AU PUBLIC
Fais ton rôle à ton tour.
Public, pardonne-nous..., sois oncle... pour un jour, Accorde tes bravos à cette comédie ; En tout temps et partout elle fut applaudie : C'est l'oncle et le valet, la pupille et l'amant ; Le sujet qui fera rire éternellement !
Oiseaux de gai babil et de brillant plumage.
Nous différons des geais et des merles en cage. Les auteurs font pour nous de la prose et des vers ; Mais sans être siffles nous apprenons nos airs. Bien que nous n'ayons point pris le nom de Molière, Ne va pas nous traiter de façon cavalière : Tu nous connais déjà, nous sommes vieux amis, Et tu peux nous claquer sans être compromis.
ARLEQUINADE EN UN ACTE (en collaboration avec m. PAUL siraudin)
Représenic'e pour la première fois, sur le théâtre du Vaudeville, le 4 octobre jS^y ; reprise, sur le même théâtre, le 50 août 1S64.
TE'KSO'hL'M^^GES
ARLEQUIN. MM. Thtard. MM. Grivot.
PIERROT. Bâche. Saint-Germain.
LE DOCTEUR. Amant. Ricquier.
GO LO M BINE. M"": Doche. M"' Bianca.
Le théâtre représente une rue. — Au fond, en face du public, la maison d'Arlequin ; à droite, celle du docteur ; à gauche, celle de Colombine.
TIE%,%OT TOSTHUME
SCE-lsiE T%EMIÈ%E
ARLEaUIN, COLOMBINE.
ARLEQUIN
Colombine, un mot I
COLOMBINE
Non!
ARLEQUIN
Demeurez.
COLOMBINE
Point.
A RLEQUIN.
De grâce I J'ai là certain cadeau qu'il faut que je vous fasse.
COLOMBINE
Un cadeau? Je m'arrête. — Est-ce une chaîne d'or? Une bague ? une montre ? Y suis-je ?
ARLEQUIN
Pas encor.
COLOMBINE
Une pièce bien lourde en bonne argenterie ? Un nœud de diamants ?
ARLEQUIN
Fi ! ma galanterie Ne s'en va pas donner dans ces luxes grossiers, Bon pour les parvenus et pour les financiers ! Je me garderais bien d'humilier les femmes Par l'insultant excès de ces présents infâmes ; Car dans tous les pays, chez les plus gens de goût. On dit qu'en ces régals c'est le choix qui fait tout.
COLOMBINE
Vous me faites languir; dépêchez, voyons ! qu'est-ce?
ARLEQUIN
Regardez, s'il vous plaît, cette petite caisse.
COLOMBINE
Cette caisse ?
ARLEQUIN
Oui.
COLOMBINE
Grands dieux 1 que vois-je? une souris ! Certes, le don est rare et d'un mer\'eilleux prix 1
ARLEQUIN
Très rare; une souris plus blanche qu'une hermine, Gaie, alerte, l'œil vif comme une Colombine : La femme est une chatte, et sa griffe nous tient ; Une souris est donc un présent qui convient.
COLOMBINE
Un écrin me plaît mieux que trente souricières ;
Je vous en avertis, ce sont là des manières
A ne réussir point près des cœurs délicats.
Et vous vous brouillerez avec messieurs les chats.
ARLEQUIN
Cette pauvre souris, tournant dans cette boîte.
Représente mon âme allant à gauche, à droite,
S'agitant sans repos dans la captivité
Où depuis si longtemps la tient votre beauté;
C'est mon cœur : prenez-le, Colombine fantasque.
Car je pâlis d'amour sous le noir de mon masque.
Je maigris, desséché par le feu des désirs.
Et les moulins à vent tournent à mes soupirs.
COLOMBINE
Arlequin, quoi 1 c'est vous qui tenez ce langage ? A ma pudicité cessez de faire outrage ! Renfoncez vos soupirs, n'ajoutez pas un mot. Et respectez en moi la femme de Pierrot !
ARLEQUIN
Mais Pierrot, délaissant les rives de la Seine, Dont l'habitation lui devenait malsaine, A fait rencontre, en mer, de pirates d'Alger, Et vu d'un noeud coulant son destin s'abréger. Ne pouvant pas payer de rançon aux corsaires, Il trouva la potence en fuyant les galères.
COLOMBINE
En ce bas monde, hélas ! nul n'évite son sort !
ARLEQUIN
Donc je puis vous aimer, car la femme d'un mort En tout pays du monde a qualité de veuve.
COLOMBINE
Du trépas de Pierrot nous n'avons pas la preuve ; S'il allait reparaître, ainsi qu'un chien perdu ! S'il n'avait pas été suffisamment pendu 1
ARLEQUIN
Bah ! rien n'est plus certain : son extrait mortuaire Sur le premier feuillet de tout dictionnaire Se voit lisiblement écrit ou parafé Au-dessous d'un pierrot au gibet agrafé.
COLOMBINE
Ce sont titres fort bons qu'on ne saurait produire Quand devant le notaire il me faudra conduire ; Car je pense, Arlequin, pour l'honneur de vos vœux, Qu'ils tendent à serrer le plus sacré des nœuds. Par un certificat, en forme légitime.
Démontrez-moi qu'on peut les accueillir sans crime,
PIERKOT POSTHUME 351
Je VOUS accorderai très volontiers ma main; Mais, jusque-là, néant!... je passe mon chemin.