LE PRINTEMPS
Le Printemps léger au manteau vert pâle, Que Vaube a mouillé de ses pleurs d'argent^ Avant de courir d'un pied diligent Se mire en la source aux reflets d'opale.
Il craint de trouver F univers moqueur Et, coquet autant qu'une jeune reine.
Se frotte de thym et de marjolaine, Puis vole à la rose un peu de son cœur...
Il pare son front d' aubépines blanches.
Ses cheveux dorés d'un bleu liseron
Et, fier déporter ce clair chaperon,
Risque un œil mutin à travers les branches...
Son sceptre^ il le prend sur' un sauvageon : C'est une baguette humide de sève, Couleur de V espoir et couleur du rêve Et dont l'ornement est fait d'un bourgeon.
Il dérobe au tronc d'un chêne robuste^
Tout enguirlandé de lierre amoureux
Le tendre lacet, souple et vigoureux,
Qui, ceignant ses flancs, fait valoir son buste...
Alors, il parcourt les prés et les bois. Heureux d'apporter dans tout son royaume Son éclat fleuri, son grisant arôme Et le charme neuf de sa fraîche voix !
Les oiseaux chanteurs fêtent son passage, Le ciel lui sourit de tout son azur Et, sortant soudain d^ un taillis obscur, Eros, son cousin, lui glisse un message
Et le Printemps passe et le Printemps rit ! Il sent palpiter ainsi que des ailes Les êtres vivants entre ses mains frêles : Son charme est partout, il a tout fleuri...
Et le Piniî temps passe et le Printemps rit !
BIBLIOGRAPHIE. — Rires et Noises, poésies. Paris, Vanier 1898. — Anne-Marie lég. lyr, en 3 actes, coll. av. A. Coupel (Gd Prix Rossini) Paris Mercier 1909. — ^cis et Galatée, poème musical en un acte (Concours de Rome) coll. av. A. Coupel, Paris, Selva, 1910. — Conseil d'Ami, comédie en un acte en vers, coll. av. G. Rondeau, « Paris-Artiste » 1909-10. — Le Retour au Pays, poème dialogué « Angevin de Paris » 1909. — Un Rinde:[~vous, saynète en un acte, n Paris-Artiste n , 1910. — La Route Céleste, poème, « Paris-Artiste » 1913. — Cœurs Bretons, idylle en vers, «.Les Fleurs d'Or », 19 16.
E. Roussel a écrit un grand nombre de Poésies mises en musique par P. Petrucci, Maud Laurent, E. Saunier, Antoinette Belloc, Gustave Mouchet, R. Grassin, etc.)
Guillaume CARANTEC
Camille Graux — en littérature Guillaume Carantec — est né à Rennes le 30 Novembre 1872. C'est un Angevin d'élection, que des relations de famille amenèrent chez nous, et que la figure de notre Roi René séduisit au point qu'il s'en fit le serviteur fidèle, et qu'il est, de par lui, delà « Maison d'Anjou ».
Il débuta dans la littérature en 1905 par un volume de vers, (( Les Prémices» ; malgré la virulente préface où il affirmait son dédain de l'opinion et de la critique officielle, l'œuvre fut louée pour l'énergie dé sa pensée et la variété de sa technique ; voici comme, par exemple, en un raccourci original, Carantec met en scène l'histoire de notre langue :