UN DOUZAIN DE SONNETS
SO'N.'K.ET-'DE'DIC^iCE
Au X temps païens, toujours devant les temples fume L'hécatombe, des dieux apaisant le courroux. Vénus veut cent ramiers ; Jupiter, cent bœufs roux. Pour ma déesse, moi, je n'ai rien qu'une plume!
Et j'ose dans l'azur, dont l'encens i;iit la brume Chez les Olympiens, m'élever jusqu'à vous, Et sur le blanc autel de vos divins genoux Déposer en tremblant l'ex-voto d'un volume.
Votre nom tutélaire au frontispice luit, Chaque sonnet l'enchaîne au sonnet qui le suit; Tel un bracelet d'or dont l'agrafe est fermée.
Par vos perfections mes défauts sont couverts. Et sur votre portrait, s'enchâssant en camée, Rayonne la beauté qui manque dans mes vers !
24 avril 1869.
254 POESIES Nou vr.Li.r.s
SONNET
S^CILLE CHEacm.S, VK. SEUL TUT
HÔTE pour quelques jours tic votre beau domaine, Voyant le gai soleil qui dore le matin Et perce d'un rayon les feuilles de satin, Je descends dans le parc et tout seul m'y promène.
On pense aller bien loin, mais tout sentier ramène, Quand il vous a montré le village lointain, A travers prés et bois, par un contour certain, Au portique où César a mis l'aigle romaine,
A la blanche villa, votre temple d'été.
Où, lasse du fardeau de la divinité.
Vous daignez n'être plus que la bonne princesse;
Ainsi fait mon esprit, trompé dans ses détours: Il croit poursuivre un rêve interrompu sans cesse. Et devant votre image il se trouve toujours 1
Saint-Gratien.
NE TOUCHEZ PAS AUX iM ARBRES 255
SONNET JI
%,£ TOUCHEZ -T^S ^iUX V>C ^iTl^BT^ES
IL se peut qu'au Musée on aime une statue, Un secret idéal par Phidias sculpté:
Entre elle et vous il naît comme une intimité ; Vous venez, la déesse à vous voir s'habitue.
Elle est là, devant vous, de sa blancheur vêtue,
Et parfois on oublie, admirant sa beauté,
La neigeuse froideur de la divinité
Quj, de son regard blanc, trouble, fascine et tue.
Elle a semblé sourire, et, plus audacieux.
On se dit : « L'Immortelle est peut-être une femme ! «
Et vers la main de marbre on tend sa main de flamme.
Le marbre a tressailli, la foudre gronde aux cieux!... Vénus est indulgente, elle comprend, en somme, Que le désir d'un Dieu s'allume au cœur d'un homme !
4 avril 1867.
SONNET m
'B^isn'K. %osi;, njiiSE'R, theu
A table, l'autre jour, un reseau Je guipure, Comme un filet d'argent sur un marbre jeté, De votre sein voilant à demi la beauté, Montrait, sous sa blancheur, une blancheur jilus pure.
Vous trôniez parmi nous, radieuse figure, Et le baiser du soir, d'un faible azur teinté, Comme au contour d'un fruit la fleur du velouté. Glissait sur votre épaule, en mince découpure. .
Mais la lampe allumée et se mêlant au jeu
Posait un baiser rose auprès du baiser bleu ;
Tel brille au clair de lune un feu dans de l'albâtre.
A ce charmant tableau, je me disais, rêveur.
Jaloux du reflet rose et du reflet bleuâtre :
(( O trop heureux reflets, s'ils savaient leur bonheur ! »
Saiiu-Gratien, 25 juillet 1867.
LA VRAIE ESTHETIQUE 2)7
SONNET IV
Loi V%^iIE ESTHÉTKJV E
ous causions sur le Beau, lui savant, moi poète; Au galbe de l'aniphore il prêterait le vin, 11 appelait le style un grelot creux et vain. Ht la rime, un écho dont le sens s'inquiète.
Je répondais : « La forme aux yeux donne une fête! Qu'il soit plein de falerne ou d'eau prise au ravin. Qu'importe ! si le verre a le profil divin ! Le parfum envolé, reste la cassolette. »
Vous écoutiez, rêveuse, et mon œil, voyageant Pendant que je cherchais un argument quelconque. Suivait, sur les coussins, vos beaux pieds s'allongeant.
Tels les pieds de Vénus au rebord de sa conque ;
Une écume de plis caressait leur contour
Et semblait murmurer : « Le vrai beau, c'est l'amour ! d
Paris.