INSCRIPTION POUR V AIRAIN DE L'HISTOIRE
Pour les épouses aux doigts blancs.
Pour les petits enfants,
Pour les maisons y pour les jardins et pour les champs
De la belle patrie
Pour leur mère et pour leur amie,
Pour l'âme qui respire au fond de leur vallée
Et qui retient leur toit au flanc de leur montagne,
Ils ont poussé leur rude effort dans la m.élée,
Ceux des plaines, des m,onts, des villes, des campagnes.
Leur jeunesse et leur chair, comme il les ont données^
Pour que leur terre bien-aimée
Soit toujours tendrement et librement foulée
Par les femmes de France et les petits Français
Dans la fécondité sereine de la paix !
Le soir n'a pas éteint les feux de la bataille ;
Le soir est plein de sang, de chocs et de mitraille ;
Le soir orné d'étoiles calmes
Qui porte jusqu'à Dieu les voix de la prière.
Le soir succède au soir sans apaiser la guerre.
Les femmes,
De la montagne haute et du vallon profond,
Une à une, de blanc vêtues.
S'en vont vers l'horizon,
Rouge et broyé par le canon.
Les femmes de la France avec leurs mains tendues^
Avec un bon sourire et de tendres regards, Posent sur leurs genoux les fronts couverts de sang
Des hommes surhumains tombés en combattant Et qui font des monceaux de douleurs et de gloire.
Robert VEYSSIÉ 89
Hommes, créateurs de victoires.
Héros,
Que les femmes de France avec les plus doux mots
Bercent dans la nuit.
Ouvrez largement vos yeux pleins d amour.
Car voici qu'un soleil se lève et déjà luit.
Luit pour toujours...
0 morts qui connaissez un immortel réveil.
Ce soleil est votre soleil I
Les vers de M. Robert Veyssié peuvent plaire ou ne pas plaire ; mais on ne peut nier la haute portée morale de toute son œuvre : il n'est pour la mieux comprendre que de lire ce livre qu'il a eu l'heureuse idée d'éditer — je dis : il, car la Renaissance Contemporaine et M. Veyssié ne font qu'un — et où sont reproduits ses articles et ceux de ses collaborateurs pendant les années qui ont précédé la guerre ; travaillant de leur mieux à « une Prévoyante Défense de VAme Française avant VHeure de V Agression Germanique » — c'est le titre du volume, et très exactement son contenu — et l'on ne^ pourra que féliciter M. Robert Veyssié d'avoir été un de ceux-là, et d'avoir, en sa sphère et de son mieux, travaillé à cette défense.
BIBLIOGRAPHIE. — Houles et Sérénités, poèmes. — Deux Pailles au Torrent roman. — La Bohémienne, drame. — Les Ailes Ouvertes, drame. — Grain de Foule, nouvelles. — Cantiques dans la Tempête, roman. — Les Tressaillements, poèmes (quatre volumes parus). — Les Quinzaines Poétiques, études. — L'Œuvre et la Pensée d'Edouard Schuré,{en coll. av. Alph. Roux). — (Toutes ces œuvres, sauf la dernière, parue chez Perrin, ont été éditées par la Renaissance Contemporaine, avec un goût d'une grande sûreté).
(Eu plus, de nombreux articles dans le Correspondant, le Monde Nouveau, Vlntran-^ sigeant^ la Grande Revue, etc.).
M. Edouard Schuré, le grand écrivain alsacien, le grand philosophe français, a consacré à Robert Veyssié une remarquable étude critique dans la Revu* Alsacienne, en
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Charles BERJOLE
De la poésie hautaine, universelle et stoïque, de Robert Veyssié, nous passons à celle, tout intime et charmante, de Charles Berjole, un Angevin pur et profondément enraciné. Il n'a jamais cessé d'habiter Angers, où. il est né le 1 8 juin 1884. D'une origine modeste dont il ne rougit point, il eut une jeunesse triste et laborieuse : son père mort, il lui fallut entrer, à treize ans et demi, comme ouvrier aux Manufactures Bessonneau ; sa constitution délicate le servit en le sauvant d'un sort 011 ses dons naturels se fussent peut-être perdus ; bientôt il devient comptable chez un marchand de vins... singulière genèse pour un artiste... mais sous la cendre qui semble l'étouffer le feu sacré couve, et surgit à son heure.
