COMPENSATION
Leur existence étrange est le réel du rêve:
Ils exécuteront votre plan idéal,
Comme un maître savant le croquis d'un élève;
Vos désirs inconnus, sous l'arceau triomphal Dont votre esprit en songe arrondissait la voûte, Passent assis en croupe au dos de leur cheval ;
D'un pied sûr, jusqu'au bout ils ont suivi la route Où, dès les premiers pas, vous vous êtes assis N'osant prendre une branche au carrefour du doute.
De ceux-là chaque peuple en compte cinq ou six. Cinq ou six tout au plus, dans les siècles prospères, Types toujours vivants dont on fait des récits.
Nature avare, ô toi, si féconde en vipères.
En serpents, en crapauds tout gonflés de venins,
Si prompte à repeupler tes immondes repaires,
Pour tant d'animaux vils, d'idiots et de nains, Pour tant d'avortements et d'œuvres imparfaites. Tant de monstres impurs échappés de tes mains.
Nature, tu nous dois encor bien des poètes)
CHl'K.OISETi.IE
CE n'est pas vous, non, madame, que j'aime, Ni VOUS non plus, Juliette, ni vous, Ophélia, ni Béatrix, ni même Laure la blonde, avec ses grands j-eux doux.
Celle que j'aime, à présent, est en Chine; Elle demeure avec ses vieux parents, Dans une tour de porcelaine fine, Au fleuve jaune, où sont les cormorans ;
Elle a des yeux retroussés vers les tempes, Un pied petit à tenir dans la main, Le teint plus clair que le cuivre des lampes. Les ongles longs et rougis de carmin;
Par son treillis elle passe sa tête, Que l'hirondelle, en volant, vient toucher, Et, chaque soir, aussi bien qu'un poète. Chante le saule et la fleur du pêcher.