‹ Poète tragiqueChapitre 9 sur 43 · ANTOINE ET CLÉOPATRE · texte numérisé non relu

ANTOINE ET CLÉOPATRE

DRAME SUBLIME par la possession des temps et des espaces. L'un des plus beaux que Shakspeare ait achevés, et où Ton peut le mieux connaître la nature de son génie. Si tragique et si désespéré qu'il soit par la fatalité de la catastrophe, il rayonne d'une telle lumière qu'il enivre de joie la mélancolie : l'excès des passions les dérobe à la tristesse ; la grandeur les porte à la sérénité : l'histoire enfin est purifiée par la poésie et tourne à la légende. Ainsi le drame a tout l'effet d'une féerie, féerie mortelle, faite pour des poètes et des titans. Shakspeare joue avec le destin. Jamais on n'a manié d'un tel sérieux, et pourtant avec un sourire si supérieur aux objets dans le moment même qu'on y croit, de plus belles ombres. Dans la Tempête seule, on goûte au même degré le charme de cette lumière incomparable.

Tout lui est donné par l'histoire, et les mots les plus

étonnants de la passion, il les a trouvés dans Plutarque.

Mais il leur prête un accent éternel qui n'est qu'à

lui. Il prend la mélodie : lui seul harmonise et seul il

orchestre. Admirables dans Plutarque, ces mots et ces

traits vont à Tinfinî du caractère, dans Shakspeare. Le poète les charge de fatalité. La puissance psychologique de Shakspeare et sa profondeur dans Tordre du sentiment font tout le mystère de ce génie.

Quel drame est plus varié, plus encombré même d'épisodes ? Il déroule en une vision rapide toute l'histoire d'un monde, dix années, Rome et l'Egypte, l'Orient et l'Occident ; mais on ne quitte jamais le cœur des deux héros et la scène intérieure de leurs sentiments. Ils sont amants, et 1 histoire du monde tourne autour de leur amour. Tout est fonction des passions où de tels amants, souverains et victimes, se sont enfermés et s'enivrent. Ivresse qui doit aller jusqu'à la mort : au delà même de la mort ; et on le pressent aussitôt :

Si tu rn aimes de vrai, dis-moi combien tu m'aimes.

Ce premier mot de Cléopâtre est d'une portée incroyable : le drame entier fait la réponse. Toute la chère perdition de la grâce est là, à quoi rien ne résiste et qui fait un fou d'un saint, d un sage et d un héros. La grâce séductrice est la coquetterie des déesses. Cléopâtre est la sœur terrible et fabuleuse de Titania. Qui sait si l'adorable Rosalinde, dans vingt ans, ne sera pas Cléopâtre? 0 fée, ô jeune fille, ne vieillis pas, si tu veux que l'on vive.

Les événements formidables qui changent la face de l'univers ne sont que le spectacle où ces amants assistent, paysages éphémères, mouvantes visions qui peuvent bien les entraîner dans le torrent, mais sans altérer d'un atome leur nature et leur fatalité propres, leur amour, leur guerre et leur paix personnelles, enfin

Tirrévocable destin qu'ils portent l'un pour l'autre. L'histoire accomplie est fatale ; mais le hasard est la forme mouvante de la fatalité.

Pompée, si fort et si soumis au hasard, Le peuple m aime et la mer est à moi, ne doute pas de conquérir l'empire du monde : il se rend compte que Cléopâtre seule sépare Antome de la souveraineté ; il souhaite donc qu'elle le tienne captif dans les voluptés : Antoine est à Capoue en Egypte : qu'il y reste.

L'honneur de Sexte Pompée est un autre hasard fatal, un rien dans l'immense bouleversement des révolutions, un grain de sable ; mais dans l'uretère de Cromwell, il tue l'homme de qui les destms dépendent. Le scrupule pèse sur le caractère de Pompée, comme

I amour de Cléopâtre sur Antoine : pour un oui de la conscience, pour un non, pour un signe, toute la face de la terre, encore un coup, aurait changé. Le fol !