Voilà Charles Berjole commis-architecte chez l'angevin Réchin, à qui il a gardé une gratitude infinie de l'enseignement qu'il en reçut — gratitude que les amis de l'art angevin doivent partager. — Il suit les cours de l'Ecole des Beaux-Arts, et le voici dessinateur et peintre :
« J'ai dessiné un peu de tout depuis, me disait-il : Programmes, « affiches, réclames, en-tétes commerciales... je ne sais pas trop ce « que je n'ai pas fait... des intérieurs de salons et des décors de « carnaval, du fer forgé et des dentelles. J'ai dessiné des chapes de « prêtre et des costumes de théâtre... et comme j'ai peint des décors, « il fallait bien qu'un jour il m'arrivât d'écrire des pièces... Mon « Théâtre Complet » est bien facile à énumérer : Le Missel, Un Jour de « IVatfeau, et cet à-propos que j'avais écrit pour les fêtes de Du « Bellay : La Plus Chère Beauté... Puis des vers, par-ci, par-là, à « Théâtre et Littérature, au Correspondant, à V Angevin de Paris, etc.,
« des chroniques d'art ou de littérature, des vers encore, dans presque « toutes les Revues locales, Angers Artiste, VEventail, la Reroue de « l'Anjou, le Journal de Maine-et-Loire. »
Il fut aussi parmi les vaillants de ces Revues charmantes à qui ne manquèrent pour durer que des Mécènes : La Vie Angevine et L'Anjou Illustré»..
« Hélas, que j^en ai vu mourir, de jeunes feuilles ! » ajoute le doux Berjole, en me rappelant ce passé...
Peintre au talent délicat, il maintient courageusement à Angers le bon renom de l'Art Angevio : ses bois gravés, chauds et profonds, ses pastels sensibles et lumineux, ses toiles dont la douceur n'exclut pas la hardiesse, ses décorations, révèlent un rare tempérament d'artiste, que nous retrouvons dans ses vers. Il peint en poète, et il écrit En peintre, comme en témoigne le tableau suivant :
VÉGLISE CAMPAGNARDE
Au-dessus de la mer onduleuse des blés V église a l'air de loin d'un navire en partance. Un vieux vaisseau, vainqueur des siècles écoulés. Battant le pavillon des bonnes espérances.
Je franchis le portail craquelé de chaleur, Tentre dans ce vaisseau de songe et de candeur. J'écoute son silence apaisant comme un baume Diffèrent de celui des grands bois et des chaumes, Alors que se sont tus les cantiques perlés, Que les vieux mots divins et purs sont envolés Et qu'il ne passe plus dans l'église déserte Que ce qui peut venir par la fenêtre ouverte : Chant d'un oiseau le long des vitraux, frisselis Des peupliers légers au bord du chemin gris, Et ce souffle vivant que l^on perçoit à peine Quand l'Eté suit sa marche égale et souveraine.
Charles BERJOLE 93
T9ut est blanc, du blanc mat de la nappe d autel, Du blanc qu^on peut rêver aux portiques du ciel ; C'est un jour d'aube étrange et d'heure merveilleuse^ Jour de parloir, jour de couvent, jour de veilleuse, Jour qui dut éclairer très loin dans V autrefois Quelque tableau naïf et saint tout à la fois, Jour frais qui dut passer sur les lys des chaumières Et sur les tulles blancs des enfants en prières.
Je me suis reposé dans la bonne clarté.
Dans sa fraîcheur et dans son silence argenté
Et près de Peau lustrale, étroit miroir m.ystique.
Je me suis enivré d'un beau songe gothique :
J^étais agenouillé dans quelque vieux tableau.
Donataire aux plis droits et cassés du manteau;
Jetais lepélerin des naïves complaintes.
Jetais le traducteur patient d'histoires saintes,
Ou celui qui taillait, dans quelque bois serré.
L'image de Marie et de F Enfant sacré,
J avais une âme simple et claire où la Nature '
Se reflétait comme une immense enluminure ;
Vers moi venaient Marie et Marthe avec sa sœur,
Comme un symbole exquis et triple de douceur.
Dans cette église étroite et calme de campagne,
Je suis resté longtemps, les yeux vers le Passé,
Avec auprès de moi l' Histoire, et sa compagne,
La Légende aux yeux bleus, aux blonds cheveux tressés.
Il sait s'attendrir à propos, et réellement il s'attendrit sur le charme des choses, sensible infiniment aux beautés de l'Art comme à celles de la Nature. Il sait s'extasier devant le Portrait de Rembrandt, ou le Coucher de Soleil de Claude Lorrain :
Le soleil noblement descend au fond du port. Il tresse des réseaux empourprés aux mâtures,
Transforme en majesté Vemphase du décor
Des classiques cyprès et des arcJiitectures ; f
// dispose des feux dHmpossible m.étal Sur la mer où le vent du crépuscule joue. Et r horizon devient un chei7iin triomphal Pour le désir altier des figures de proue...
L'astre alors, parmi des nuages courtisans j Disparaît, avivant leurs velours et leurs moires. Puis lance au zénith pur la gerbe de ses gloires.
Et quelque grand vaisseau, coureur des océans. Qui rentre tout là-bas da?is la minute unique. Semble venir du fond des beaux soirs de V Attique...
Il s'émeut devant un beau ciel de Loire, devant une aurore sur les toits humides... mais, car il est Angevin, profondément, il voile souvent, comme ceux de chez nous, son émotion sous un peu d'ironie; cette courte pièce en est un exemple frappant :