LES PRÉSENTS
Après de longs et longs chemins, Sur le dos des lents dromadaires.
Ils arrivent, les rois lointains, Les rois graves et volontaires.
Manteaux de pourpre et burnous blancs^ Que le vent de la nuit soulève.
Enlacent les rois triomphants . Qui craignaient d'avoir fait un rêve !
N'éveillez pas l'Enfant charmant; Dans cette étable il vient de naître, Rois ! Il dort, sous le bercement Du son d'une flûte champêtre.
Les mages-rois courbent le front Et s' agenouillent sur la paille ; Les' bergers sont assis en rond.
Et le bœuf songe, et l'âne baille...
0 mages blancs ! ô mages blancs l L^ Enfant rit, sous de pauvres langes, Et ses petits pieds nus, tremblants, Sont clairs comme des ailes d'ange !
Et les rois mages chargés d'ans.
Autant que d'or pur et de myrrhe.
De parfums rares et d'encens, Sont heureux de le voir sourire.
Oh ! dans V étable, la splendeur, Des rois et leur magnificence.
Pour cet Enfant au divin cœur :
Au cœur venu vers l'indigeiice !
Puis bientôt l' étable sent bon.
De myrre et d'or la crèche est pleine ;
Et les bergers, assis en rond.
Chantent, comme ils font dans la plaine.
Et les chants des bergers sont doux.
Dans cette étable symbolique.
Robert VEYSSIÉ 87
Oii les rois mages à genoux.
Ont la simplicilé biblique.
Puis, les œuvres s'accumulent : romans, drames, études, pièces de théâtre, et M. Robert Veyssié continue, dans sa Revue, à suivre, mois par mois, le mouvement des idées et des œuvres. Et cependant, il entreprend la publication d'un immense poème : Les Tressaillements, « fresque épique dont le but est: la Synthèse de la vie ». De 191 2 à 191 5, trois livres en paraissent ; cette symphonie poétique et philosophique s'exprime en une forme qui, tout en restant fidèle à la tradition classique, s'assouplit néanmoins, et de plus en plus, au gré de l'inspiration; en 191 8, à la parution du quatrième livre, l'évolution est complète.
Il est assez difficile de dire quelle est actuellement la technique du vers de M. Veyssié : Ce n'est pas le vers libre de Gustave Kahn, (( comportant un arrêt simultané du sens et du rythme », car M. Veyssié pratique le rejet et l'enjambement avec une obstination qui doit être voulue; ce n'est pas plus celui qu'a défendu Edouard Dujardin, « le vers libre est toujours une unité», il n'est pas non plus celui de Maurice Brillant, basé sur « la musique évocatrice et mystérieuse des mots ». Il est, semble-t-il, volontairement anguleux et rébarbatif; nullement plaisant pour l'oreille, il paraît le faire exprès.
Peut-être aussi les vers de M. Veyssié ne sont-ils pas faits pour l'oreille, mais pour l'œil : toutes ses éditions sont comprises avec une perfection typographique rare, et aucun détail n'y est laissé à l'aventure; il y a, dans l'agencement de ses poèmes, un sens décoratif.
Peut-être aussi faut-il penser qu'il considère comme unité de mesure poétique, non point le vers, trop court pour l'ampleur de la pensée, mais bien la strophe. C'est une théorie soutenable, à la condition de ne point aller jusqu'à l'absolu, qui nous mènerait à la monotonie.
Mais les questions de forme importent peu ; cherchons plutôt l'idée qui mène M. Robert Veyssié dans sa voie : elle est incontesta-
blement noble, témoin cette pièce que j'extrais du IV' livre des Tressaillements :