‹ Poètes angevins d'aujourd'huiChapitre 26 sur 37 · SONNET ANGEVIN · texte numérisé non relu

SONNET ANGEVIN

Mon Anjou, vous rêcez, pensive au bord du lit De la Loire dormeuse où se reflète et tremble Le décor, émergeant d'un clair fouillis de trembles, De vos clochers d'ardoise et de vos ciels pâlis.

Vous écoutez monter un chant qui s'affaiblit. Des carrefours ombreux où. vos filles s^assemblent. Et vous vous demandez à quelles fleurs ressemblent Leurs coiffes de dentelle et leurs fichus à plis.

Ma belle Anjou, ma grande sœur mélancolique, J'aime, avec la ferveur qu'on a "pour vos reliques, Vos humbles horizons et vos calmes beautés.

Mon âme est lourde ainsi que vos granges trop pleines,

Mettez en elle unpeu de vos sérénités,

Et donnez à mon cœur la douceur de vos plaines

Autre hommage à l'Anjou, ces Petites Stances à Du Bellay, qu'inspirèrent au Poète les Fêtes de Lire, et dont je détache quelques strophes :

« Si vous vouliez. Maître, voici mon tour, Au second rang, daignez qu'un troubadour

Vous parle après les autres ; Dernier venu, cela lui serait doux De pouvoir mettre, au seuil de ce soir d'août.

Ses rimes à l'ombre des vôtres...

Laissez que /imagine Qu'en attendant d'un si fervent espoir

Alphonse MÉTÉRIÉ 99

Lheureiix moment d'aller enfin revoir Votre toit bas d'ardoise fine,

D'autres regrets en vous se faisaient jour, D amitié tendre ou de plus tendre amour

— Pauvre âme qu'on devine — Et qu'en pleurant V angevine douceur.

Peut-être aussi pleurait dans votre cœur

La douceur de quelque angevine... »

€t ces stances s'achèvent sur un sonnet, paraphrase heureuse^ et musicale au sonnet des Regrets :

Heureux qui comme vous a fait un beau voyage. Et qui, désabusé du monde et de son tour. Peut voir d'un cœur léger, sur la mer du retour Ses rêves morts glisser dans Vécumeux sillage !

Mais plus heureux encore et mille fois plus sage Celui qui, soupesant le prix de chaque jour, A'a pas connu de vivre en de lointains séjours Ni le déchirement des grands appareillages !

Heureux les simples cœurs qui ne sont pas partis ! * Heureux qui, résistant au claquement des voiles.

D'un mince enclos d^ Anjou faisant son paradis.

Chaque soir, sur son seuil voit les mêmes étoiles Venir poser leur chaste et nocturne douceur Comme un baiser quotidien de grandes sœurs.,.

Du recueil inédit dont il a été question plus haut, j'ai, aprè.s avoir longuement hésité à faire un choix entre tant de pièces qui eussent valu d'être citées, pris celle-ci, qui correspond bien à cette pudeur inquiète du Poète, que nous avions pressentie :

Ayez l'amour des vers où nous mettons D'humbles douceurs qui vous sont familières.

Posez longtemps sur eux qui trembleront Kos mains (Tamis qui les rassureront, ' Et vous verrez des choses tristes, fières, Pleines d^ amour et pleines de prières.

Si votre cœur est comme nous voulons, Nous oserons vous livrer nos poèmes :

Les beaux secrets qu'en nos vers nous voilons, ChérisseZ'les sous leurs vêtements longs Sans en chercher le vrai visage même,

— N'aimez ceux-ci qu^ autant qu'il faut qu^on m'aime. . .

Lisez nos vers avec votre âme à vous ; Retrouvez-y les peines et les charmes Dont sont tissés les jours passés et doux ; Lisez- les bas, mais lisez-lez surtout

— Car cela seul purifie et désarme — Avec des yeux mouillés d'anciennes larmes.

On trouve peu de longs poèmes dans les œuvres, publiées ou inédites, d'Alphonse Métérié ; il lui faut peu d'espace pour déployer sa pensée, pourtant fine, et tendre, et nuancée ; une école moderne a tenté de mettre à la mode chez nous, il y a peu de temps, ces' courts poèmes japonais qui doivent tenir en quelques mots. Métérié, sans se soucier de devancer la mode, nous donne, ce me semble, un modèle du genre, avec un poème de quatre vers ;

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