II ne veut pas de la toute fortune, lui qui la poursuit sans cesse et qui pour une très humble fortune peut fort bien mourir, à l'occasion. Il n'a donc pas le courage de vouloir tout ce qu'il veut, et il vise l'empire ! « Ah ! dit-il à son lieutenant, il fallait le faire et ne pas me le dire ! » Faible cœur, qui veut être manié ! Demi-dieu imbécile, qui garde la superstition de sa propre loyauté, et qui tient à l'estime ! Menas a raison de le prendre en pitié : un maître, qui recule devant le coup qui lui assure le règne, n'est pas un maître et mieux fait pour servir que pour régner. Le hasard ne met pas deux fois tous les atouts dans la main du joueur :

Qui ne saisît pas l'occasion quand elle s'offre A tout jamais la perd.

Que d'occasions fatales ! Mais il faut être homme à les ravir, ou du moins à s y prêter. Honnête Pompée, Octave te fera mettre à mort avant trois ans. Octave, le plus honnête des souverains, lui aussi, et qui donne son nom à toute leur suite.

Plus 1 action semble féconde en incidents, en coups de théâtre, en toute sorte de péripéties, plus au contraire le génie de Shakspeare la fait sentir intérieure : les caractères font les événements. Et comme ils viennent du caractère, les événements y ramènent : ils agissent sur la fibre intime, Tébranlent, la tendent ou l'énervent, enfin la modifient. Voilà le vrai principe de la psychologie en art : l'analyse consiste à surprendre les contre-coups secrets des événements sur le cœur et l'esprit. Mais il s'agit bien moins de montrer les raisons du changement ou de les décrire, que d'en donner l'émotion. Là s'exerce la puissance du poète, qui rend la vie à ce que son œil dissèque. L'analyse seule n'est que le moyen de l'art : la poésie rassemble les éléments que l'analyse sépare et ressuscite l'ensemble vivant.

Pour le grand poète, la fatalité des individus n'est pas moins essentielle à l'histoire que la fatalité des autres causes : l'histoire est aux héros ce que les paysages sont au poète lyrique : des cadres pour les sentiments.

Tout n'est-il pas dit, dans Antoine et CléopâtrCy dès le début du drame? Le premier mot nous met à la ra-

cine des caractères. Tel doit être le drame de la passion. Antoine, le fort soldat, est Tesclave ébloui d*une sirène. A la barbe de toute l'armée, le maître du monde n'est plus maître de soi : il a pris pension chez Circé : Non, mais le délire de notre général Passe la mesure ^^\

Le grand cœur du capitaine n'est plus qu'un soufflet, un éventail à rafraîchir les ardeurs d'une gipsy. Antoine enivré ne sait plus où il va : il titube de passion, sans loi, sans volonté, sans mesure. Et quand il entre en effet, qu'on le voit pour la première fois, il est à moitié ivre.

Par moments, toute la suite de la tragédie a l'air d'une partie de dés ; et tout, au contraire, a la rigueur d'une maladie sacrée que rien ne peut guérir et qui roule d'un train inexorable à la fin prescrite. Tout paraît accident aux yeux qu'arrête la surface des choses et qui se perdent dans le flux ; les vagues, une à une, trompent sur la marée. Tout pourtant est effet sur effet de la cause unique et profonde : elle est au cœur des hommes, et deux fois au cœur des amants.

Dans Antoine et Cléopâtre, le génie psychologique de Shakspeare s'exerce sur l'histoire, comme sur la légende dans Hamlet, et avec la même souveraineté. De l'histoire, Shakspeare fait une poésie ; il élève à la grandeur et à la beauté de la fable les héros les mieux connus et les faits les plus assurés. Les autres poètes font le contraire : ils ravalent la légende à l'histoire, et les dieux mêmes n'y sont plus que des rois couronnés. La plus haute vertu

(I) I, 1. vers 1.

du génie est toujours une suprême poésie : à la condition qu'elle n*ôte rien à la profonde connaissance de Thomme. Nous ne voulons sortir de ce monde imparfait que pour entrer dans un monde accompli.

