U SI' AN A
Là, pas d'oiseau chanteur, ni d'abeille en voya}i;c, Pas de ramier plaintif déplorant son veuvage; Mais bien quelque vautour, quelque aif:;le niontafiuard, Sur le disque enllamnié fixant son œil hagard, Et qui, du haut du pic où son pied prend racine. Dans l'or fauve du soir durement se dessine. Tel était le rocher que Moïse, au désert. Toucha de sa baguette, et dont le flanc ouvert. Tressaillant tout à coup, fit jaillir en arcade Sur les lèvres du peuple une fraîche cascade. Ah! s'il venait à moi, dans mon aridité. Quelque reine des cœurs, quelque divinité, Une magicienne, un Moïse femelle, Traînant dans le désert les peuples après elle, Qiii frappât le rocher dans mon cœur endurci I Comme de l'autre roche, on en verrait aussi Sortir en jets d'argent des eaux étincelantes, Où viendraient s'abreuver les racines des plantes; Où les p.àtres errants conduiraient leurs troupeaux Pour se coucher à. l'ombre et prendre le repos; Où, comme en un vivier, les cigognes fidèles Plongeraient leurs grands becs et laveraient leurs ailes.
l..\ Gu.irdia.
STANCES 12
ST^i'K.CnS
A IN TENANT, — dims hi pLiiiic OU bicii dans la montagne, Chêne ou sapin, un arbre est en train de pousser, En France, en Amérique, en Turquie, en Espagne, Un arbre sous lequel un jour je puis passer.
Maintenant, — sur le seuil d'une pauvre chaumière, Une femme, du pied agitant un berceau, Sans se douter qu'elle est la parque filandière. Allonge entre ses doigts l'étoupe d'un fuseau.
Maintenant, — loin du ciel à la splendeur divine. Comme une taupe aveugle en son étroit couloir. Pour arracher le fer au ventre de la mine, Sous le sol des vivants plonge un travailleur noir.
Maintenant, — dans un coin du monde que j'ignore. Il existe une place où le gazon fleurit. Où le soleil joyeux boit les pleurs de l'aurore, Où l'abeille bourdonne, où l'oiseau chante et rit.
Cet arbre qui soutient tant de uiJs sur ses branches, Cet arbre épais et vert, frais et riant à l'œil, Dans son tronc renversé l'on taillera des plaiiclies. Les planches dont un jour on fera mon cercueil !
Cette étoupe qu'on lile et qui, tissée eu toile, Donne une aile au vaisseau dans le port engourdi, A l'orgie une nappe, à la pudeur un voile. Linceul, revêtira mon cadavre verdi !
Ce fer que le mineur cherche au fond de la terre Aux brumeuses clartés de son pâle fanal, Hélas ! le forgeron quelque jour en doit faire Le clou qui fermera le couvercle fatal !
A cette même place où mille fois peut-être J'allai m'asseoir, le cœur plein de rêves charmants, S'entr'ouvrira le gouffre où je dois disparaître, Pour descendre au séjour des épouvantements I
Manche, 1843.