LA VIE EST LE POÈME DE LA NATURE
O NATURE, tu es la créatrice absolue. Tu es toute ïillusiony et ce que tu es, rien ne peut rêtre davantage.
Tu es le plus et le moins, la racine et le lignage. Notre rêve est encore le rêve de la nature dans un esprit.
Tu es le commencement, o sereine, o divine; Et tu es la fin, hélas : car toi aussi tu dois avoir une fin, origine des origines.
Tu es tout et tu es seule ; et rien nest que par toi. Tu es la source et tous les fleuves ; et le fleuve des fleuves, où ils vont tous, la mer cest toi.
Fût-ce de rien, tu es la sphère, comme la nébuleuse.
Tu nas point conscience, sinon celle que Vhomme
prend de toi, et que tu veux quil ait pour te connaître.
Tu es la mère qui enfante sans cesse et qui dévore ses
enfants, pour nourrir son insatiable faim d'enfanter encore
une fois, et d'enfanter toujours et d'enfanter encore.
Le monde est à toi, nature, ce quà V artiste est Y œuvre.
En toutes formes ta matrice est féconde, et même elle est la forme.
Ce qui naît de toi et qui te passe est toi plus que toi-même,
Et Vart même est nature,
Une nature plus belle qui ne se connaissait point, et que son bel amour révèle à soi.
Profonde, il faut {écouter et {entendre.
Et {on na rien saisi quà la mesure où {on {entend:
La pensée est ta musique souveraine ;
La poésie est ton sourire et ton harmonie.
Et si ta voix est le mirage sonore du désert infini,
Qu importe, pourvu que tu chantes et que ton fils
{entende'?
Mère, ta mélodie est {ivresse de {être comme le chant
du vide.
Je {appelle, je {adore et te nomme ;
Et te nommant, je ne dis rien de toi que ton nom seul
ne {ait infiniment mieux dit.
0 mystère, quelle nature nous enveloppe,
E^ Sinon une nature dans {amour, et par {amour sauvée
peut être de la mort?
Cette Créatrice est un dieu en croix
Et qui doit mourir aussi pour s accomplir :
Dans une œuvre parfaite elle cherche un repos sublime.
Tu nés ni bonne, ni mauvaise :
La meilleure et la pire, tu nés que ce qui est,
Tu es le bon du bon, tu es le mal du mal, et le bon du mal et le mal du bon. Tu es ce qui est.
Tout vient de toi pour être toi même plus que toi. Tu es ce qui est.
Tout est en toi, tout rentre en toi, même ce qui est contre la nature. Tu es ce qui est.
0 Mélodie, et voilà donc en quoi l'esprit accomplit la nature !
Toute morale est ici et le droit du droit.
Soit donc le salut ce quil peut !
0 force, sauve-nous ! vérité, sauve tes enfants I
La contemplation énergique du sage,
La raison du savant qui calcule le monde ;
Ou le jeu ingénu des enfants qui V ignore ;
Ou le rêve de V artiste, cette prunelle de ton œil, o nature.
Pour te sauver de toi et te sauver toi-même.
Il nest et ne fut jamais quune voie :
Il faut que le salut se fasse selon toi.
Sachons que nous rêvons, mais faisons un beau rêve.
Sans croire à la réalité de rien.
Croyons du moins à la sainte beauté,
A la réalité très sainte du poème :
La vie peut être enfin divine et toute belle.
Si elle est le plus beau songe de la nature.
Que la nature fait en nous, par Vamour enfanté.