A MADRID
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AXS le boudoir ambré d'une jeune marquise, Grande d'Espagne, belle, et d'une grâce exquise, Au milieu de la table, à la place des fleurs, Frais groupe mariant et parfums et couleurs, Grimaçait sur un plat une tête coupée.
Sculptée en bois et peinte, et dans le sang trempée, Le front humide encor des suprêmes sueurs, L'œil vitreux et blanchi de ces pâles lueurs Dont la lampe de l'ame en s'éteignant scintille; Chef-d'œuvre affreux, signé Montanès de Séville, D'une vérité telle et d'un si tin travail, Qu'un bourreau n'aurait su reprendre un seul détail.
La marquise disait : — « Voyez donc quel artiste ! Nul sculpteur n'a jamais fait les Saint Jean-Baptiste Et rendu les effets du damas sur un col Comme ce Sévillan, Michel-Ange espagnol 1 Q.uelle imitation dans ces veines tranchées. Où le sang perle encore en gouttes mal séchées! Et comme dans la bouche on sent le dernier cri Sous le fer jaillissant de ce gosier tari 1 «
1:11 me disant cela d'une voix claire et douce, Sur l'atroce sculpture elle passait son pouce, Coquette, souriant d'un sourire cliarmant, L'œil luiniide et lustré comme pour un amant.
MadriJ, 18.13.
SEGUIDILLE IIJ
SEGUIT)ILLE
UN jupon serré sur les hanches, Un peigne énorme à son chignon.
Jambe nerveuse et pied mignon, Œil de feu, teint pâle et dents blanches : Alza! olà!
Voilà La véritable Manola.
Gestes hardis, libre parole, Sel et piment à pleine main, Oubli parfait du lendemain.
Amour fantasque et grâce folle: Alza ! olà !
Voilà La véritable Manola.
Chanter, danser aux castagnettes, Et, dans les courses de taureaux, Juger les coups des toreros.
Tout en fumant des cigarettes:
Alza! olà!
Voilà La véritable Manola.