‹ Poètes angevins d'aujourd'huiChapitre 25 sur 37 · SOIR DE FÊTE-DIEU · texte numérisé non relu

SOIR DE FÊTE-DIEU

Une odeur d'encens flotte encor ^

Dans Pair attiédi de la place; Une étoffe rouge et vieil or Tend le mur de la cure ; en face

Les pavés sombres sont tachés De pétales de roses blondes ; Tout autour du hautain clocher Les hirondelles font des rondes.

Toute la ville est à dîner,

Et, par les fenêtres ouvertes.

On entend les gens bavarder ;

Un vieux monsieur, très haut, disserte ;

Charles BERJOLE 95

A la maison du percepteur On avait tendu des serviettes Blanches, puis épingle des fleurs; Une main les ote et les Jette,

Sur le trottoir de l'Evêché La dernière communiante^ Près de son père endimanché.

File, ébouriffée et charmante.

Plus rien,., le jour à petit pas S'en va devant la nuit qui rampe ; Chez Vavocat, Maître Legras, La servante apporte la lampe.

Ah! quelle enivrante langueur Naît de toutes ces humbles choses.

Ah ! quels linges frais sur le cœur Et quelle amertume sans cause !

Le ciel de mauve s^ attendrit, La lune indécise s^ argenté.

On entend rouler vers Paris V express de huit heures cinquante.,.

BIBLIOGRAPHIE. — La bibliographie de Berjole est encore à faire, ce Poète trop modeste — ou trop insouciant — ayant dispersé son œuvre aux quatre vents avec les feuilles volantes où parurent ses vers. Regrettons-le, sinon pour lui, du moins pour «ous. . .

Alphonse MËTÉRIÉ

Nous avons pensé qu'une place devait être faite ici à Alphonse [étérié, bien qu'il ne soit pas Angevin d'origine — il est né à Amiens en 1887 — et qu'il ait quitté l'Anjou pour des cieux plus méridionaux... au vrai, ce solitaire douloureux est un déraciné de la vie, toujours insatisfait d'errances nostalgiques. Mais il fut un disciple si fidèle — et si heureux — de Joachim Du Bellay, il s'est révélé si angevin de cœur et d'esprit, si proche de nous par la grâce de son talent, qu'il s'est acquis en ce pays où il habita- vingt années de sa jeunesse, et s'est fait parmi les lettrés et les artistes une place de choix, des droits de cité incontestables.

Son œuvre est malheureusement éparse, et ce n'est que fragmentairement que l'on en peut rencontrer quelques pièces, si ce n'est dans un recueil manuscrit, inédit et jalousement gardé, que j'ai eu le bonheur de pouvoir feuilleter. Un certain nombre sont rassemblées en quelques plaquettes, sans nom d'auteur, hors-commerce, et à peu près introuvables ; une anthologie intitulée (.<.\Violeties et Primevères » (i), où Voisinent des Poètes fort inégaux de valeur, et le meilleur avec le médiocre, et où nous retrouvons du reste notre Paul Pionis, en contient huit, dont quelques-unes se trouvent reproduites dans ce Carnet qu'il publia en 1910, et qui est jusqu'à présent son recueil plus important.

Notons qu'en tête de cette plaquette Alphonse Métérié a reproduite et faite sienne la devise de Jules Laforgue : « Le Public n^ entre pas ici yi. N'y cherchons pas un injurieux dédain de l'Humanité et du Vulgum Pecus, mais la pudeur timide et sauvage d'une âme qui se voile et

(i). Bonneval, éd. ^6, r. Notre-Dame-de-Lorette, Paris 1910.

redoute les foules. Et pourtant, ne doit-il pas être compris chez nous, le Poète qui a écrit ce beau

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