La liberté de Shakspeare, presque partout sans pareille, ne se montre peut-être jamais mieux que dans Tantique. Il Tadmire et n'en a pas la superstition. Il le possède. Il ne cherche en rien la couleur locale. Le souci d'être exact lui est étranger. Il sait d'ailleurs tout ce qu'on peut savoir de son temps, à la Montaigne, et la culture de son esprit s'espace à travers les siècles et les climats. Il a de tout les notions capitales ; jamais le fatras des preuves et des théories ne l'encombre. Il est au cœur de chaque objet, de chaque idée, de chaque étude : en lui rien ne se sépare de 1 homme. Il est ce qui ressemble le moins à un érudit ou à quelque poète allemand. Tout lui est substance et il n'a que faire de répertoires : entre tous, l'homme dictionnaire le rappelle le moins.

Ce qu'il ne sait pas, il le devine. La puissance de son intuition l'emporte encore beaucoup sur l'étendue de ses connaissances. Intuition, ellipse de l'intelligence, si l'on peut dire : point de transition et de traînerie logique entre les termes principaux de la pensée ; les vallons disparaissent, les cols et les routes s'effacent : il n'y a plus que les sommets, ligne hardie qui retient toute la lumière. La rapidité de cet esprit est celle de l'éclair.

Il voit les temps et les mondes révolus, d'un seul coup. Il ne lui faut qu'un petit nombre de traits pour retrouver en lui les héros et les siècles. Il ne se soucie

pas de les conter en historien ; mais il les anime de sa force et les pénètre de son souffle. Ils sont désormais selon lui, puisqu'il les ressuscite. Peu importe si Antoine est plus anglais ou plus romain : il est Tun et l'autre, et tel à jamais que Shakspeare l'a fait surgir de son esprit.

A vrai dire, l'antique du divin poète est une antiquité de la Renaissance : là est une part de son charme, et cette grâce si chaude et si altière. Les bouffons de cour n'y manquent même pas : à Misène, sur la galère de Pompée, la chanson à boire : Viens, toi, roi du vin ! est une vraie gigue. De même, l'entrevue de César et d'Octavie, si loin de la République romaine, si près des cours royales, à l'espagnole et à l'anglaise.

Cléopâtre est brune et brûlée de soleil. Elle est plus gipsy de la sorte, plus magicienne, plus étoile de l'Orient. En elle, Antoine a bien rencontré son étoile, comme on dit, son astre et sa planète. Hercule et Omphale dans 1 histoire, voilà le drame. Roméo n'est qu'un beau conte d amour, si tragique soit-il. La passion mortelle est le fait des héros dans la toute puissance, à l'heure où elle décline, où l'âge les invite à ne plus perdre un instant, où il faut ne plus aimer ou se perdre dans l'amour. Ni Cléopâtre m Antoine ne sont plus des jeunes gens.

La tragédie touche à celle d'Othello. Mais Othello est un drame plus privé. Antoine participe de la grandeur romaine et de la beauté antique. Dans Othello, la femme innocente est victime de son amour ; dans Antoine et Cléopâtre, l'homme innocent : car la puis-

sance qui risque tout est Tinnocence de rhomme : le jeu hardi à tout ou rien est la virginité virile, et le héros n'en a pas d'autre. Dans Othello, la jalousie de l'homme est le ressort du drame ; le caprice infini de la femme, dans Antoine et Cléopâtre. Ils se font pendant, le tigre et la gipsy, le more de Venise et la sirène d'Egypte.

L'amour d'Antoine est sans borne : il le mesure à un nouveau ciel, à une autre terre : il excède ce monde-ci. Que sera donc, pour cet amour, Rome, l'empire, les Etats, et la vie d'un conquérant? Une telle possession dépossède de tout.

On vient entretenir Antoine de la République : il ne veut rien entendre ; son esprit est ailleurs ; les nouvelles de Rome l'agacent. Il est dans le sac du destin : l'amour le porte ; la mort cachée tient les cordons. Qu'on ne lui parle pas d'affaires : il n'écoute que sa reine ; et même il l'écoute moins, qu'il ne se fait délice de sa voix : elle est là, elle rit, elle se fâche, elle chante, elle se plaint, elle respire. Il ne sait pas seulement ce qu'elle veut, mais elle est là. Quoi, mon amour ? fait-il à tout instant. Ce Quoi? et ce Mon amour sont désormais les deux moitiés de sa vie : il s'étonne sans cesse d'elle, et il l'aime à nouveau sans cesse. L'étonnement renouvelle l'amour jusque dans le désespoir et le désastre : mourant, il adore, et jusques à en rire de surprise, le tombeau où elle l'enferme.

