‹ Poète tragiqueChapitre 17 sur 43 · VAINQUEUR DU TEMPS · texte numérisé non relu

VAINQUEUR DU TEMPS

Ne viendras tu jamais purger du dragon la ville investie, qui chaque soir se retrouve si inquiète et si triste, bon chevalier de la fée Poésie? Arrive, bel archange.

Les deux illusions du temps et de l'espace sont fonction l'une de l'autre. Le temps est de l'espace en mouvement, et le trait du mouvement sur le tissu de l'espace, tissu élastique.

Dans la passion, le temps est aboli. Le plan de la

profondeur est alors réalisé par la conscience. Rien ne court plus en surface. Tout est volume. Tout est présent. Dans la passion, Thomme est pareil au dieu des théologiens.

Telle est la grandeur de la passion et la puissance de cet état. Qui a passé par là et n'y est plus, y rêve comme au paradis perdu. Et qui fut dans cet Eden, ne vit que pour y être.

La règle des vingt-quatre heures est bien belle, qui ramasse tout le drame en une journée seule. Mais la règle qui met toute une vie dans le seul moment où on la voit qui se déroule, est miraculeuse. L'esprit joue avec le temps et n*est plus joué par lui.

Les deux illusions du temps et de Tespace, fonctions Tune de Tautre, le sont ensemble de Tillusion suprême, qui est le lieu de la conscience, l'illusion du moi vivant, celui qui croit être et qui pense. Or, la pensée dissipe et résorbe à mesure tout ce qu'elle a fait naître. La mathématique anéantit l'espace et le temps : elle les exténue, parce qu ils sont une limite l'un à l'autre, et que les symboles finissent par être la seule réalité pour l'esprit : les symboles intègrent tout l'éphémère et toutes les apparences. Voilà comment la mathématique est si vaine et SI puissante : elle invente l'univers à mesure, à proportion qu'elle l'explique ; elle crée l'objet qu'elle nombre, et dont elle donne l'explication. Quoi qu'elle fasse, la physique s'y modèle et y a son terme. Euclide va paraître ingénu et comme un enfant, mesurant le monde avec ses doigts ; et la simplicité de Newton, un jour, ne semblera pas moins naïve que celle d'Euclide.

loi

La poésie est la mathématique de l'imagination et du sentiment. Quand ces augures nous parlent de la vérité, ils méritent bien qu'on leur rie au nez : laquelle? la leur? ou celle du poète? Le plus souvent, elle n'est pour eux qu'une erreur, comme les idées de Galilée pour le Saint Office.

Toutes les quantités et toutes les apparences sont des variables. Le réel n'est fait que de différentielles. A cause du temps, il n'y a point de constantes. Il n'est pas de substance, à cause de l'espace. La vérité n'est aussi qu'un système de variables. Pour intégrer, il faut toujours un poème. L'esprit ne saisit que l'esprit. A la limite, tout est esprit et rien n'est qu'esprit. Le temps et l'espace se confondent. La simultanéité seule les compose pour la pensée. Simul est similey l'égal est le semblable. Passe, mathématicien du rêve ; passe, poète, vainqueur du temps.

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