A MON AMI EUGÈNE DE N
Puis je te décrirai ce tableau de Rembrandt
dui me foit tant plaisir; et mon chat Childebrand
Sur mes genoux posé selon son habitude,
Levant vers moi la tête avec inquiétude,
Suivra les mouvements de mon doigt, qui dans l'.iir
Esquisse mon récit pour le rendre plus clair.
Et nous aurons encor mille choses à dire
Lorsque tout sera dit : projets riants, délire
De jeunesse, que sais-je ? un souvenir d'hier,
Le présent, l'avenir, mes chants, dont je suis fier
Comme des plus beaux chants, et ces vagues ébauches
De poèmes à faire, incomplètes et gauches,
Où les regards amis un instant arrêtés
Cherchent à pressentir de futures beautés,
Et ces légers dessins où je tâche de rendre
Ce que je ne saurais faire assez bien comprendre
Par mes vers; mais alors, Eugène, il sera tard,
Et je ne pourrai plus reculer ton départ.
LE J^XTII'H. T>ES TL^'MTES
L'homme propose et Dieu dispose.
J'ÉTAIS parti, voyant le ciel limpide et clair Et les chemins séchés, afin de prendre l'air, D'ouïr le vent qui pleure aux branches du mélèze, Et de mieux travailler : car on est plus à l'aise, Pour méditer le plan d'un drame projeté. Refondre un vers pesant et sans grâce jeté. Ou d'une rime faible, à sa sœur mal unie, Par un son plus exact réparer l'harmonie, Sous les arbres touffus inclinés en arceaux Du labyrinthe vert, quand des milliers d'oiseaux Chantent auprès de vous, et que la brise joue Dans vos cheveux épars et baise votre joue, Qu'on ne l'est dans sa chambre un bureau devant soi, S'étant fait d'y rester une pénible loi. Et, comme un ouvrier que son devoir attache, De ne pas s'arrêter qu'on n'ait fini sa tâche, Remis le tout au net, et bien dûment serré L'œuvre dans un tiroir aux profanes sacré ; Et je m'étais promis de rapporter la feuille Où, du crayon aidé, mon doigt fixe et recueille Mes pensers vagabonds, pleine jusques aux bords De vers harmouieux, poétiques trésors.