LE CHATEAU DU SOUVENIR I
Daphné, les hanches dans l'écorce, Étend toujours ses doigts touffus, Mais aux bras du Dieu qui la force Elle s'éteint, spectre confus;
Apollon, chez Admète, garde Un troupeau, des mites atteint; Les neuf Muses, troupe hagarde, Pleurent sur un Pinde déteint;
Et la Solitude en chemise Trace au doigt le mot Abandon Dans la poudre qu'elle tamise Sur le marbre du guéridon.
Je retrouve au long des tentures, Comme des hôtes endormis, Pastels blafards, sombres peintures.
Jeunes beautés et vieux amis.
Ma main tremblante enlève un crêpe.
Et je vois mon défunt amour, Jupons bouffants, taille de guêpe, La Cidalise en Pompadour 1
Un bouton de rose s'entr'ouvre A son corset enrubanné.
Dont la dentelle à demi couvre Un sein neigeux d'azur veiné.
Ses yeux ont de moites paillettes, Comme aux feuilles que le froid mord : La pourpre monte à ses pommettes, Éclat trompeur, fard de la mort 1
Elle tressaille à mon approche, Et son regard, triste et charmant.
Sur le mien, d'un air de reproche, Se fixe douloureusement.
Bien que la vie au loin m'emporte, Ton nom dans mon cœur est marqué, Fleur de pastel, gentille morte.
Ombre en habit de bal masqué !
La nature, de l'art jalouse.
Voulant dépasser Murillo, A Paris créa l'Andalouse Qui rit dans le second tableau.
Par un caprice poétique, Notre climat brumeux para D'une grâce au charme exotique Cette autre Petra Camara :
De chaudes teintes orangées Dorent sa joue au fard vermeil ; Ses paupières de jais frangées Filtrent des rayons de soleil ;
Entre ses lèvres d'écarlate Scintille un éclair argenté.
Et sa beauté splendide éclate Comme une grenade en été.
Au son des guitares d'Espagne Ma voix longtemps la célébra.
Elle vint un jour, sans compagne, Et ma chambre fut l'Alhambra.