PACIFICATION
Je me souviens des jours de l'Autre fois perdu. Je me souviens des jours que j^ avais attendus. Je me rappelle aussi mes misères passées. Et tout ce mal devient douceur dans mes pensées...
J'ai gardé pour la fin, la pièce intitulée Pressentiments, qui figure dans le Carnet ; à elle seule elle eût suffi à juger quelle délicatesse de
Alphonse MÉTÉRIÉ lOi
sentiments s'unit chez Métérié à la délicatesse de la forme ; c'est le fait d'un vrai Poète que d'écrire ainsi avec son cœur autant qu'avec son esprit :
« Si la gloire, un peu d'humble gloire,
Un Jour, dans très longtemps, venait,
Frôler mon front lourd et fané
D'un pâle rayon illusoire,
Je serais plus triste qu'heureux, Car les bonheurs des solitaires Ne savent plus être sur terre Qu'ironiques et douloureux.
La gloire est bonne quand on aime.
Et c'est ineffablement doux D'aller la poser aux genoux De ceux pour qui sont nos poèmes .
Moi songeant à ceux que f aimais, A celui que mes vers pleurèrent, A celles qui les inspirèrent, Je dirai : leurs yeux sont fermés,..
C'est ainsi que tout perd ses charmes.
Et que le cher, l'ardent regret
De tous ceux que je pleurerai
Sur mes lauriers mettra des larmes. »
BIBLIOGRAPHIE. — Carnet, poésies, une pi. hors-comm. 1910 (rééd. 1912). — FeuilUs Perdues, Ip. s, d. h. c. — Le Voyage au Désert, p. s. d. h. c. — Stances du Temps de Guerre, poèmes, 19 16. — Le Poilu et la Princesse, av. bois gravés de Berjole 1918. — L'Etrangère, poème dramatique, 4 actes, i prologue, i épilogue, pour un drame musical de Max d'Olonne.
(Au moment où s'impriment ces lignes, est au tirage chez Malfère à P«ris, un nouveau volume de Métérié : Le Livre des Sœurs, d'après le manuscrit que j'ai cité. L'auteur nous annonce en outre deux recueils à paraître prochainement : Le Cahier Noir, et Cophetuesques).
A. Métérié a publié des vers au Mercure de France^ au Divan, à Belles Lettres, aux Lettres, à la Revue Critique des Idées et des Livres, à la Revue Hebdomadaire, au Cra» pouillot, etc.
Alfred MACHARD
Beaucoup s'étonneront de rencontrer Alfred Machard, le Père de Bout-de-Bibi, de Pancucule, et de Trinité Thélémaque, l'historiographe épique des mômes du Faubourg parisien, dans une anthologie poétique, et, qui plus est, dans une anthologie angevine... Il y a droit pourtant à double titre :
Machard est Angevin, Angevin d'origine, né à Angers le 12 octobre 1887.
Machard est Poète... On peut ignorer, car ce n'est pas une de ses œuvres les plus connues, qu'il publia en 1Q09 une plaquette de vers intitulée Frimousses, mais — nous l'avons déjà fait remarquer pour d'autres, et ce serait un truisme que de le vouloir démontrer encore, on peut concevoir la poésie en dehors de l'œuvre versifiée : il y a des proses poétiques, et des vers qui ne le sont point — et n'eût-il pas signé ce mince recueil, qu'il faudrait encore considérer comme un Poète l'auteur de ce beau conte paru pendant la guerre, VAnge sur la Porte, ou de ce Massacre des Innocents, que termine une admirable fiction : au Paradis des gosses, des pauvres gosses victimes des Boches, massacrés par les soudards de l'invasion, noyés par les pirates du Lusitania, hachés par les bombes des Gothas et des Berthas, tous les petits sont couchés dans le grand dortoir bleu « tout tapissé de comètes et d'étoiles, où la lune, au plafond, emprisonnée dans une coupe de diamant, répand sa laiteuse clarté », dans ce grand dortoir bleu où les lits blancs sont profonds et doux parce que « tous les chérubins du ciel ont spontanément donné une plume de leurs ailes pour en remplir les oreillers, les matelas, les traversins, et gonfler de légère tiédeur les gros édredons » ; et
voici que la Vierge Mère passe entre les lits blancs, et, qu'à chaque chevet où elle va pencher son front maternel et donner le baiser du soir, tous les petits, en elle, reconnaissent chacun leur maman, la «maman chérie » qui est restée en bas sur la Terre... Et ceci est bel et bien de la plus douce poésie...
La biographie d'Alfred Machard a été écrite par lui-même, dans un volume de cette originale collection que vient de lancer la Maison d'éditions Sansot ; ce n'est pas le moins curieux de ses romans.
duant à son œuvre, outre ces « Négriers » qu'il écrivit à dix ans, sur un cahier d'écolier, et dont malheureusement le manuscrit a été perdu, le succès en a popularisé les titres, depuis Trique, K'éness, Bout, Miette et Cie, jusqu'au Syndicat des Fessés. Il a déjà, à trentequatre ans, publié une plaquette de vers, treize romans ou volumes de contes, quatre pièces de théâtre représentées et éditées, des nouvelles en grand nombre, et donné cinq scénarios au Cinéma.
J'extrais des Frimousses, cette pièce douloureuse :