A J.-K. HUYSMANS
Simplement, comme on verse un parfum sur une flami Et comme un soldat répand son sang pour la patrie, Je voudrais pouvoir mettre mon cœur avec mon âme Dans un beau cantique à la sainte Vierge Marie.
Mais je suis, hélas ! un pauvre pécheur trop indigne, Ma voix hurlerait parmi le chœur des voix des justes : Ivre encore du vin amer de la terrestre vigne, Elle pourrait offenser des oreilles augustes.
Il faut un cœur pur comme l'eau qui jaillit des roches, Il faut qu'un enfant vêtu de lin soit notre emblème, Qu'un agneau bêlant n'éveille en nous aucuns reproches Que lïnnocence nous ceigne un brûlant diadème,
Il faut tout cela pour oser dire vos louanges, 0 vous Vierge Mère, ô vous Marie Immaculée, Vous, blanche à travers les battements d'ailes des anges, Qui posez vos pieds sur notre terre consolée.
)u moins je ferai savoir à qui voudra rontendrc Comment il advint qu'une àrae des plus ô^arées, iràce à ces regards clëiucnts de votre gloire tendre, levint au bercail des Innocences ignorées.
nnoconoe, (^ belle après ri-^norancc inouïe, •lau claire du c(L»ur après le feu vierge de l'ànie, *aui)ière de grâce sur la prunelle éblouie, )ésaUèrement du cerf rompu d'amour ([ui bi*ame I
]e fut un amant dans toute la force du terme : l avait connu toute la chair, infâme ou vierge, li la profondeur monstrueuse d'un «ipiderme, li le sang d'un cœur, cire vermeille pour son ciergo I
!îe fut un athée, et qui poussait loin sa logique fout en uK'prisant les fadaises qu'elle autorise, li comme un forçat qui remâche une vieille chique 1 aimait le jus flasque de la mécréanlise.
> fut un brulid, ce fut un ivrogne des rues, Ze fut un mari comme on en rencontre aux barrières ; îon que les amours premières fussent disparues, vfais cela n'excuse en rien l'excès de ses manières.
j^ lut, et quel préjudice ! un Parisien fade, v\nis savez, de ces provinciaux cent fois plus pires }ui prennent au sérieux la plus sotte cascade -^nîT^ s'apercevoir, 6 leur âme, que tu respires ;
Race de théâtre et de boutique dont les vices Eux-mêmes, avec leur odeur rance et renfermée, Lèveraient le cœur à des sauvages, leurs complices, Race de trottoir, race d'égout et de fumée !
Enfin un sot, un infatué de ce temps bête
(Dont l'esprit au fond consiste à boire de la bière;
Et par-dessus tout une folle tête inquiète,
Un cœur à tous vents, vraiment mais vilement sincère.
Mais sans doute, et moi j'inclinerais fort à le croire. Dans quelque coin bien discret et sûr de ce cœur même, Il avait gardé comme qui dirait la mémoire D'avoir été ces petits enfants que Jésus aime.
Avait-il , — et c'est vraimen t plus vrai que vraisemblable , Conservé dans le sanctuaire de sa cervelle Votre nom, Marie, et votre titre vénérable, Comme un mauvais prêtre ornerait encor sa chapelle?
Ou tout bonnement peut-être qu'il était encore, Malgré tout son vice et tout son crime et tout le reste, Cet homme très simple qu'au moins sa candeur décore En comparaison d'un monde autour que Dieu déteste.
Toujours est-il que ce grand pécheur eut des conduites Folles à ce point d'en devenir trop maladroites, Si bien que les tribunaux s'en mirent, — et les suites ! Et le voyez-vous dans la plus étroite des boîtes ?
Cellules ! Prisons humanitaires! il faut taire Votre horreur fadasse et ce progrès d'hypocrisie... Puis il s'attendrit, il réfléchit. Par quel mystère, 0 Marie, ô vous, de toute éternité choisie ?
Puis il se tourna vrrs votre Fils et vers Sa mère. Oqu'ilfutheureux,maislàpromplement. ti)utdesuite ! Que de larmes, quelle joie, ù Mère ! et pour vous plaire, Tout do suite aussi le voilà qui hien vite (piitlc
Tout cet ap[)areil d'orgueil et de pauvres malices, Ce qu'on nomme csi)iit et ce ([u'on nouime la Science, Et les rires et les sourires où tu te plisses, ri'''vre des petits e.xégètes de l'incroyance !
Et le voilà qui s'agenouille et, hien humhle, égrène Entre ses doigts fiers les grains enflammés du Rosaire, Imi^litrant de Vous, la Mère, et la Sainte, et la Reine, L'affranchissement d'élre ce charnel, ù misère !
0 qu'il voudrait hien ne plus savoir plus rien du monde Qu'adonT ohscurément la mysti(|ue sagesse, Qu'aimer le cunir de .î(\sus ilans l'cwtase profonde ,Dc penser à vous eu même temps pemlant la Messe.
'0 faites cela, faites cette grâce à cette j\me, > vous, vierge Mère. 6 vous Marie Immaculée. Toute en argent parmi l'argent de réi)ilhalame. ,Jui posez vos pieds sur notre terre consolée, ! 6
BOURNEMOUTII