant f

Questions! Donc j'étais heureux avec ma vie,

Reconnaissant de biens que nul, certes, n'envie.

(0 fraicheur de sentir ({u'on n'a pas de jaloux !

0 bonté d'être cru plus malheureux que tous !)

Je partageais les jours de cette solitude

Entre ces deux bienfaits, la prière et l'étude,

Que délaissait un ^u de travail manuel.

Ainsi les Saints! J'avais aussi ma pari de ciel, Surtout quand, revenant au jour, si proclie encore, Où j'étais ce mauvais sans plus qui s'édulcore En la luxure lâche aux farces sans pardon, Je pouvais supputer tout le prix de ce don : N'être plus là, parmi les choses de la foule, S'y dépensant, plutôt dupe, pierre qui roule, Mais de fait un complice à tous ces noirs péchés, N'être plus là, compter au rang des cœurs cachés, Des cœurs discrets que Dieu fait siens dans le silence, Sentir qu'on grandit bon et sage, et qu'on s'élance Du plus bas au plus haut en essors bien réglés, Humble, prudent, béni, la croissance des blés 1 — D'ailleurs, nuls soins gênants, nulle démarche à faire. Deux fois le jour ou trois, un serviteur sévère Apportait mes repas et repartait muet.

Nul bruit. Rien dans la tour jamais ne remuait Qu'une horloge au cœur clair quibattaitàcoupslarges. C'était la liberté (la seule !) sans ses charges, C'était la dignité dans la sécurité ! 0 lieu presque aussitôt regretté que quitté, Château, château magique où mon âme s'est faite, Frais séjour où se vint apaiser la tempête De ma raison allant à vau-l'eau dans mon sang, ChâteaU) château qui luis tout rouge et dors tout blanc, Comme un bon fruit de qui le goût est sur mes lèvres Et désaltère encore l'arrière-soif des fièvres, 0 sois béni, château d'où me voilà sorti Prêt à la vie, armé de douceur et nanti

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)e la Foi, pain et sel et manteau pour la roule îi déserte, si rude et si lon;^ue, sans doute, *ar huiucUc il faut tendre aux innueents sommets. ii soit aimé rAiTKuu de la Grâce, à jamais !

(Stickney, Angleterre.)

UN COxNTE

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