‹ PoésiesChapitre 31 sur 145 · DEPART · texte numérisé non relu

DEPART

Suspend s;i toile ronde, et la maison déserte Semble n'avoir plus d'âme et pleurer votre perte, Et le chien qui s'ennuie et voudrait vous revoir Au détour du chemin va hurler chaque soir.

LE TI'hL T)ES L^lsLT)ES

\ lie voit en passant par les Landes désertes, Vrai Sahara français, poudré de sable blanc, Surgir de l'herbe sèche et des flaques d'eaux vertes D'autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc;

Car, pour lui dérober ses larmes de résine, L'homme, avare bourreau de la création.

Qui ne vit qu'aux dépens de ceux qu'il assassine, Dans son tronc douloureux ouvre un lar<:;e sillon !

Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte. Le pin verse son baume et sa sève qui bout. Et se tient toujours droit sur le bord de la route. Comme un soldat blessé qui veut mourir debout.

Le poète est ainsi dans les Landes du monde : Lorsqu'il est sans blessure, il garde son trésor. Il faut qu'il ait au cœur une entaille profonde Pour épancher ses vers, divines larmes d'or!

l'horloge 95

L'HOTILOGE

Vulneran: omnes, ultim.i necat.

LA voiture fit balte à l'église d'Urrugnc, Nom rauque, dont le son à la rime répugne. Mais qui n'en est pas moins un village charmant, Sur un sol montueux perché bizarrement.

C'est un bâtiment pauvre, en grosses pierres grises, Sans archanges sculptés, sans nervures ni frises, Qui n'a pour ornement que le fer de sa croix, Une horloge rustique et son cadran de bois Dont les chiffres romains, épongés par la pluie, Ont coulé sur le fond que nul pinceau n'essuie. Mais sur l'humble cadran regardé par hasard, Comme les mots de flamme aux murs de Balthazar, Comme l'inscription de la porte maudite. En caractères noirs une phrase est écrite. Quatre mots solennels, quatre mots de latin. Où tout homme en passant peut lire son destin : « Chaque heure fait sa plaie, et la dernière achève ! »

Oui, c'est bien vrai, la vie est un combat sans trêve. Un combat inégal contre un lutteur caché Qui d'aucun de nos coups ne peut être touché;

1:1 li.ius nos cœurs criblijs, coinnic dans une cible, Tremblent les traits lancés par l'archer invisible. Nous sommes condamnés, nous devons tous périr; Naître, c'est seulement commencer à mourir, Et l'enfant, hier cncor chérubin chez les anges, . Par le ver du linceul est piqué sous ses langes. Le disque de l'horloge est le champ du combat. Où la Mort de sa faux par milliers nous abat; La Mort, rude jouteur qui sufht pour défendre L'éternité de Dieu, qu'on voudrait bien lui prendre. Sur le grand cheval pâle, entrevu par saint Jean, Les Heures, sans repos, parcourent le cadran; Comme ces inconnus des chants du moyen-âge, Leurs casques sont fermés sur leur sombre visage, Et leurs armes d'acier deviennent tour à tour Noires comme la nuit, blanches comme le jour. Chaque sœur à l'appel de la cloche s'élance. Prend aussitôt l'aiguille ouvrée en fer de lance, Et toutes, sans pitié, nous piquent en passant, Pour nous tirer du cœur une perle de sang, Jusqu'au jour d'épouvante où parait la dernière Avec le sablier et la noire bannière; Celle qu'on n'attend pas, celle qui vient toujours. Et, qui se met en marche au premier de nos jours 1 Elle va droit à vous, et, d'une main Jrop sûre, Vous porte dans le flanc la suprême blessure, Et remonte à cheval, après avoir jeté Le cadavre au néant, l'âme à l'éternité !

Urrugne, 1841.

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