D'abord, elle le brouille avec tous. Elle est la substance régale qui précipite tous les sentiments. Elle le sépare du monde. Il n'a plus que des ennemis : elle ne les lui fait pas, elle les révèle. Elle le divise d'eux parce

qu'en effet ils le divisent d'elle. Il ne vit que d'elle et ne veut vivre que pour elle. Il meurt, son nom aux lèvres moins sensible à la mort qu'au charme qu'il respire en elle jusqu'au dernier souffle. Elle est l'enchanteresse.

Elle irrite la force et la superbe du héros : elle les attelle à la servir. La femme d'Antoine, à Rome, n'est plus que l'épouse aigre de l'Ecriture, irosay la même qu'a détestée Shakspeare. La plus sanglante ironie de Cléopâtre consiste à renvoyer Antoine à sa Fulvie :

Que dit la femme mariée? Vous pouvez partir.

Plût au ciel quelle ne vous eût jamais laissé venir.

Ici, le moraliste fait la grosse voix, et gronde Antoine ; il l'accuse de faiblesse ; il parle avec mépris de ses vices et de sa vie à Capoue. Antoine est un Titan, et ses amours sont d'un Titan ; sa vie avec Cléopâtre fut appelée la vie inimitable. Il faut être un héros pour soi avant de l'être pour les autres. Croule Rome dans le Tibre ! crie-t-il, en prenant Cléopâtre dans ses bras, voici mon univers. Il se juge ; il s'élève au-dessus de la puissance et de la gloire. Il a découvert une réalité plus solide, un triomphe dont tous les autres ne sont que le moyen. Il sait que la pleine passion est seule nourrissante ; et dans un amour, il voit l'excuse et la noblesse de la vie.

— Je ne suis pas la folle que je veux paraître, dit Cléopâtre

— Pour r amour de mon amour, répond Antoine.

— De moi, il faut s'attendre à tout, fait-elle. ' — Je suis prêt à tout pour toi, dit-il.

— Antoine sera toujours lui-même, dit Cléopâtre.

— Et son amour sera toujours Cléopâtre, chante Antoine.

Ils se flattent d'être incomparables, et le sont. Ils se promettent, le soir, d'aller se donner la comédie du peuple, en flânant dans les rues. Le peuple est leur théâtre; et leur farce, l'histoire.

— Reine taquine, en qui tout est grâce ^'M

C'est le mot de la grâce même.

Que le prince soit vraiment prince, le premier par la grandeur d'âme, l'ardeur généreuse et le génie, ou qu'il ne s'en mêle pas.

Que la reine ait l'exquise majesté de la grâce, même cruelle, qui rend la femme souveraine, ou qu'elle ne prétende pas à régner sur les cœurs virils.

Même vaincus, les héros ont un droit supérieur sur les autres hommes : d'ailleurs, ils l'exercent par séduction, et on ne peut pas dire qu'ils l'usurpent. Les peuples ne sont rebelles qu'à un excès d'orgueil et d'insolence, ne l'étant souvent pas à un excès d'indignité. Coriolan a la fureur du mépris ; s'il voulait y mettre plus de mesure, il ne déplairait pas à la plèbe. Il lui suffirait peut-être de n'en pas dire plus qu'il ne fait. La manie de parler lui nuit plus que la colère.

Shakspeare ne flatte pas plus la plèbe que les rois. Le peuple est le sable vif et mobile où marchent les grands : il porte les vrais princes; il se soulève contre les bas et les mauvais. Il veut croire qu'on le sert quand on le piétine. Il a son honneur, aussi. La hargne

(1) ^ qui tout va, gronderie, rire, larmes.

des citoyens commence à la superbe des grands : qu'ils méprisent le peuple, mais que le peuple ne le sache pas ; et s'ils le foulent, que ce ne soit pas avec volupté.

