‹ Poètes angevins d'aujourd'huiChapitre 13 sur 37 · CHANSON BACHIQUE · texte numérisé non relu

CHANSON BACHIQUE

Nous en boirons, de ce viîi là Qui des vignes d'' Anjou coula.

Nous en boirons puisqu'il est bon.

Et, comme dit le vign&ron, Ça préserve du choléra...

Tra de ri de ra !

Du vin, c'est du sang ; le sang, c'est la vie. Qui de nous, mortels, n'a V envie |

De signer un bail de cent ans ? 1

Le mien docteur, nommé Grégoire, "

Dit que la recette est de boire Le jus des raisins éclatants !

Nous en boirons, de ce vin là!

Tra de ri de ra !

Mais boire du vin, ça rougit la trogne, C est plaisir crapuleux d'ivrogne.

Dit la Mode — qui boit de l'eau...

La Mode ose là se permettre Une insulte au Soleil, le Maître

Qui nous fit ce joli cadeau

Nous en boirons, de ce vin là !

Tra de ri de ra !

Le vin, c'est l'humeur aimable et joyeuse. Tandis que l'eau n'est qu'une gueuse Qui se dit Vierge, étant poison .

Elle vous rend mélancolique, Et vous donne, en plus, la colique!...

: Mais je connais la guérison :

Nous en boirons, de ce vin là !

Tra de ri de ra l 0 frères d'Anjou, cousins de Bourgogne, Chantez le vin, et sans vergogne Buvez-en, buvez-en toujours !

De pourpre ou d'or, le jus des vignes Charmera vos heures malignes Et fera fleurir vos amours !

Nous en boirons, de ce vin là Qui des vignes d'Anjou coula,

Eugène ROUSSEL 53

Nous en boirons puisqu'il est bon.

Et, comme dit le vigneron.

Ça préserve du choléra. . .

Tra de ri de ra !

Toutefois cette pièce d'un caractère spécial est insuffisante pour nous permettre de juger même sommairement le talent d'Eugène Roussel, et sa poésie de facture habile, un peu précieuse parfois, souvent peu profonde, et qui ne s'embarrasse guère des grands problèmes philosophiques : Eugène Roussel n'a rien d'un prophète ni d'un élégiaque ; il ne gémit ni ne vaticine, et s'il lui arrive de s'arrêter devant la « Lande Grise » ou le « sublime Océan », il les traite plus en aquarelliste qu'en peintre de fresques ; mais il sait à ravir ciseler le vers, et les compositeurs le savent, qui le recherchent comme « parolier » ; il manie élégamment la strophe pimpante et légère, il excelle à broder, à enjoliver, et sa Muse emprunte souvent la robe pailletée de Colombine... Assistons plutôt à la toilette du Chevalier Printemps :

Page 1