‹ Poésies (volume 3)Chapitre 128 sur 140 · QUI SERA ROI · texte numérisé non relu

QUI SERA ROI

Mon ombre, comme un grand nuage, Obscurcit l'horizon vermeil.

Je cause avec l'étoile bleue Et la comète à pale queue ; Dans la lune je fais mon nid ; Je perche sur l'arc d'une sphère; D'un coup de mon aile légère Je fais le tour de l'infini.

l' H OMM i;

Léviathan, je vais, malgré les deux cascades

Qui de tes noirs évents jaillissent en arcades,

La mer qui se soulève à tes reniflements,

Et les glaces du pôle et tous les éléments,

Monté sur une barque entr'ouverte et disjointe,

T'enfoncer dans le flanc une mortelle pointe;

Car il faut un peu d'huile à ma lampe le soir,

Quand le soleil s'éteint et qu'on n'y peut plus voir.

Béhémoth, à genoux 1 que je pose la charge

Sur ta croupe arrondie et ton épaule large I

Je ne suis pas ému de ton énormité ;

Je ferai de tes dents quelque hochet sculpté,

Et je te couperai tes immenses oreilles.

Avec leurs plis pendants, à des drapeaux pareilles.

Pour en orner ma toque et gonfler mon chevet.

Oiseau Rock, prête-moi ta plume et ton duvet.

Mon plomb saura t'atteindre, et, l'aile fracassée,

Sans pouvoir achever la courbe commencée,

Des sommités du ciel, à mes pieds, sur le roc.

Tu tomberas tout droit, orgueilleux oiseau Rock!

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COMTE-l^S^TIO'K

IL liait sous le soleil de nobles créatures Unissant ici-bas tout ce qu'on peut rêver. Corps de fer, cœur de flamme, admirables natures.

Dieu semble les produire afin de se prouver; Il prend, pour les pétrir, une argile plus douce, Et souvent passe un siècle à les parachever.

Il met, comme un sculpteur, l'empreinte de son pouce Sur leurs fronts rayonnant de la gloire des cieux, Et l'ardente auréole en gerbe d'or y pousse.

Ces hommes-là s'en vont, calmes et radieux, Sans quitter un instant leur pose solennelle. Avec l'œil immobile et le maintien des dieux.

Leur moindre fantaisie est une œuvre éternelle ; Tout cède devant eux ; les sables inconstants Gardent leurs pas empreints, comme un airain fidèle.

Ne leur donnez qu'un jour ou donnez-leur cent ans. L'orage ou le repos, la palette ou le glaive : Ils mèneront à bout leurs destins éclatants.

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