Les Romains en veulent à Cléopâtre de ce qu'Antoine perd la vertu romaine entre ses bras et qu'il préfère une femme à l'empire. Tant d'intérêts sont liés à la fortune d'un prince ! Ils traitent déjà de prostituée la reine des fées. Ils sont si forts, ils sont si grossiers ! Dans leur Hercule militaire,ils ne veulent plus voir que le serf d'Augias en rupture de ban. Car pour ces chiens de citoyens. Hercule n'est un demi-dieu qu'à la condition d'être valet d'écurie à jamais. Les rois sont les ennemis des aristocrates. Même à Rome, armés de la folie et de la tyrannie absolue, ils flattent la plèbe. Ils ont la crainte du monstre qui les craint. Ils sont les dompteurs que leur métier destine à être mangés un jour ou l'autre : l'Eglise ne leur a pas encore mis la cuirasse du droit divin. Voici donc venir le premier maître de la ménagerie : celui-là mourra dans son lit : il abaisse les grands, il nourrit le peuple et lui paie le cirque.

Octave est le modèle des rois. C'est le méchant homme, que le destin a rendu maître de tous les hommes. Il fait souche de monstres, qui seront tous augustes et tous mis au rang des dieux comme lui.

Sa fourbe le suit partout, dans sa famille comme au Sénat. Il est politique jusque dans le lit. Rome, sa sœur, la loi, l'Etat, raisons et prétextes : il se sert de tout et ne pense qu'à lui. Dans le fond, il nourrit sa rancœur

secrète : il ne voit qu'elle et il n'en parle pas ^^\ Sa haine d'Antoine est celle du serpent Moltke pour Paris : le mépris, ici, est l'excès de l'envie. Il veut la peau de l'heureux soldat, de l'Hercule vainqueur qui a tant joui de la vie et qui semble avoir eu tant de bonheur. Il lui faut la vie d'un homme qui s'est permis de tant vivre. Cette peau lui fera chaud au cœur ; cette dépouille lui fera croire, au bas du ventre, à ce qui lui manque.

Quand Antoine vacille et commence de menacer ruine, Octave a pour lui un mot sec, prudent et froid qui sent tout à fait son grand eunuque ^^^ : Pour Antoine^ je suis sourd à sa requête. Quant à la reiney je veux Ventendre et Vexaucer, si pourtant elle chasse dEgypte son amant déchu, ou lui ôte la vie. Et de quel air il reçoit le défi de son rival, qui, pour en finir, l'appelle en combat singulier. Un duel? César contre Antoine? le vieux fou ! Quil sache, le vieux ruffian, que j'ai dix autres moyens de ne plus vivre. Voilà Charles-Quint et François Premier. Et il l'enterre d'un : Pauvre Antoine ! plus funèbre qu'un glas : soupir sans pitié, vrai claquement du bec ; souffle de vautour, adieu de nécrophore.

Pour conclure, on perd toujours avec Octave. Antoine aurait dû le savoir : le devin le lui avait dit. La fortune triche pour lui. Ceux-là sont les grands politiques, comme on les appelle : il s'en faut toujours d'un cheveu qu'on ne les interrompe, dès le premier pas, pour les

(1) III, 6. Soi disant, il n'a rompu avec Antoine que pour venger Octavie,

(2) III, 10. Observe how Anton^ becomes his flaW'

pendre. L'avantage incomparable de la royauté héréditaire : elle les sauve d'être pendus. Au lieu qu'on les hisse au gibet, ils s'élèvent parfois au faîte de la gloire. Hélas, ils vivent, ils triomphent ; ils régnent et ils laissent un grand nom : ils n ont pas été pendus, y ayant tant de droits : Auguste, Constantin, Charles-Quint, Philippe d'Espagne et tant d'autres. Octave est le vrai Prussien de l'antiquité : avant lui, Philippe de Macédoine lui en dispute le titre.

Peut-être, de tous les hommes les plus méchants ont-ils été cet Octave et Frédéric II, Du moins, Frédéric est-il un grand esprit.

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